Avec Castex, un nouveau monde bien ancien

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/L'Indépendant

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La nomination de Jean Castex comme Premier ministre, vendredi 3 juillet, a surpris bien du monde tant elle semble venir de nulle part et qu'Emmanuel Macron cherche à s'attirer les faveurs d'une droite qui semble sortie moins perdante que d'autres lors des élections municipales.

"Il a une belle tête de vainqueur!" Cette réplique du film le Dîner de cons peut donner l'état d'esprit au sujet de la nomination de Jean Castex au poste de Premier ministre, vendredi 3 juillet, à la place d'Édouard Philippe. Le nouveau locataire de Matignon, maire de Prades (Pyrénées-Orientales), donne l'air d'un modeste élu local soucieux de la vie des territoires, du dialogue social, et de pousser une politique de décentralisation des décisions (cf lien n°1), conformément à ce qu'avait énoncé Emmanuel Macron lors de son allocution du 14 juin dernier. Cependant, derrière cette image d'homme de terrain, le profil de Castex est celui d'un technocrate bien conservateur. Diplômé de l'ENA, directeur de l'Agence nationale du sport, délégué interministériel aux Jeux olympiques, chargé de la mise en application du déconfinement, Castex est politiquement bien à droite, proche de Nicolas Sarkozy puis de François Fillon. Ce qui rend les choses encore plus cocasses, c'est qu'il fut secrétaire général adjoint de l'Élysée sous Sarkozy et qu'il a été nommé à Matignon par celui qui fut secrétaire général adjoint de l'Élysée sous François Hollande. De même qu'en matière d'écologie, Castex n'est guère rassurant aux yeux de certains militants écolos, tant cette problématique ne l'intéressait guère quand il était maire de Prades (cf lien n°2). Sans oublier un train de vie pour le moins confortable, avec près de 200.000 euros de revenus en 2019, via ses cumuls de fonctions, selon sa déclaration auprès de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique. La belle vie, quoi!

Piocher à droite

Cette nomination bien à droite souligne un tant soit peu l'orientation politique prise par Macron, même s'il faut attendre la composition du gouvernement pour s'en assurer définitivement. En tout cas, ça laisse imaginer que Macron a interprété les résultats du second tour des élections municipales, dimanche 28 juin, comme un retour de la droite et que dans l'optique de l'élection présidentielle de 2022, il serait bon, aux yeux du Mac de l'Élysée, de couper l'herbe sous le pied de la droite et de sauver les apparences de son camp, qui n'a gagné aucune grande ville lors de ces élections. C'est un aveu d'impuissance pour un pouvoir qui cherche à s'implanter et se retrouve dans le besoin de piocher à droite, pour garder une concordance avec une politique générale qui est une politique de classe au service du capital.

Il n'en reste pas moins que Philippe est désormais délesté de ce fardeau du poste de Premier ministre. Vu la popularité qu'il aurait, selon des récents sondages, irait-il jusqu'à se porter candidat à la prochaine présidentielle, pour la droite? Pas sûr que ça réussisse, tant de nombreux anciens Premiers ministres, même populaires durant leur présence à Matignon - pensées à Michel Rocard par exemple -, ont échoué à parvenir à la présidence de la République.

Abstention, grande gagnante

Pourtant, en dépit des progrès à droite et des élections de maires écologistes, notamment dans les grandes villes, c'est l'abstention qui a été la grande gagnante de ces élections municipales, car près de 60% des électeurs ne sont pas allés aux urnes, que ce soit au premier tour, comme au second. Le Coronavirus y a eu un rôle important, vu qu'il y a eu plus de trois mois de décalage entre le premier (15 mars) et le second tour (28 juin). Mais ça n'explique pas tout!

En fait, ces municipales illustrent également une tendance observable depuis plusieurs années, qui est une désaffection profonde des élections. Pour comprendre ce phénomène, il faut, au moins, se poser la question suivante: qui a intérêt à aller voter? D'un côté, les prolétaires, qui se sentent méprisés, qui sont réprimés de diverses manières (chômage, blessures après intervention policière, etc.), puis qui se sentent trahis par l'ensemble de la classe politique, trouvent de moins en moins intérêt à se rendre aux urnes. De l'autre, les bourgeois, qui peuvent être au sein de la classe politique, et ainsi être davantage écoutés par le pouvoir, y trouvent un intérêt supérieur à aller voter. Ce qui illustre le concept de "cens caché", développé par le politologue français Daniel Gaxie, où finalement les personnes les plus riches, ayant un capital soumis à l'impôt, sont davantage motivées à voter.

Reste maintenant à tenir la distance d'ici 2022, avec une fin d'année qui promet d'être tendue.

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