Le pouvoir renforce le flicage des chômeurs

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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Dans un décret publié au Journal officiel le 30 décembre 2018 et mis en application depuis le 1er janvier, le gouvernement renforce les sanctions à l'égard de chômeurs, à travers la suppression de l'allocation chômage en cas de refus successifs d'offres d'emplois "raisonnables". De même que dans les critères d'une offre d'emploi "raisonnable", le salaire antérieur n'est plus pris en compte, afin de transformer les chômeurs en travailleurs pauvres.

La start-up nation de Macron et ses sbires tire à boulets rouges sur les "salauds de chômeurs". C'est comme ça que pourrait être résumé le décret du Journal officiel du 30 décembre 2018, mis en application depuis hier, mardi 1er janvier 2019, dans lequel le contrôle des chômeurs inscrits dans Pôle emploi sera renforcé, avec des radiations alourdies en cas de manquement d'entretiens avec Pôle emploi ou de refus de recherche d'une offre d'emploi "raisonnable". Par exemple, en cas d'un premier manquement d'un rendez-vous avec un conseiller Pôle emploi, le chômeur sera radié des listes durant un mois. Deux mois en cas de deux manquements; quatre mois en cas de trois manquements. Et qui dit radiation, dit suppression de l'allocation chômage et non plus suspension de la part du gouvernement, qui se veut incitatif dans la recherche d'emploi de la part des chômeurs, quand bien même le chômeur ait cotisé pour avoir une allocation chômage quand il était salarié. En outre, le décret stipule dans une notice que le "salaire antérieurement perçu" ne compte plus parmi les critères déterminant une offre d'emploi "raisonnable". En clair, un chômeur ne doit pas refuser une offre d'emploi comportant un niveau de salaire inférieur à ce qu'il avait quand il était salarié (cf liens n°1, n°2).

Logique libérale

Ce décret s'inscrit en droite ligne de la pensée libérale, capitaliste, que met en pratique Emmanuel Macron depuis 2017. Que ce soit à travers la suppression de l'ISF ou l'annonce de la défiscalisation et la désocialisation des heures supplémentaires, le pouvoir suit la logique selon laquelle le capital - à travers l'entreprise -, génère de la valeur, de la richesse, et que les détenteurs de capital doivent être moins soumis à la pression sociale et fiscale pour qu'ils génèrent davantage de richesses et qu'ils en fassent ruisseler sur le reste de l'économie, en tant que "premiers de cordée". Puis cela sous-entend, en matière de chômage, que les chômeurs le sont de manière volontaire, qu'ils affichent de trop grandes exigences salariales et qu'en faisant une pression salariale à la baisse, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes capitaliste car "l'offre crée sa propre demande" selon la célèbre formule de l'économiste français Jean-Baptiste Say.

Or, cette pensée économique orthodoxe se fourvoie dans une série d'erreurs observables par l'histoire. La défiscalisation et la désocialisation des heures supplémentaires permet juste aux entreprises à vouloir fournir des primes aux salariés, et peut-être une hausse de salaire, mais pas des embauches à tour de bras. C'est ce que rappelle l'Observatoire français des conjonctures économiques quand cette politique fut appliquée durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, dont Macron a reçu des conseils ces dernières semaines soit dit en passant. D'ailleurs, cette idée de "travailler plus pour gagner plus", qui permettrait de la croissance, est un contresens historique. L'histoire du capitalisme - libéral, étatique ou mixte selon le temps et l'espace -, et de la lutte des classes entre la bourgeoisie et le prolétariat, montre que le temps de travail, qui est la source de richesse selon l'économiste allemand Karl Marx et les penseurs socialistes, communistes, n'a cessé de se réduire, en raison notamment des révolutions industrielles successives, et n'a pas empêché la croissance économique dans les pays développés, quand bien même d'autres éléments, comme l'impérialisme (néo-)colonial, ou le protectionnisme, peuvent influer sur cette dite croissance.

Chômage et capitalisme

Concernant le chômage, ce n'est pas une résultante de la volonté des chômeurs, ni de leurs exigences salariales, mais d'une politique manifeste de maintien d'un chômage élevé pour que le capital ait un rendement élevé. Selon Pôle emploi, en ce mercredi 2 janvier 2019, 584.815 offres d'emplois sont disponibles. Rapporté aux 3.410.800 chômeurs n'ayant pas travaillé du tout en novembre 2018 selon les données de la direction de l'animation de la recherche des études et des statistiques et de Pôle emploi, ça veut dire que 17,1% des chômeurs pourraient être embauchés. Donc, 82,9% des chômeurs n'ayant pas travaillé du tout le resteraient tout de même.

Cela permet de dire que la politique visant à fliquer les chômeurs pour réduire le chômage est du foutage de gueule en bonne et due forme. En fait, il y a de quoi s'aligner avec la pensée de Marx, estimant, pour sa part, que le chômage est une nécessité pour le capitalisme, formant ainsi une "armée industrielle de réserve" compressant au maximum le salaire pour permettre un profit maximal pour le capitaliste. Et quelque part, la courbe de Phillips, du nom de l'économiste néo-zélandais Alban Phillips, qui met originellement l'évolution du salaire et celle du chômage dans le temps, sert d'illustration à ce qu'écrivait Marx en son temps. Cela étant, cette courbe a été modifiée par les économistes états-uniens Paul Samuelson et Robert Solow pour que l'inflation substitue au salaire et la stagflation des années 1970 a fait tomber en désuétude cette courbe. Néanmoins, cette courbe, même dans sa version avec l'inflation, semble retrouver du sens. Dans le cas de la France, l'inflation, depuis la crise de 2008, connait une inflation inférieure à 2% - excepté en 2011 et 2012 -, et que le taux de chômage s'est accru durant la période.

En conclusion, si ça tient à en finir avec le chômage, peut-être que ça devrait songer à en finir avec le capitalisme.

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