Football leaks: ciel gris pour le PSG et l'AS Monaco

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/petr.pavel

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Les multiples révélations faites par plusieurs journaux, notamment Mediapart en France, sur des pratiques dans les clubs de foot européens depuis une semaine, suscitent la controverse tant des sujets comme les finances ou le fichage ethnique de jeunes joueurs choquent les esprits. Dans le cas français, le Paris Saint-Germain et l'Association sportive Monaco sont dans la tourmente, mais d'autres clubs pourraient bien être concernés dans les prochains articles de presse publiés d'ici la fin du mois.

Un vent de tempête semble souffler sur le foot européen et tout particulièrement sur le football français. Depuis le vendredi 2 novembre dernier, le journal en ligne Mediapart publie une série de fuite de documents concernant des clubs de foot, au nom de code de "Football leaks". Ce n'est pas la première fois que le nom de "Football leaks" est mentionné dans la presse. Lors de la première saison de "Football leaks", il était question des pratiques des joueurs, notamment en cas d'éventuelle optimisation fiscale, voire d'évasion fiscale. Ce qui fait qu'un Cristiano Ronaldo, par exemple, dut s'expliquer auprès du fisc espagnol sur ses revenus ayant en partie échappé à l'impôt sur plusieurs années. La saison 2 de "Football leaks" concerne désormais les clubs, ainsi que leur relation avec les instances dirigeantes, comme l'Union des associations européennes de football (UEFA).

Contournement complice?

Les premiers articles du collectif de journalistes européens EIC (European investigate collaborations), dans lequel se trouve Mediapart, ainsi que l'équipe de l'émission Envoyé spécial (France 2), font état d'une stratégie de contournement du Fair-play financier de la part du Paris Saint-Germain (PSG) et de Manchester City, à travers des contrats de sponsoring qui seraient surévalués par rapport aux audits effectués par l'UEFA pour le cas du PSG par exemple. Ce qui laisse entendre que l'UEFA serait complice de ces stratégies, notamment les anciens dirigeants Michel Platini et Gianni Infantino. Pareillement pour l'Association sportive Monaco (ASM), dont l'actionnaire majoritaire, le Russe Dmitri Rybolovlev, aurait contourné les règles du fair-play financier en maquillant ses dons auprès de son club en revenus de sponsoring. D'ailleurs, à l'heure actuelle, l'homme d'affaires russe est interrogé par les personnes en charge de l'enquête judiciaire, tandis que des cadres de Manchester City ou du PSG n'ont pas connu d'interpellation. Est-ce à dire que ces clubs, appartenant à des États - le Qatar pour le PSG, les Émirats Arabes Unis pour City -, ne pourraient guère être inquiétés par craintes de tensions politiques? C'est une question qui ne peut pas être totalement écartée. N'en déplaise aux journalistes spécialisées dans le foot qui, en grande partie, volent au secours des clubs, et tout particulièrement le PSG, critiquant volontiers Mediapart. Ce dont Fabrice Arfi, un des journalistes du site, ne s'en inquiète pas, vu combien Mediapart est connu pour faire des enquêtes assez dérangeantes au moment de leur publication depuis des années.

Primes d'éthique, fiches ethniques

Ces deux derniers jours, le cas du PSG est redevenu central, avec le reportage de l'émission Envoyé spécial (France 2), diffusé jeudi 8 novembre. L'une des informations les plus surprenantes divulguées par ce reportage est l'existence de primes d'éthique au sein du club de la capitale, notamment pour aller saluer les supporters avant et après le match. On pourrait se dire, à juste titre, que la spontanéité des joueurs envers les supporters n'existe pas, renforçant l'idée d'un manque d'identité au sein du club parisien, fortement embourgeoisé depuis 2011, année du rachat du club par le Qatar. Cependant, il y a un certain contexte. N'oublions pas qu'au début de la décennie 2010, il y avait une défiance entre les supporters et les footballeurs, suite à l'image désastreuse de l'équipe de France, faisant grève d'un entraînement lors de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud. Pour que les joueurs se rabibochent avec le public, le coup de la carotte et du bâton était mis en place par les instances. D'un côté, interdiction de casques audio aux abords du stade en jour de match - du moins, un certain temps -; de l'autre, des primes. Maintenant, la question est de se demander si cette prime est encore nécessaire, vu combien la victoire des bleus en Coupe du monde, en juillet dernier, semble concrétiser une nouvelle fusion entre les joueurs et les supporters. Et tout laisse à penser que ça ne concerne pas uniquement le PSG, mais aussi les autres clubs français et européens.

Autre information de ce reportage, c'est l'existence de fiches ethniques de la part de la cellule de recrutement jeune du PSG de 2014 au printemps 2018. C'est-à-dire, une catégorisation de jeunes joueurs en tant que "français", "maghrébins", "antillais" ou "afrique noire". Ce qui n'est pas sans rappeler qu'en 2011, il y eut l'affaire des quotas au sein de la fédération française de football (FFF), que d'ailleurs Mediapart avait révélé à cette époque, où une réunion technique à la FFF s'inquiétait de la proportion de joueurs afro-descendants, considérés comme des joueurs physiques, athlétiques, mais pas comme des joueurs techniques. Le sélectionneur de l'époque, Laurent Blanc, s'était mêlé à cette histoire et s'est excusé par la suite, sans que ça ne paraisse totalement convaincant. Ou encore les propos de Willy Sagnol, fin 2014, sur sa description du joueur africain typique. Pour le cas du PSG, le directeur du centre de formation du PSG de l'époque, Marc Westerloppe, et son supérieur hiérarchique, Olivier Létang, sont impliqués dans cette histoire par les multiples témoignages d'anciens recruteurs, et démentent toute responsabilité. Il faudra voir dans les temps qui suivront, d'autant plus que les deux hommes collaborent ensemble, au Stade rennais désormais.

Ce dernier sujet montre combien le racisme s'inscrit dans un rapport de pouvoir, de domination, d'institutions, ce que les universalistes abstraits en France n'arrivent toujours pas à comprendre.

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