Jeremy Corbyn met la pression sur Theresa May au sujet du Brexit

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr

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En conclusion du congrès du Parti travailliste à Liverpool, mercredi 26 septembre, Jeremy Corbyn appelle à des élections anticipées au cas où le Parlement voterait contre le plan de négociation de Theresa May pour trouver ensuite un accord avec l'Union européenne pour la sortie du Royaume-Uni de l'espace communautaire, effective au printemps 2019. Le tout, en n'écartant pas l'hypothèse d'un nouveau référendum sur le Brexit, souhaité par une grande partie des militants travaillistes.

Jeremy Corbyn passe à l'offensive. Concluant le congrès du Parti travailliste à Liverpool par un discours d'une heure, mercredi 26 septembre, le leader du parti depuis 2015, renforcé par une nouvelle élection interne en 2016, par un nombre record de militants travaillistes - plus de 550.000, soit le parti de gauche le plus puissant en Europe - puis par les élections législatives anticipées de 2017, entend pousser la Conservatrice Theresa May, actuelle Première ministre, à devoir prendre en compte des propositions émises par les travaillistes dans le cadre des négociations sur le Brexit, à savoir le maintien du Royaume-Uni dans une union douanière avec l'Union européenne, une protection du niveau de vie des consommateurs et des droits des travailleurs, puis une frontière non contraignante en Irlande. "Un accord qui serait supporté par une grande partie du monde des affaires et aussi par les syndicats" ajoute Corbyn, qui assure que les députés travaillistes, si ces conditions sont adoptées par le gouvernement, voteront pour cet accord sur le Brexit. Dans le cas contraire, un vote sera organisé par le Labour (cf lien).

Élections anticipées avant tout

La stratégie de Corbyn et de la direction travailliste actuelle, majoritairement issue de l'aile gauche du parti, est de pousser May dans ses derniers retranchements, tant la Première ministre a du mal à la fois de trouver un accord sur le Brexit avec les pays membres de l'UE, puis au sein de son parti, où les tenants d'un "hard Brexit", autour de l'ancien maire de Londres et secrétaire d'État des Affaires étrangères, Boris Johnson, sont très remuants, vindicatifs. Et au cas où le vote du Parlement sur les négociations à porter auprès de l'UE sur le Brexit, effectif à partir du printemps 2019, ne trouve pas de majorité, un scénario d'appel à des élections anticipées serait envisagé. Et comme la dynamique semble favorable au Labour, il se pourrait bien que Corbyn devienne un nouveau locataire du 10 Downing street, même si une vive polémique l'a concerné durant l'été 2018, en étant accusé d'être antisémite par la communauté juive outre-Manche en raison notamment de son soutien à la cause palestinienne, obligeant le leader travailliste à élaborer un programme définissant ce qu'est l'antisémitisme.

L'idée de pousser à des élections anticipées pourrait également écarter l'hypothèse d'un second référendum sur le Brexit. Durant le congrès, beaucoup de militants travaillistes défendaient la mise en place d'un second référendum, pouvant potentiellement contredire celui réalisé le 23 juin 2016, pour lequel les citoyens britanniques ont décidé une sortie de l'UE. Si le congrès de Liverpool ne met pas de côté ce sujet, le faisant inscrire comme une "option" par le vote des délégués du parti, il n'en demeure pas moins que la direction travailliste, Corbyn et John McDonnell, chancelier de l'Échiquier du cabinet fantôme en tête, peut avoir des réticences à vouloir un nouveau référendum, tant ces deux figures de l'aile gauche du Labour, profondément critiques envers l'UE, voire considérés comme eurosceptiques, semblaient réticents à défendre le maintien de Londres dans l'espace communautaire européen en 2016. Puis vouloir refaire un vote sur la question européenne et chercher à en annuler les effets, c'est devenu un procédé usuel ces dernières années. On l'a vu en France avec le "non" au référendum sur le traité constitutionnel européen en 2005, accepté ensuite par le Parlement en 2008, sous le nom de traité de Lisbonne. On l'a vu en Irlande, où le refus des citoyens par référendum au traité de Lisbonne en 2008 a poussé la classe politique irlandaise à faire un nouveau vote un an plus tard, où le "oui" l'a emporté. Enfin, on l'a vu en Grèce, avec le référendum sur l'austérité refusé le 5 juillet 2015 par les citoyen(ne)s grec(que)s et qu'une semaine plus tard, le gouvernement grec d'Alexis Tsípras, issu du parti de gauche radicale Syriza, accepte un nouveau plan d'austérité.

Le tout sera de savoir si cette tactique travailliste portera ses fruits.

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