Inégalité devant le vote en RDC

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/MONUSCO Photos

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L'annonce, par la Commission électorale nationale indépendante, d'un report des élections présidentielle, législatives et provinciales dans certaines circonscriptions du pays illustre une "manœuvre" politique aux yeux de l'opposition, privant ainsi plus d'un million d'électeurs de pouvoir émettre un choix.

Une chose est sûre, tout le monde n'est pas sur un pied d'égalité en République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre). Et le crédit à apporter sur les élections présidentielle, législatives et provinciales, initialement prévues le 23 décembre, mais décalées au 30 décembre, a encore fondu. En effet, la Commission électorale nationale indépendante (CENI), a annoncé, mercredi 26 décembre, le report des élections dans les circonscriptions de Beni et Butembo, dans la province du Nord-Kivu, à l'Est du pays, puis dans la circonscription de Yumbi, dans la province du Mai-Ndombe, à l'Ouest du pays, pour le mois de mars 2019 (cf liens n°1, n°2). Ce qui fait que plus d'un million d'électeurs - 1,256,177 selon Leonnie Kandolo, membre du Comité laïc de coordination catholique - ne seront pas en mesure de voter pour la présidentielle, étant donné que les résultats de l'élection du 30 décembre seraient connus courant janvier 2019.

"Décision unilatérale"

Mais qu'est-ce qui explique ce report dans les circonscriptions en question de la part de la CENI? Selon l'institution, du côté du Nord-Kivu, c'est "la persistance" du virus Ebola, ainsi que des "actes criminels perpétrés par des bandes et milices armées" qui justifient la préconisation du report. Du côté du Mai-Ndombe, ce sont des incidents opérés durant la nuit du 14 au 15 décembre à Yumbi, avec destruction des documents électoraux, pillage des entrepôts de la CENI puis "un déplacement massif des populations", qui poussent au report des élections dans cette partie du territoire.

Ces raisons invoquées par la CENI n'ont pas convaincu l'opposition sur leur bien-fondé. Elle estime, notamment dans le cas des circonscriptions de Beni et de Butembo, que le virus Ebola sert de prétexte pour bâillonner des voix acquises soit à Martin Fayulu, soit à Félix Tshisekedi, qui auraient, selon leurs soutiens, la majeure partie des voix dans ces circonscriptions. D'ailleurs, l'Église, très influente dans la vie politique du Congo-Zaïre, est également très remontée au sujet de ce report partiel, qualifié de "décision unilatérale" (cf lien n°3). En fait, ce report partiel permet, indirectement, de renforcer le candidat de la majorité présidentielle, Emmanuel Ramazani Shadary, qui rencontre des difficultés et dont son équipe de campagne use de procédés douteux comme distribuer des billets de banque dans la rue pour tenter de convaincre des électeurs, par exemple.

Par ailleurs, invoquer la violence pour reporter les élections, ça sent fort le café. Les élections de 2006 et 2011 se sont faites dans le temps qui était imparti, alors que du côté du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, la violence est continue depuis le génocide tutsi au Rwanda voisin en 1994. Puis Leila Zerrougui représentante spéciale du secrétaire générale de l'ONU, dans un entretien au journal Jeune Afrique (cf lien n°4), affirme que si des violences durant la campagne électorale ont été relevées, elles sont de moindre ampleur qu'en 2011, année des dernières élections présidentielle et législatives, et que celles de 2018 se sont mieux déroulées.

À croire que la CENI veut prendre les gens pour des cons!

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