La concentration de richesse autour d'un petit nombre nourri par le grand nombre

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Gustave Deghilage

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La publication du rapport d'Oxfam sur les inégalités en 2018 souligne un creusement entre les plus riches et les plus pauvres, au point que 26 milliardaires ont une fortune équivalente à celle de la moitié des habitants de la planète, soit 3,8 milliards de personnes. Et à moins de changer les politiques économiques, cette tendance irait en s'aggravant selon l'ONG.

"Tandis que les milliardaires ont vu leur fortune augmenter de 12% l’an dernier, empochant ainsi 2 milliards d’euros par jour, la richesse de la moitié la plus pauvre de la population mondiale, soit 3,8 milliards de personnes, a chuté de 11 %" affirme d'emblée Oxfam au sujet de son rapport sur les inégalités en 2018, en écho au forum de Davos, rassemblement international de grands patrons, de chefs d'État, etc. Selon les données de l'ONG, s'appuyant notamment sur celles du magazine états-unien Forbes, cet accroissement des inégalités a fait en sorte que les 26 plus grandes fortunes au monde possèdent une richesse équivalente à celle la moitié la plus pauvre de la population mondiale, soit 3,8 milliards de personnes (cf lien n°1). L'année précédente (2017), c'était 43 milliardaires qui avaient autant de richesse que la moitié la plus pauvre de la population mondiale. Signe qu'il y a un phénomène de concentration autour d'un petit nombre qui "fait travailler le grand [nombre], est nourri par lui et le gouverne", pour reprendre en partie une phrase de Voltaire.

Politique de classe

Ces données illustrent une politique de classe, en faveur d'une très haute bourgeoisie, qui tient à pérenniser sa domination en ayant à son service des politiciens qui se prétendent populistes mais qui, au fond, mettent en avant une pensée capitaliste, libérale, qui est pesante depuis la fin du 18e siècle, censurant au maximum, notamment dans les universités ou les mass media, toute pensée dite hétérodoxe, vue comme critique. Pour donner des exemples de politiciens serviteurs du capital, il y a Emmanuel Macron en France, Donald Trump aux États-Unis, Jair Bolsonaro au Brésil, ou encore Vladimir Poutine en Russie, quand bien même ils ont des différences formelles, pratiques. Et ces personnes au pouvoir grâce à la classe dominante, dont ils doivent donner des gages, montrent que le capitalisme, mis en cause après la crise financière de 2008-2009, continue son train néo-libéral, entamé dans les années 1970, quitte à prendre un accent de plus en plus autoritaire, de plus en plus répressif. Les violences policières à l'égard des gilets jaunes en France en sont une récente illustration.

Et en parallèle de tout ça, la classe dominée, exploitée (prolétariat) a beau sortir de l'extrême pauvreté (1,9 dollar/personne et par jour), pour les pires cas, l'ONG souligne que cette extrême pauvreté a vu son rythme de réduction être divisé par deux depuis 2013, et surtout, cette pauvreté est repartie à la hausse en Afrique subsaharienne, alors que c'est une des régions du monde où les taux de croissance sont les plus élevés. Signe que la théorie du ruissellement, si chère aux économistes libéraux est du pipeau. Et si on rajoute le fait que l'Afrique subsaharienne est l'une des régions les plus exposées au dérèglement climatique et que les structures économiques et sociales échappent à tout contrôle local en raison de l'impérialisme occidental et émergent via des multinationales, alors le phénomène d'immigration devient le retour de boomerang de cet impérialisme que la gauche radicale a oublié dans son logiciel intellectuel ces dernières années.

Réformisme révolutionnaire?

Maintenant, la question est de savoir quelles solutions faudrait-il adopter pour renverser la tendance. Pour Winnie Byanyima, directrice d'Oxfam, la solution est le développement de services publics, notamment dans l'éducation, via une lutte plus efficace contre la fraude fiscale, contre la corruption, voire un relèvement de l'impôt sur la fortune des 1% les plus riches (cf lien n°2). Il est aussi question, dans le rapport d'Oxfam de mettre en place un salaire maximum, pour limiter l'écart salarial dans les grandes entreprises.

Ces propositions ne sont pas inintéressantes en soi, ce sont des réformes raisonnables. Mais ces réformes pourraient être vues comme un accompagnement du capitalisme. En clair, revenir à une période du capitalisme où l'État intervenait et qu'un compromis de classes sociale s'opérait tel qu'il fut le cas durant les 30 Glorieuses. Mais ce réformisme affiché peut-il devenir révolutionnaire, pour reprendre une formule lancée par Jean Jaurès, au début du 20e siècle? C'est possible s'il y a une logique de renverser le cadre intellectuel, qui fait croire que ce sont les actionnaires, les grands patrons qui sont créateurs de richesses et que c'est eux qui vont vivre leurs salariés. Or, ce précepte est faux. J'en veux pour preuve que Carlos Ghosn, PDG de Renault-Nissan, est incarcéré au Japon depuis deux mois et que ça n'a pas empêché les ouvriers et employés de Renault et de Nissan de continuer à produire des voitures. Ce qui permet de dire que ce sont les salariés de Renault et Nissan qui font vivre Ghosn, les cadres dirigeants et les actionnaires de ces firmes et que, comme l'affirme l'économiste et sociologue Bernard Friot, il faut passer de la propriété lucrative à la propriété d'usage, pour que les salariés soient pleinement en possession de leur outil de travail et n'aient plus à dépendre de ce qu'il appelle les "parasites" qui font du "chantage à l'emploi" pour accumuler du capital qui ponctionne le travail (cf vidéo ci-dessous).

C'est, au fond, remettre en avant l'autogestion, telle que la défendaient les anarchistes, avec Mikhaïl Bakounine, ou les communistes, avec Karl Marx, du temps de l'Association internationale des travailleurs, la 1ère Internationale (1684-1872), et instiller des bases de dépassement du capitalisme, qui joue avec le feu et qu'en cas de péril, ce serait une bonne idée de le laisser crever.

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