Benalla en taule (provisoire)

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/jerc dessinateur

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Considérant qu'Alexandre Benalla et Vincent Crase ont violé leur contrôle judiciaire en se voyant, fin juillet 2018, les juges ont décidé, mardi soir, de mettre les deux suspects de violences envers des manifestants le 1er mai 2018 en détention provisoire. Une situation qui promet de s'aggraver vu que le Sénat compte saisir la justice pour "faux témoignage" de la part de Benalla lors de ses auditions devant la chambre haute du Parlement.

Nouvel épisode dans notre série préférée depuis l'été 2018, l'affaire Benalla. Suspecté d'avoir frappé des manifestants le 1er mai 2018, Alexandre Benalla, ancien collaborateur d'Emmanuel Macron à l'Élysée, a été placé en détention provisoire, mardi 19 février, par les juges suivant les événements du 1er mai impliquant Benalla et son comparse Vincent Crase. Cette décision a été prise en considération des révélations faites par le site Mediapart, indiquant que le 26 juillet 2018, soit quatre jours après leur mise en examen, les deux compères s'étaient retrouvés pour discuter, alors qu'ils avaient interdiction d'être en contact. Un viol du contrôle judiciaire sanctionné comme il se doit (cf lien n°1).

Faux témoignage

La suite promet d'être gratinée pour Benalla, mais aussi Crase. En effet, la commission des lois du Sénat, qui rend ses conclusions ce mercredi 20 février, appelle à de nouvelles poursuites judiciaires contre Benalla pour "faux témoignage", estimant que l'ancien proche de Macron a menti devant les sénateurs de la commission des lois lors de ses deux auditions, le 20 septembre 2018 et le 21 janvier 2019 (cf liens n°2 et n°3), comme l'affirme le président de la commission des lois du Sénat, le sénateur (Les Républicains) Philippe Bas. Ce dernier tient à ce que le procureur de la République mette également en cause les témoignages de collaborateurs du palais de l'Élysée, indiquant que le rapport de la commission révélerait des "incohérences", des "contradictions" sur plusieurs témoignages, et peut-être en repérer d'autres qui auraient échappé aux sénateurs de la commission des lois.

Rééquilibrage des pouvoirs!

Une chose est sûre, cette affaire aura le don de réhabiliter le Sénat auprès des citoyens. Moi-même, je n'ai jamais caché mes critiques à l'égard de la chambre haute du Parlement, et je reste partisan d'une assemblée unique, d'un monocamérisme, comme cela se fait dans certains pays et comme la France l'eût connu lors des premières années de la Révolution française. Et je ne suis pas le seul à le penser. Le youtubeur Histony avait consacré une vidéo sur le Sénat, indiquant son histoire, son rôle politique et social et sa structure a-démocratique en vérité.

Mais comme la commission des lois de l'Assemblée nationale, composée majoritairement de députés la République en marche, le mouvement de la majorité présidentielle, avait fait capoter toute tentative de commission d'enquête, ce qu'a réalisé la commission des lois du Sénat, à majorité LR, donc l'opposition, est salutaire. Pourquoi? Parce que ça illustre la nécessité de rééquilibrer les pouvoirs! Sous cette Ve République qui nous régit depuis 1958, le pouvoir exécutif a été continuellement renforcé, au détriment du pouvoir législatif. Et quand on pense que Macron, au moment où l'affaire Benalla a éclaté, envisageait une nouvelle réforme constitutionnelle, il n'y avait pas de quoi être rassuré. Maintenant, ça donne l'ampleur de la tâche à accomplir pour envoyer à la retraite la Ve République et établir une VIe République qui soit capable d'équilibrer les pouvoirs. Ce qui signifie un renforcement important du pouvoir législatif, au détriment de l'exécutif. N'oublions pas non plus le pouvoir judiciaire car s'il se met à mettre Benalla en détention provisoire, l'indépendance de la justice reste encore à prouver car, après tout, le site Mediapart connût une tentative de perquisition de son siège par le Parquet de Paris suite aux révélations qu'il a faites sur Benalla par rapport à son viol du contrôle judiciaire.

Virements, arme...

En tout cas, l'affaire Benalla est loin d'être terminée. Une note de l'organisme Tracfin, chargé de lutter contre la fraude et le blanchiment, souligne des virements de plusieurs milliers d'euros entre Benalla et Crase sur une période allant de janvier 2016 à octobre 2018 (cf lien n°4). Cette même note de Tracfin indiquerait que Benalla a dépensé 1.305 euros dans une armurerie parisienne pour un pistolet, une semaine avant la photo prise à Poitiers, où l'ancien proche de Macron était vu avec un pistolet à la main (cf lien n°5).

Et si on rappelle la question des contrats passés entre Benalla et un oligarque russe, et peut-être même une société chinoise, via l'intermédiaire de Crase, tout en ayant été au sein de l'Élysée, plus les conditions d'obtention de ses passeports diplomatiques, permettant à Benalla de se faire une place dans les réseaux de la Françafrique, ça promet de nouveaux épisodes passionnants.

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