Quand le Coronavirus fait réveiller une asiophobie enfouie dans les têtes

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Diaro Notimundo

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L'extension du Coronavirus se pose, avec des cas recensés en Europe, aux Amériques et en Afrique, ainsi que sur son degré de létalité, qui reste encore incertain à l'heure actuelle. Toujours est-il que ça a remonté à la surface un racisme anti-asiatique sur fond de suspicion.

Les jours passent et le Coronavirus suscite de plus en plus d'inquiétude. Le virus, dont la souche se situe dans la ville de Wuhan, en Chine, voit le nombre de cas augmenter à l'échelle du globe. En premier lieu, la Chine elle-même puisque sur les 4.473 personnes atteintes du Coronavirus, de manière officielle, le 27 janvier (cf lien n°1), 4.409 sont dans l'ex-empire du Milieu, en ne comptant pas les cas recensés à Hong Kong (8). Et à l'heure actuelle, c'est en Chine que l'on compte les 107 morts de ce virus.

Forte menace pour l'homme?

Autant poser la question de suite: est-ce que le Coronavirus est une forte menace pour l'homme? Si on doit se contenter des données officielles, transmises par les différentes autorités, tant locales qu'internationales, il y a de quoi dire que le degré de létalité du Coronavirus est faible. En effet, si on rapporte le nombre de décès (107) sur le nombre de malades recensés (4.473), le taux de létalité du Coronavirus serait de 2,4%. Soit bien moins que le SRAS qui avait des caractéristiques similaires au Coronavirus en 2003. Mais cela est à prendre avec des pincettes car ce virus oblige une période d'incubation d'environ 15 jours et que cette pandémie peut se répandre de manière contagieuse durant cette période d'incubation selon des déclarations de la commission nationale de la santé en Chine (cf lien n°2).

Puis rien n'interdit à ce que le Coronavirus connaisse une évolution plus mortelle, d'autant plus que Pékin annonce un pic dans la semaine ou les 10 jours qui suivent (cf lien n°3). Histoire de se rassurer, tant le doute subsiste sur le nombre de personnes atteintes par l'épidémie. D'ailleurs, des chercheurs de Hong Kong estiment, pour leur part, que plus de 44.000 personnes sont atteintes du Coronavirus dans le monde, soit environ 10 fois plus que les données officielles, tandis que d'autres de Boston estiment à 25.000 cas, rien qu'en Chine (cf lien n°4). Toujours est-il que les autres pays ou continent s'y préparent, puisqu'en Europe, la France et l'Allemagne ont recensé des malades revenant de Chine; pareil pour les États-Unis, qui s'emploient à rapatrier leurs émigrés en coopération avec les autorités chinoises; et enfin le continent africain s'y apprête, notamment dans des pays comme le Kenya, l'Afrique du Sud ou l'Éthiopie, sachant qu'une personne est suspectée d'être atteinte du Coronavirus en Côte d'Ivoire (cf lien n°5).

#JeNeSuisPasUnVirus

L'un des effets pervers de ce virus est d'avoir remis à jour, dans certains pays occidentaux comme la France du moins, une asiophobie manifeste et bien ancrée dans les têtes. Sur les réseaux sociaux, à travers le hashtag #JeNeSuisPasUnVirus, des témoignages d'asio-descendant(e)s s'accumulent sur des situations où ça raconte des "blagues" sur les chauves-souris chinoises qui auraient transmises le virus à l'homme, des propos indiquant "qu'à force de manger tout et n'importe quoi", le virus prend forme, des regards insistants qui dévisagent par suspicion raciste, des refus de laisser une personne d'origine asiatique de monter dans le RER, en se disant "ils vont tous nous contaminer". Bref, de quoi parler à juste titre de racisme anti-asiatique ou d'asiophobie.

Mais ça n'est pas seulement une affaire d'individus, et encore moins d'attitude. C'est une question de pouvoir, d'institution. Et la presse peut y jouer un rôle néfaste. La palme d'or de l'asiophobie revient d'ailleurs au journal Le Courrier Picard, avec sa une du dimanche 26 janvier sur le Coronavirus intitulée "Alerte jaune". Ça commence fort. Pis, l'éditorial titre "Nouveau péril jaune?" Ce qui est une expression clairement raciste et marquée historiquement puisqu'elle avait servi à plusieurs occidentaux (Grande-Bretagne, France, Allemagne, Russie, etc.) à pointer la menace que représentait la Chine à leurs yeux à la fin du 19e siècle et d'aller en découdre contre elle, en lui prenant des territoires après plusieurs guerres. Ce n'est pas un hasard si la Chine se retrouvait mêlée plus tard à la Première guerre mondiale - envoi de 140.000 travailleurs chinois en France - et qu'il y eut du ressentiment suite à la signature du traité de Versailles tant Pékin s'estima être lésé dans cette histoire.

En tout cas, le racisme (institutionnel) est bien plus redoutable que le Coronavirus.

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