Joe Biden élu président, de quoi se bercer d'illusions

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Are Tagvold Flaten

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Au bout de quatre jours d'attente de résultats dans certains états, l'officialisation de la victoire de Biden reste à solidifier face à un Donald Trump qui ne compte pas en rester là, et les attentes autour de Biden pourraient faire office de bien des déceptions.

Il faut bien remonter à l'élection présidentielle de 2000 pour retrouver pareille tension autour des résultats, notamment sur certains états. Néanmoins, s'il a fallu attendre un mois pour que l'élection de George W. Bush face à Al Gore soit validée, uniquement en ayant les grands électeurs, notamment ceux de Floride, état qui poussait à de multiples recomptages, cette élection 2020 placée dans le contexte du Coronavirus va rester dans les mémoires, vu qu'il a fallu attendre ce samedi 7 novembre, soit quatre jours après le vote, pour annoncer la victoire de Joe Biden, après que le recomptage dans l'état de Pennsylvanie l'ait clamé devant Donald Trump, permettant au candidat démocrate d'avoir 20 grands électeurs dans son escarcelle, donnant un total de 290 électeurs. Suffisant pour avoir la majorité, sans avoir à vérifier encore les derniers états encore en recomptage, à savoir la Caroline du Nord et la Géorgie (cf lien n°1).

Animal dangereux

Cette assurance de la majorité des grands électeurs et du vote populaire à l'avantage de Biden peuvent sonner comme un camouflet pour le candidat républicain, élu seulement grâce aux grands électeurs en 2016, et qui, dans le cas présent, devient le premier président depuis George Bush en 1992 à ne pas avoir réussir à se faire réélire. Meurtri dans son orgueil, Trump en devient un animal dangereux qui va saisir tous les moyens judiciaires possibles pour faire invalider l'élection, en lançant d'ailleurs des accusations de fraude non étayées, pour le moment, lui valant d'être déconsidéré par les mass media ou les réseaux sociaux, alors qu'il reste président en exercice jusqu'en janvier 2021.

Il n'en reste pas moins qu'il y a de quoi être interrogatif sur ce décalage. Et l'une des causes est la proportion de votes par correspondance. C'est-à-dire que des bulletins de vote sont remplis par avance et envoyés par courrier postal au centre de comptage des votes. Ce qui fait qu'il y a moins de monde dans le bureau de vote le jour de l'élection, à proprement parler. Et pour cette présidentielle de 2020, il est question de près de 100 millions de votes ont été réalisés par correspondance. De quoi se demander si ce dispositif est démocratique ou pas, sachant que ces votes sont comptabilisés en dernier car demandant du temps et que le camp Trump estime qu'il profite largement au camp Biden et que les deux principaux candidats pour la Maison-Blanche ont procédé de cette manière (cf lien n°2). Mais plus largement, cette a-démocratie étasunienne, marchant encore de manière indirecte avec le système des grands électeurs, fournit de grosses limites dans l'expression populaire, que la précédente élection présidentielle avait déjà exposées, vu la différence entre le vote populaire (Hillary Clinton) et le vote des grands électeurs (Trump), ce dernier étant le seul à véritablement compter.

L'establishment démocrate en marche

Même si cela reste à officialiser, l'élection de Biden me fait penser à celle de François Hollande en 2012 face à Nicolas Sarkozy, président sortant. En effet, l'un comme l'autre étaient vus comme largement vainqueurs par les instituts de sondage face à des présidents impopulaires. Mais plus la date de l'élection se rapprochait, plus l'écart se resserrait car tant les électeurs de Trump que de Sarkozy se sont affichés au dernier moment. Puis Biden, comme Hollande, gagnent non pas par adhésion envers leur programme, mais par rejet de leur adversaire dont il n'est pas question de voir en prolongation au pouvoir.

Dans le cas de Biden, il y a le côté candidat de l'establishment du parti démocrate, voire même de Wall Street, qui suinte, d'autant plus qu'il était le vice-président de Barack Obama durant les deux mandats présidentiels de ce dernier. S'il compte remettre en cause les décisions de Trump en matière d'écologie (cf lien n°3), il garde tout de même une approche green business, dans l'idée que croissance économique et équilibre de la nature iraient de pair alors que pour bien des esprits, le concept de "capitalisme vert" forme un oxymore. Ce qui fait, par ailleurs, qu'il reste dans la lignée de l'aile droite du parti démocrate, tenante du libre-échange, de la dérégulation financière (vote pour la suppression du Glass-Steagall Act), mais aussi bien aise à l'idée de partir en guerre quelque part dans le monde (cf lien n°4). Après tout, quand il était sénateur, Biden vota la guerre en Irak en 2003, de même qu'il donna sa voix, comme grand nombre de parlementaires étasuniens, au Patriot Act. De même que sur la question du racisme institutionnel, notamment envers les afro-descendant(e)s, ses choix politiques à ce sujet seront scrutés, tant cela divise outre-Atlantique et qu'il n'a pas toujours été clair là-dessus, en raison de proximités avec des politiciens ségrégationnistes dans les années 1970 par exemple.

En réalité, le bipartisme démocrate/républicain a de beaux devant lui et Wall Street peut dormir sur ses deux oreilles.

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