Vive l'Humanité!

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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Plusieurs centaines de personnes s'étaient réunies à Montreuil, vendredi 22 février, pour apporter leur soutien au journal l'Humanité, qui est menacé de disparaître, montrant ainsi combien le pluralisme de la presse est mis à mal par les structures économiques et la pensée dominante massivement diffusée, avec des espaces critiques en difficulté.

"Vive l'Humanité, l'Humanité vivra!" Ce slogan a été repris à de multiples reprises, vendredi 22 février, à Montreuil, lors de la soirée de mobilisation pour le journal l'Humanité, où plus de 2.000 personnes se sont retrouvées pour apporter leur soutien. Le quotidien communiste, fondé par Jean Jaurès en 1904, traverse une nouvelle crise existentielle. Il y a quelques semaines, le tribunal de commerce de Bobigny (Seine-Saint-Denis) a placé le journal en redressement judiciaire, avec poursuite d'activité et période d'observation de six mois, afin qu'il puisse continuer d'exister, de garantir les salaires à environ 200 personnes, dont la majorité sont des journalistes (cf lien). Auparavant, le directeur de la publication de l'Huma, Patrick Le Hyaric, également eurodéputé (Parti communiste), avait indiqué que le journal était en cessation de paiement et qu'une campagne de souscription nationale serait lancée pour sauver l'Humanité de la faillite.

Survie d'une pensée alternative

La soirée du 22 février se voulait être une étape sur le chemin de la sauvegarde de l'Huma. Selon la direction du journal, la souscription nationale aurait récolté un million d'euros, plus 1.500 nouveaux abonnements. Ce qui est encourageant pour vouloir pérenniser un groupe de presse, qui comprend le quotidien, sa version hebdomadaire - l'Humanité dimanche -, ou encore Les Lettres françaises par exemple. L'enjeu est la survie d'une pensée alternative au capitalisme, dont le train néo-libéral n'a pas déraillé malgré la crise de 2008. D'ailleurs, parmi les extraits d'articles ou d'éditoriaux de l'Huma cités dans la soirée, figure un édito de 1906, par Jaurès, indiquant déjà en ce temps-là, les difficultés du journal, né deux ans plus tôt et dont Jaurès en a fait un outil essentiel pour forger l'unité des forces socialistes, avec la fondation en 1905 de la Section française de l'Internationale ouvrière.

Renforcer l'indépendance économique

Et comme en 1906, il s'agit de maintenir en vie un journal qui porte les voix du prolétariat, de la république sociale, des idées socialistes, communistes, écosocialistes, décoloniales, anti-impérialistes, etc. Il s'agit également de pérenniser un journal qui est majoritairement détenu par des lecteurs, regroupés dans la société des amis de l'Humanité, où les recettes publicitaires sont très faibles pour le journal. Et surtout, réduire la dépendance du journal aux aides publiques à la presse. Si l'Huma dispose, en valeur absolue, de subventions publiques moindres que Le Monde, Le Figaro, Le Parisien-Aujourd'hui en France, Libération, qui sont des quotidiens aux mains d'affairistes, de capitalistes, il demeure le quotidien le plus aidé si on rapporte les aides publiques à la presse au nombre d'exemplaires vendus.

C'est là tout le problème! Mais il faut dire que l'Huma a suivi la trajectoire du Parti communiste, dont il fut l'organe central durant plusieurs décennies. À savoir une position dominante au sortir de la seconde guerre mondiale, et un déclin progressif, accéléré avec la chute du bloc soviétique, les morts des militants et électeurs communistes, le vieillissement du lectorat habituel du journal et la méfiance accrue du lectorat envers la presse en général, avec comme dernier exemple la question des journalistes victimes de violences de certains gilets jaunes et des forces de l'ordre social.

Comment renforcer cette indépendance, pour que l'Humanité redevienne le journal populaire, sans accent stalinien, comme l'indiquait le journaliste Daniel Mermet durant la soirée? Une des pistes à étudier serait la diversification de la rédaction. J'entends par là, une diversité sociale et pigmentaire. D'aucuns diraient raciale dans ce dernier cas. Pourquoi? L'Huma est un journal qui tient à porter la voix du prolétariat, dans son ensemble, et des luttes qu'il mène. Or, le prolétariat n'est pas uniforme. Il y a un prolétariat blanc et un prolétariat non-blanc. Et des journalistes non-blancs, qui vivent en banlieue, ça existe. Il ne serait pas idiot de les recruter pour qu'ils puissent exprimer leur talent de journaliste et que le lectorat puisse davantage s'identifier au journal. Après tout, si un(e) journaliste ressemble à son lecteur/sa lectrice, ça peut contribuer à la popularité, ou du moins à l'estime du journal qui permet à ce(tte) journaliste de vivre de son travail, voire de posséder son outil de travail, dans une logique autogestionnaire. Pour vous en convaincre de cette idée, même si ça n'est pas la panacée, cher(e)s lecteurs/lectrices, je vais vous donner un exemple. Une personne que je connais a travaillé pour un média public d'actualité sur l'Afrique et a remarqué que les journalistes qui travaillaient sur l'Afrique étaient exclusivement blanc(he)s et que le traitement fait était fortement critiqué par des africains sur les réseaux sociaux.

Ce serait à creuser pour améliorer la relation entre le lectorat et le monde de la presse.

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