Changement de ligne à l'horizon de la part de la France insoumise sur l'Union européenne?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Uwe Hiksch

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Profitant d'un voyage à Liverpool pour rencontrer Jeremy Corbyn, meneur du Parti travailliste, et tisser un réseau européen de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon s'offre une possibilité de réfléchir avec son camarade britannique sur la crise dans l'Union européenne, quitte à mettre une sourdine sur le plan B, dans lequel la question de la sortie de l'euro pouvait être envisagée.

Il est bon de rencontrer des camarades étrangers et d'échanger avec eux. C'est ce qui doit animer Jean-Luc Mélenchon, parti à Liverpool, au Royaume-Uni, discuter avec Jeremy Corbyn, en marge du congrès du Parti travailliste, que Corbyn dirige depuis 2015 avec une forte légitimité interne et une possibilité de devenir Premier ministre en cas d'élections anticipées, vu les difficultés que rencontre Theresa May, actuelle Première ministre, à trouver un accord sur le Brexit, voté par référendum le 23 juin 2016. Il faut dire que les deux hommes ont en commun la langue espagnole - Mélenchon est fâché avec la langue anglaise et Corbyn a une épouse originaire du Mexique -, le fait d'être des sexagénaires - 67 ans pour Mélenchon, 69 pour Corbyn -, ou encore qu'ils sont des figures de gauche attachées au socialisme, convaincant un certain nombre de jeunes de leurs idées, et pendant longtemps mis en minorité dans leur parti respectif. Cela étant, là où Corbyn est resté au Labour, Mélenchon a quitté le Parti socialiste en 2008, pour cofonder le Parti de gauche puis la France insoumise (FI), dont il a été le candidat pour l'élection présidentielle de 2017.

Crainte sur le Brexit

Ce voyage est l'occasion pour Mélenchon d'étoffer une alliance de la gauche radicale européenne, dans la perspective des élections européennes de mai 2019, dans laquelle figure la FI, Podemos, le Parti de gauche de Suède, ou encore Unité populaire, parti grec issu d'une scission de Syriza en 2015. Mais Mélenchon se garde de donner un avis sur le Brexit, qui est à ses yeux "un sujet de politique intérieure", tout en appelant néanmoins à ce que le résultat du référendum soit respecté (cf lien n°1). Il se souvient sans doute de la duperie de la majorité de la classe politique française en 2008, faisant ratifier par voie parlementaire le traité de Lisbonne, copie conforme du traité constitutionnel européen que la France avait refusé par référendum en 2005, et dont Mélenchon était un des tenants du "non" au TCE; ou encore de la volte-face d'Alexis Tsípras après le référendum du 5 juillet 2015 en Grèce, acceptant un traité d'austérité pourtant rejeté par les citoyens grecs.

Il faut dire que le Brexit pose des craintes car aucun accord n'est encore trouvé sur les conditions de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne (UE), alors qu'elle est censée s'appliquer au printemps 2019. C'est dire si le temps presse! Puis l'attitude revancharde des dirigeants des pays membres de l'UE à l'égard de leur homologue britannique ne pousse pas tellement à l'optimisme. D'ailleurs, l'économiste atterré David Cayla, dans Le Figaro, alerte sur les effets d'un "hard Brexit" sur l'économie française, rappelant au passage que le Royaume-Uni est un des rares pays où la France y dégage un excédent commercial (cf lien n°2).

Mort au plan B?

Vu cette situation outre-Manche, Mélenchon a de quoi mettre une sourdine sur l'une de ses positions phares en 2017, à savoir le plan B du programme l'Avenir en commun. Késaco? D'abord, le programme de la FI met en avant un plan A, consistant à de la désobéissance puis à de la négociation pour changer les traités européens actuels, qui ont montré combien l'euro est une monnaie trop forte pour les économies qui l'utilisent, puis que les restrictions en matière de politique budgétaire et monétaire n'ont pas permis aux économies de la zone euro de retrouver très rapidement leur niveau d'avant-crise de 2008, consécutive à la faillite de la banque d'affaires états-unienne Lehman Brothers, le tout avec un taux de chômage qui s'est accru sur la dernière décennie, restant supérieur à celui d'avant-crise pour une grande partie des pays membres de l'union économique et monétaire. Mais comme en toute hypothèse, l'Allemagne, grande bénéficiaire de la mise en place de l'euro, refuserait une modification des traités, alors le plan B serait activé et formulerait un référendum de sortie de la France de la zone euro, voire même de l'UE, et de formuler une autre politique de coopération monétaire.

C'est ce que souligne, du moins, l'économiste Liêm Hoang Ngoc, un des fondateurs de la FI, sur son blog (cf lien n°3). Mais vu les rapprochements récents de cadres de la FI avec des membres de l'aile gauche du Parti socialiste et l'idée que ces derniers auraient des places dans la liste insoumise pour les européennes, tout porte à croire, aux yeux de Hoang Ngoc ou de François Cocq (cf liens n°4, n°5), que la direction de la FI a changé son fusil d'épaule, dans l'espoir de brasser large à gauche, mais ce faisant, elle prend le risque de se trahir en jouant une tactique d'union de la gauche et que ça ne chercherait plus à assumer une volonté de rupture avec l'UE "telle qu'elle est". Et quelque part, les intentions de vote, à l'heure actuelle - à prendre donc avec des pincettes -, pourraient donner l'impression d'un futur échec, avec environ 12,5% des voix, loin derrière la République en marche, le Rassemblement national - nouveau nom du Front national -, puis juste derrière les Républicains.

Il y a encore du boulot, vu que les européennes sont les élections comptant le plus d'abstentionnistes au niveau français.

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