Début de la fin de l'impunité policière? Telle est la question

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/FN NEWS

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Les manifestations en France sur la question des violences policières à caractère raciste et des enquêtes indiquant l'ampleur du racisme institutionnel dans la police poussent le gouvernement à devoir donner un coup de balai. De là à ce que ce soit suffisant pour apaiser les relations police/population, il y a encore du chemin.

Est-ce un premier pas dans une politique d'apaisement au sujet des relations entre la police et le reste de la population civile? En tout cas, c'est bien le pari que joue le gouvernement, et notamment le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner. Lundi 8 juin, ce dernier a tenu une conférence de presse indiquant un ensemble de mesures envers les forces de l'ordre telles l'interdiction de la "prise par le cou" - pour éviter de parler de plaquage ventral -, une suspension systématique en cas de propos racistes, une réforme de l'Inspection générale de la police et de l'Inspection générale de la gendarmerie, etc. (cf lien n°1).

Racisme institutionnel en marche

Cet ensemble de mesures vient dans un contexte pour le moins défavorable pour l'institution régalienne qu'est la police. Au-delà de l'exaspération prononcée après la mort de George Floyd à Minneapolis le 25 mai, ce trépas suite à une intervention policière a réveillé des problématiques similaires en France, notamment l'affaire Adama Traoré qui fait du surplace en fonction des expertises et contre-expertises depuis près de quatre ans. La manifestation du 2 juin à Paris montre combien il ne s'agit pas uniquement d'un écho entre deux morts similaires de part et d'autre de l'Atlantique, mais d'un racisme institutionnel profond dans ces deux pays, à la différence près qu'en France, il est plus hypocrite - universalisme abstrait oblige -, et que ça accuse les français non-blancs d'opérer une américanisation de l'hexagone. Cocasse quand on y songe. Mais les Tartuffes du racisme institutionnel made in France sont légion et ont surtout le pouvoir de se faire entendre.

Néanmoins, ils ont de quoi être ébranlés. Toute une série de révélations sur le racisme institutionnel en marche dans la police illustre ce que bien des militants antiracistes dénonçaient dans l'indifférence - "haine doublée du mensonge" -. D'abord une enquête de Mediapart et d'Arte mercredi 3 juin, diffusant un témoignage d'un policier noir victime de négrophobie au sein de l'institution, dans un commissariat de Rouen, à travers des discussions dans un groupe lançant des propos racistes, antisémites, homophobes et des souhaits de guerre civile pour la sauvegarde de la suprématie blanche (cf lien n°2). Ensuite, une enquête de Streetpress, jeudi 4 juin, indiquant des multiples échanges de propos racistes dans un groupe Facebook rassemblant 8.000 personnes, surtout des policiers (cf lien n°3). De quoi contraindre le ministre de l'Intérieur à saisir la justice vu l'ampleur du phénomène qui semble n'être qu'une partie émergée de l'iceberg car d'autres groupes sur les réseaux sociaux tiennent cette ligne (cf liens n°4, n°5). Sans oublier les rapports de l'IGPN ou du Défenseur des droits, indiquant une montée en flèche des plaintes ou réclamations pour violences policières en 2019.

En tout cas, ça montre combien les tenants de l'antiracisme politique doivent continuer de lutter pour enfoncer le clou, faisant ainsi tomber bien des masques, notamment du côté des fraternalistes de gauche, plus prompts à faire dans l'union sacrée avec les paternalistes de droite que de faire une mise à jour intersectionnelle qui leur serait bien plus stimulante intellectuellement et politiquement.

Mise au pas?

Si ces mesures donnent l'image d'un recadrage de la part du ministère de l'Intérieur, il n'en reste pas moins qu'on est loin de la mise au pas de cet "État dans l'État" qu'est la police (+ la gendarmerie). On pourrait même dire qu'il s'agit d'une manœuvre pour acheter la paix sociale, afin d'éviter la multiplication des fronts d'opposition, voire même leur jonction. Ce qui serait, bien évidemment, le cauchemar absolu pour un pouvoir aux abois. Pourquoi une manœuvre? Parce que ce n'est pas dit que ces mesures seront appliquées. Par exemple, Castaner met en avant l'obligation du Référentiel des identités de l'organisation, le fameux RIO, et que ceci serait contrôlé. Or, cette obligation de RIO n'est pas respectée par la majorité des flics opérant lors de manifestations. Je parle en connaissance de cause puisque j'ai observé durant des manifestations de Gilets jaunes et que nombre de flics ne portaient pas de RIO.

Comme l'écrit Michel de Montaigne: "L'appétit me vient en mangeant, et point autrement". En premier lieu, exiger justice pour les victimes de violences policières, avec des condamnations à des peines de prisons fermes suffisamment longues pour faire couper toute envie de récidive ou source d'inspiration du côté des forces de l'ordre (social). Ce serait ainsi un pas plus conséquent pour un assainissement des relations entre la police et le reste de la population, et tout particulièrement les banlieusards, souvent décris comme des Français entièrement à part, régulièrement soupçonnés de faire sécession, alors qu'ils servent de reflet d'une certaine France qui refuse de les reconnaitre comme Français à part entière, prouvant que l'universalisme "républicain" n'a d'universel que le substantif.

Mais ça, c'est une autre histoire...

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