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Kabila encore au pouvoir? Pas question!

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AFP

Photo: AFP

Désormais sans mandat légitime aux yeux de la Constitution, Joseph Kabila dirige une République Démocratique du Congo qui exige son départ. Mais en utilisant la police et l'armée pour boucler toute tentative d'embrasement populaire, il ne fait que renforcer son discrédit au sein d'une population lasse de ses 15 ans de présidence.

Depuis le 20 décembre, à minuit, Joseph Kabila n'est plus en mesure d'être président de la République Démocratique du Congo (RDC). Mais il reste au Palais de la Nation. Par conséquent, il viole la Constitution en vigueur depuis 2006. Mais ça ne l'embête pas outre mesure. Il faut dire que le viol - au sens propre comme au figuré -, est une arme politique et militaire de premier choix dans l'ex-Zaïre depuis de (trop) nombreuses années.

Une opposition populaire à bâillonner

Ces derniers jours, la fièvre montait du côté de Kinshasa, la capitale congo-zaïroise. Plusieurs habitants des quartiers bourgeois de la ville avaient préparé leurs valises et leurs comptes bancaires au cas où ça tournerait mal (cf lien n°1), à l'instar des révoltes populaires des années 1990 contre la dictature de Joseph-Désiré Mobutu, dit Mobutu Sese Seko. La crainte absolue de Kabila et de la classe dominante congolaise est que les quartiers populaires bougent, tout comme les étudiants kinois. D'où un déploiement massif de la police et de l'armée pour quadriller ces zones, peu de jours avant le 19 décembre, date de la fin du dernier mandat constitutionnel de Kabila en tant que président de l'ex-Zaïre. Et le 19 décembre, les rues ont été très calmes le jour, mais durant la nuit, les kinois se sont déplacés à coups de sifflets et de casseroles, pour exiger le départ d'un homme au pouvoir depuis 2001, après l'assassinat de son père, Laurent-Désiré Kabila. Ils ont été accueillis par des tirs des forces de l'ordre (social), sachant que ça a continué, mardi 20 décembre. D'après des représentants de l'ONU, une vingtaine de personnes ont été tuées ces deux derniers jours dans le pays. Sans compter les multiples arrestations de manifestants à Kinshasa, mais aussi dans d'autres villes du pays, comme Lubumbashi, Mbuji-Mayi, Kananga, etc. Enfin, cette opposition populaire est également bâillonnée par un accès à internet coupé de la part des autorités. Ce qui n'empêche pas la diaspora congo-zaïroise d'avoir lancé le mot-dièse (hashtag) #ByeByeKabila sur Twitter, qui a fait partie des tweets tendances (TT) dans la nuit du 19 au 20 décembre.

Des excuses bidon

Mais revenons au fond de l'affaire. Pourquoi Kabila fils ne quitte pas le pouvoir, alors que son mandat a expiré? Différentes raisons, ou excuses en réalité, peuvent expliquer ce maintien au pouvoir prolongé, tenté de l'être ad vitam aeternam:

  1. La première excuse est que l'élection présidentielle, normalement prévue en novembre dernier, ne pouvait pas se faire car le recensement n'a pas été organisé. Il faut dire que le dernier recensement officiel de la population date de... 1984. Cela paraît recevable. Mais en fait, c'est du foutage de gueule car les élections de 2006 et de 2011, gagnées de manière contestable par Kabila, surtout la dernière, se sont faites sans que la question du recensement ne se soit pas posée dans l'esprit des gouvernants.
  2. La deuxième excuse est que l'élection présidentielle n'a pas pu être budgétisée. Or, ça n'aurait pas été un problème dans la mesure où la communauté internationale a financé l'élection présidentielle de 2006 et qu'elle a également contribué en 2011 à la tenue de ces élections.

Tout ça pour dire que Kabila était d'humeur chafouine à l'idée de ne plus pouvoir rester président de la RDC.

Au centre du jeu

Du coup, il fallait faire traîner les choses pour rendre impossible cette élection en 2016 et la faire reporter. Et Kabila a obtenu gain de cause quand en octobre 2016, le gouvernement et une minorité de l'opposition ont signé un accord repoussant l'élection présidentielle en... avril 2018. Soit plus d'un an de répit (théorique) pour Joseph Kabila. Le tout, sans ouvrir sa gueule. Contrairement à Mobutu le hâbleur, dont il est quelque part le fils spirituel, Kabila s'enferme dans un mutisme assourdissant. Mais le but reste le même pour ces deux personnages, à savoir, demeurer au centre du jeu politique congo-zaïrois de manière incontournable. D'ailleurs, plusieurs conseillers de Kabila étaient des mobutistes affichés dans les années 1980 et 1990, puis l'un des fils du dictateur, François Mobutu Nzanga, a contribué à sa victoire en 2006 face à Jean-Pierre Bemba.

Une mauvaise gestion permanente

Depuis son arrivée au pouvoir en 2001, et les élections polémiques de 2006 et 2011, Joseph Kabila avait comme objectif de redresser la situation économique d'un pays en guerre depuis le génocide rwandais de 1994. Force est de constater qu'économiquement, la RDC se redresse en matière de Produit intérieur brut (PIB) par habitant en 2015 par rapport à 2001, selon les données de la Banque Mondiale. Mais ce redressement en matière de PIB par habitant reste bien inférieur à celui observé dans l'Afrique subsaharienne, selon cette même Banque Mondiale. Pis, l'écart s'est creusé sur la période de présidence de Kabila au pouvoir (cf graphique):

 

 

Autre statistique gênante pour le pouvoir, c'est la part de l'électricité accessible pour la population. Selon les (rares) données de la Banque Mondiale à ce sujet, 16,4% des Congo-zaïrois avaient accès à l'électricité en 2012, contre 15,2% en 2010. Quant à l'Afrique subsaharienne, 35,3% de la population avait accès à l'électricité en 2012 contre 31,8% en 2010. Ce qui signifie que les autres pays africains s'équipent plus vite en électricité que la RDC. Or, le Congo-Zaïre, par le débit du fleuve Congo, possède un potentiel en hydroélectricité phénoménal. D'ailleurs, un accord a été trouvé en 2014 pour lancer le barrage Inga 3, ayant pour objectif de couvrir une majorité de Congolais en électricité, ainsi qu'une exportation vers l'Afrique du Sud, à l'horizon 2030. Et si on rajoute tous les minerais ou matières prémières présents dans le sous-sol congolais (or, diamant, cuivre, cobalt, pétrole, bauxite, coltan, zinc, étain, etc.), le "scandale géologique" devrait normalement permettre au Congo-Zaïre d'être le pays le plus riche au monde. Mais le syndrome hollandais semble frapper ce pays et comme l'affirme un cinéaste congolais: "un Congo faible et mal dirigé arrange tout le monde" (cf lien n°2).

Une indifférence coupable

Cette mauvaise gestion de la RDC est liée au génocide rwandais et aux intrusions de rebelles ou de l'armée rwandaise au Congo-Zaïre, pour piller les ressources minières de l'Est du pays et violer les femmes congolaises. Un comportement semblable pour l'armée congolaise et des rebelles congolais, sous l'œil circonspect de la mission de l'ONU en RDC (Monusco), la plus importante au monde en matière d'effectif - plus de 20.000 hommes -, prouvant encore combien l'inertie du "machin" à savoir agir pour la paix. Surtout que depuis plus de 20 ans, ces troubles (ou guerres) ont fait entre 5 à 8 millions de morts selon diverses ONG et associations, sans que ça ne fasse grand bruit dans le monde. Notamment en Occident. Or, de par le coltan, matériau utilisé pour fabriquer ordinateurs, tablettes ou smartphones, les populations occidentales se retrouvent liées à cette tragédie. D'autant plus que l'ex-Zaïre est le pays le plus peuplé de la francophonie, avec près de 75 millions d'habitants.

Mais à l'heure où la guerre en Syrie, avec le tragique destin d'Alep, plus des attentats dans divers pays européens (Allemagne, Suisse), obsède les rédactions et les esprits, ça donne une preuve de l'efficacité de l'équation de gravité. Késaco? C'est une équation qui se base sur le principe de la gravitation, repéré par Isaac Newton au XVIIe siècle. Elle est notamment utilisée en économie géographique, pour mesurer l'importance du commerce qu'un pays en fonction de ses voisins, de la langue. Par exemple, la France commerce beaucoup avec l'Allemagne, un de ses voisins, et moins avec la RDC qui est plus distante, malgré une langue commune, le français. Et là, au sujet de la médiatisation d'une attaque, d'un attentat faisant plusieurs morts, l'équation de gravité se vérifie car plus cet attentat est proche de chez soi, surtout dans un pays développé, plus on y accorde de l'importance. Même si le nombre de victimes est bien plus faible que dans une région plus éloignée et plus pauvre, faut bien le dire. Entendons-nous bien, chers lecteurs. Je ne nie pas l'effroi que provoque l'attaque du marché de Noël de Berlin mais je souligne que le traitement sur ce sujet est disproportionné par rapport à ce qui se passe à Kinshasa et qui n'est pas moins grave. En tout cas, c'est signe de l'indifférence qui règne dans les populations occidentales envers des endroits du monde où leurs gouvernants (élus, firmes multinationales) causent des dégâts. Et comme disait l'écrivain français Ernest Hello: "L'indifférence, c'est la haine doublée du mensonge".

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Agora 21/12/2016 13:04

Très belle article