Un gouvernement de grandes gueules ou une nouvelle horde sauvage au pouvoir?

Publié le par JoSeseSeko

La composition du gouvernement de Jean Castex envoie du pâté avec les arrivées d'Éric Dupont-Moretti à la Justice et de Roselyne Bachelot à la Culture, plus les promotions de Gérald Darmanin à l'Intérieur ou d'Élisabeth Borne au Travail.

Trois jours après la nomination de Jean Castex comme Premier ministre, à la place d'Édouard Philippe, l'annonce du futur gouvernement s'est faite en fin d'après-midi du lundi 6 juillet (cf lien n°1). Les deux principales nouveautés de ce groupe ministériel de 16 ministres et 15 ministres délégués sont les arrivées d'Éric Dupont-Moretti et de Roselyne Bachelot. Sans oublier l'entrée dans le gouvernement de Barbara Pompili, en tant que ministre de la Transition écologique, histoire de prendre en compte la question écologique vu les quelques réussites des Verts aux élections municipales peu légitimes, vu l'abstention de masse. Par ailleurs, on dit au revoir à Christophe Castaner, Muriel Pénicaud ou encore Sibeth Ndiaye. Pas de quoi pleurer sur leur sort! Faut pas pousser mémé dans les orties, comme on dit.

Grandes gueules...

Il est clair qu'au niveau médiatique, l'attention va être centralisée sur les deux principaux nouveaux dans le gouvernement. Deux grandes gueules. Commençons par Bachelot. Ancienne ministre sous Jacques Chirac (Écologie) et Nicolas Sarkozy (Santé), elle connaît bien l'exercice, bien qu'elle eût juré qu'elle ne reviendrait plus dans l'arène politique. Et si vous, chers lecteurs et chères lectrices, vous avez grandi avec Les Guignols de l'info, il y avait de quoi rire avec sa marionnette et si cette émission existait encore - Dieu que je maudis Vincent Bolloré, le fossoyeur des Guignols -, on aurait droit à des sketchs bien croustillants sur Bachelot. En outre, vu qu'elle est nommée ministre de la Culture le jour de la mort du compositeur Ennio Morricone, le monde de la culture a de quoi être doublement triste ce 6 juillet 2020.

Pour Dupont-Moretti, l'enjeu est plus important. C'est même une grande surprise de voir l'avocat pénaliste avoir accepté le poste de ministre de la Justice. Mais s'il reste fidèle à lui-même, il promet un combat face aux magistrats, dont ceux syndiqués au sein de l'Union syndicale des magistrats, qui considèrent que cette nomination de Dupont-Moretti est "une déclaration de guerre à la magistrature" car l'avocat milite depuis plusieurs années pour la suppression de l'École nationale de la magistrature par exemple. Sans compter ses récentes prises de position au sujet des violences policières et du racisme institutionnel exprimé par cet "État dans l'État" largement impuni, niant le racisme dans la police. Ce qui est cocasse de la part de l'ancien avocat de Théo Luhaka, qui se fit violemment frapper par des policiers à Aulnay-sous-Bois en 2017.

... et des promus

En parlant de la police, cette dernière voit un nouveau ministre de tutelle en la personne de Gérald Darmanin au poste de ministre de l'Intérieur. Une belle promotion pour celui qui fut ministre des Comptes publics jusqu'à présent. Et un signal envoyé aux policiers, qui se considèrent comme abandonnés par leur ministère. Mais c'est également un signal envoyé aux femmes. En effet, le nouveau locataire de la place Beauvau voit une reprise des investigations sur une affaire de viol dont il est accusé et qui avait débouché initialement sur un non-lieu en 2018. Alors qu'en temps normal, les dépôts de plaintes de femmes violées ou agressées sexuellement sont peu pris en compte par les policiers, avec désormais un ministre accusé de viol comme premier flic de France, cela incite encore moins les femmes à déposer plainte, ou pis, des flics rejetant les plaintes déposées dans leur commissariat. Ce n'est pas un beau jour pour les droits des femmes, ce 6 juillet 2020.

Autre promotion, celle d'Élisabeth Borne comme ministre du Travail, de l'Emploi et de l'Insertion. Un nouveau ministère pour elle, après celui des Transports, puis de la Transition écologique. De quoi laisser imaginer une dégradation des conditions de travail en général, dans une logique de flexibilisation et de mise en concurrence, vu que son passage au ministère des Transports restera marqué par la réforme - ou dépeçage, c'est selon - de la Société nationale des chemins de fer (SNCF), avec des suppressions de lignes, votée en 2018.

À côté de ces promotions, demeurent des inamovibles tels Jean-Yves Le Drian (Affaires Étrangères), Bruno Le Maire (Économie et Finances), Jean-Michel Blanquer (Éducation nationale), Florence Parly (Armées), ou Olivier Véran (Santé), même si ce dernier n'est là que depuis février, remplaçant dans l'urgence Agnès Buzyn, partie se vautrer dans les municipales à Paris. En tout cas, vaut mieux ne pas se faire d'illusions sur la politique de classe du pouvoir d'ici 2022. Et ce, d'autant plus que Castex a bien l'intention de "régler à court terme" la réforme - ou dépeçage - des retraites (cf lien n°2). Ce qui permet de rappeler que le 16 mars dernier, veille du confinement, Emmanuel Macron parlait bien d'une suspension de la réforme des retraites. Pas d'une annulation! Les mots ont un sens.

La rentrée de septembre promet d'être sauvage!

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article