La dignité des femmes au cœur du prix Nobel de la paix, attribué à Denis Mukwege et Nadia Murad

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Twitter

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L'attribution du prix Nobel de la paix au docteur congo-zaïrois Denis Mukwege et à l'activiste irakienne Nadia Murad est un signe de volonté de mettre en avant la question des violences faites aux femmes, et tout particulièrement le viol comme arme de guerre, tant en RDC qu'en Irak, et le travail de long terme pour redonner une dignité à des femmes rejetées par le reste de la société dans laquelle elles vivent.

Voici un prix Nobel de la paix qui fait plaisir à voir et qui ne doit souffrir d'aucune contestation. Le comité Nobel, basé à Stockholm (Suède), a récompensé ce vendredi 5 octobre Denis Mukwege et Nadia Murad pour "leurs efforts à mettre fin aux violences sexuelles comme armes de guerre". Dans son communiqué, le comité Nobel souligne que "les deux lauréats ont apporté une contribution cruciale en attirant l'attention et en combattant les crimes de guerre" (cf lien). Murad, issue de la minorité Yézidi, a connu la mise en esclavage et les violences sexuelles de la part des membres de l'organisation terroriste État islamique (Daech) de 2014 à 2015, quand les terroristes contrôlaient quasiment tout le nord de l'Irak, et notamment la ville de Mossoul, la deuxième ville du pays. Victime et témoin des exactions de Daech envers les Yézidis - massacre des hommes, esclavage sexuel des femmes -, elle réussit à s'enfuir en 2015 pour rejoindre l'Allemagne, avant de retourner en Irak en 2017, une fois le Nord du pays repris par les forces gouvernementales, en tant qu'ambassadrice de bonne volonté des Nations unies pour la dignité des victimes du trafic d'êtres humains. Cette récompense montre combien la situation des femmes au Moyen-Orient face au terrorisme préoccupe les esprits, donnant un nouvel écho au féminisme.

L'homme qui répare les femmes

J'espère que vous ne m'en voudrez pas, notamment mes chères lectrices, mais je vais porter davantage l'attention sur le docteur Mukwege dans ce billet de blog. Pour une raison simple: c'est que je suis originaire de la République démocratique du Congo, ex-Zaïre, pays du docteur Mukwege. Gynécologue de formation, il est le fondateur et directeur de l'hôpital Panzi de Bukavu, une ville de l'Est de la RDC, sur les bords du lac Kivu, frontalier avec le Rwanda. Cet hôpital a la particularité d'être spécialisé dans le traitement et la réparation des femmes et des filles victimes de viols par des militaires - gouvernementaux, rebelles ou étrangers - ou des policiers dans l'Est du Congo-Zaïre, en proie à une guerre larvée depuis 1996, dont les estimations vont de 6 à 12 millions de victimes selon différentes organisations. Également pasteur, le docteur Mukwege se dévoue, avec son équipe de l'hôpital Panzi, pour reconstruire des corps féminins mutilés par les viols. Y compris des enfants. Ce qui donne des opérations fort délicates et si elles sont filmées, comme dans le documentaire du belge Thierry Michel, "l'Homme qui répare les femmes" (surnom du Dr Mukwege) sorti en 2016, des scènes où on voit des utérus, des vagins défigurés par les multiples sévices subis par les victimes, quel que soit leur âge. Ce qui a le don d'osciller entre soit un sentiment de gerbe absolue, soit un sentiment de rage misanthropique. En tout cas, si jamais vous avez la possibilité de voir ce film-documentaire, cher(e)s lecteurs/lectrices, veuillez bien vous accrocher car "âmes sensibles, s'abstenir".

Au-delà de l'aspect médical, la question de l'éducation n'est pas négligée par le médecin car elle sert à redonner une dignité aux femmes violées dans l'Est du Congo-Zaïre. En effet, comme le démontre le documentaire de Michel déjà cité dans ce billet, les femmes violées sont mises au ban de la société, mais également les enfants violés. Du coup, des cours sont proposés afin que ces victimes relèvent la tête, reprennent confiance en elles, etc. Avec ces éléments concrets, le Dr Mukwege connaît une grande popularité dans sa ville de Bukavu, ce qui l'expose à des tentatives d'agression, de meurtre, l'obligeant à s'exiler un temps en Belgique pour ensuite revenir au pays, continuer son travail avec une sécurité accrue autour de l'hôpital et de sa résidence.

Cette récompense permet d'attirer le regard sur le pays le plus peuplé de la francophonie, toujours en proie à de l'instabilité politique vu que Joseph Kabila est encore au pouvoir, bien que ne devant plus l'être depuis le 20 décembre 2016, et que des élections sont attendues pour la fin de l'année, avec peut-être l'espoir d'une alternance sans effusion de sang. Ce qui serait une première depuis l'indépendance "Cha cha" du 30 juin 1960.

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