On ne doit pas minimiser la négrophobie

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Capture d'écran

Photo: Capture d'écran

Les propos de Christine Angot dans l'émission "On n'est pas couché", comparant Shoah et esclavage, minimisant ce dernier, sont symboliques d'une négrophobie institutionnelle vu que ce fut tenu sur France 2, chaîne du service public audiovisuel. Une polémique de trop pour cette émission qui descend dans les abîmes.

La polémique de trop pour Christine Angot? En tout cas, on peut l'analyser ainsi, vu que l'écrivaine et chroniqueuse de l'émission "On n'est pas couché" partira à la fin de la saison, même si Laurent Ruquier, l'animateur de l'émission sur le service public audiovisuel (France 2), assure que la décision a été prise "il y a plusieurs semaines" (cf liens n°1, n°2). Cela fait suite à ses propos du 1er juin, comparant la Shoah et l'esclavage, déclarant que les nazis ont recherché dès le départ l'extermination des juifs et que les esclavagistes tenaient à ce que les esclaves noirs "soient en pleine forme", "soient en bonne santé" pour qu'ils soient "commercialisables". Et ce, en minimisant les pratiques des esclavagistes et en hiérarchisant des crimes contre l'humanité, avec la Shoah en tête de liste. En outre, elle a eu le toupet de dire, pour s'excuser, qu'elle ne cherchait pas à faire dans la concurrence mémorielle, victimaire, sous-entendant sournoisement du reste que les afro-descendant(e)s feraient dans la concurrence victimaire (cf lien n°3).

Négrophobie institutionnelle

Le plus enrageant dans cette histoire, c'est que personne, sur le plateau, n'a contredit Angot et son négationnisme sur l'esclavage négrier. À commencer par Ruquier lui-même. Mais ce n'est pas tellement étonnant de sa part, vu l'évolution de son émission; on y reviendra plus tard. Ça prouve quand même la persistance d'une certaine négrophobie institutionnelle, bien ancrée dans les têtes, méprisant ainsi la recherche historique sur ce sujet (cf liens n°4, n°5). Du reste, Angot, qui n'est pourtant pas une sotte, doit sûrement connaitre le Discours sur le colonialisme d'Aimé Césaire, où le poète et politicien reliait l'esclavage, le colonialisme avec le nazisme, notamment avec la phrase suivante:

  • "Oui, il vaudrait la peine d'étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d'Hitler et de l'hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du xxe siècle qu'il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l'habite, qu'Hitler est son démon, que s'il le vitupère, c'est par manque de logique, et qu'au fond, ce qu'il ne pardonne pas à Hitler,ce n'est pas le crime en soi, le crime contre l'homme, ce n'est pas l'humiliation de l'homme en soi, c'est le crime contre l'homme blanc, c'est l'humiliation de l'homme blanc, et d'avoir appliqué à l'Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu'ici que les Arabes d'Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d'Afrique."

D'ailleurs, il est capital de rappeler, en dépit de ce que peuvent croire les économistes mainstream, que l'esclavage a été un élément clé dans l'élaboration du capitalisme, avec des esclaves forcés à être productifs dans des plantations, aux XVIIe et XVIIIe siècles, véritables prototypes des usines des XIXe et XXe siècles, concentrant des centaines, voire des milliers de prolétaires (cf lien n°6). Ce qui permit, d'un côté, la constitution de fortunes bourgeoises qui seront redéployées dans les usines et le développement de pays européens tels le Royaume-Uni ou la France; de l'autre, une ponction importante de main-d'œuvre africaine, freinant le développement des pays africains, surtout ceux ayant accès à la mer, générant une destructuration sociale, comme des études économiques l'ont démontré. Sans compter des lois qui s'appliquent avec décalage entre la France et les outre-mers, anciennes "colonies", comme par exemple l'interdiction du chlordécone, plus tardive en outre-mer que dans l'Hexagone. Ce qui fait d'ailleurs que la majorité des habitants de la Martinique et la Guadeloupe, descendants de personnes mises en esclavage, sont exposées à ce pesticide, par exemple.

En tout cas, comme l'analyse un ami blogueur (João Gabriell), ce genre de procédé raciste en Occident a pour but de déshumaniser les africain(e)s et les afro-descendant(e)s, de normaliser l'exploitation continue du continent africain depuis plusieurs siècles, avec d'autres méthodes et des complicités locales (Françafrique) qui soulèvent de plus en plus d'opposition chez les citoyen(ne)s exploité(e)s.

Service public récidiviste

Mais ce n'est pas la première fois qu'une telle expression négrophobe a droit de cité sur le service public audiovisuel. Si vous avez de la mémoire, chers lecteurs et chères lectrices, vous vous souvenez sans doute de Jean-Paul Guerlain, interviewé par la journaliste Élise Lucet en 2010, sur France 2, qui déclarait tranquillement: "Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin...". S'en suivit une campagne de boycott de la marque Guerlain, avec parfois des manifestations devant des boutiques Guerlain comme celle des Champs-Élysées à Paris, histoire de mettre la pression, avec au bout une condamnation pour injure raciale et une amende de 6.000 euros. Pas cher payé d'être négrophobe!

Quant à "On n'est pas couché", qui a permis à un Éric Zemmour de devenir une tête de gondole raciste ayant pignon sur rue, cette histoire tombe mal, tant cette émission du samedi soir, naguère suivie par quelques millions de personnes, est tombée en désuétude. D'ailleurs, Ruquier, avec sa comparse, la productrice Catherine Barma, opterait pour une nouvelle méthode, avec des chroniqueurs différents chaque semaine. Mais vu les profils pigmentaires passés dans ONPC en tant que chroniqueurs - une seule non-blanche, Audrey Pulvar -, ce serait étonnant que Ruquier et Barma fassent appel à des journalistes non-blanc(he)s pour les embaucher.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article