Quand la sécurité menace la liberté

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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L'examen de la proposition de loi Sécurité globale commence ce 17 novembre au sein de l'Assemblée nationale, où la surveillance de masse et des menaces sur la liberté d'information en sont les principaux tenants.

"Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre et finit par perdre les deux". Cette citation apocryphe et inexacte de Benjamin Franklin, philosophe des Lumières et un des pères fondateurs des États-Unis a de beaux jours devant elle vu le contexte législatif en France, avec la proposition de loi Sécurité globale qui entre en discussion à l'Assemblée nationale, ce mardi 17 novembre 2020, après deux semaines d'examen au sein de la Commission des lois du Palais Bourbon. Une proposition de loi qui offre d'un côté, des moyens de surveillance accrus pour les forces de l'ordre (social) en captant des images au sol comme en l'air (article 21, article 22) ou en punissant d'amende et de prison toute personne diffusant "par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support [...] l’image du visage ou tout autre élément d’identification d’un fonctionnaire de la police nationale ou d’un militaire de la gendarmerie nationale lorsqu’il agit dans le cadre d’une opération de police" (article 24).

Bras d'honneur sur la DDHC

C'est d'ailleurs cet article 24 qui a soulevé l'opposition la plus franche sur cette proposition de loi puisqu'il va à l'encontre de la liberté de la presse, d'autant plus que des images de violences policières ont été diffusées massivement ces dernières années, notamment durant le mouvement des Gilets jaunes, qui a commencé il y a deux ans (17 novembre 2018). Ce mouvement a marqué une rupture sur la perception de la police car la question des violences policières, ciblant historiquement le prolétariat non-blanc de banlieue, a été déconsidérée quand ces derniers en parlaient mais elle est devenue importante à partir du moment où les Gilets jaunes, essentiellement des prolos blancs de provinces anciennement fort industrialisées et subissant la mondialisation à travers les délocalisations, ont subi la même répression policière.

À travers cet article 24, on peut également dire que la majorité présidentielle fait un bras d'honneur à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, notamment sur les articles 10, 11 et 12 relatifs à la liberté d'opinion, la liberté d'expression et sur la "force publique". Cette dernière, financée par la contribution citoyenne (article 13), est dans le devoir de rendre des comptes aux citoyen(ne)s et cette proposition de loi fait en sorte que les policiers et gendarmes, qui sont des fonctionnaires, deviennent encore plus un "État dans l'État" échappant à tout contrôle citoyen, démocratique et ne pouvant inspirer que la méfiance devant cette opacité grandissante (cf lien n°1). Comme une Banque centrale pour comparer avec une institution économique et financière ô combien importante.

Menace de l'intérieur

Signe qui ne trompe pas, c'est que le Haut commissariat aux Droits de l'homme de l'Organisation des Nations unies a émis ses inquiétudes à propos de cette proposition de loi par rapport au respect de la liberté de la presse, ainsi qu'elle risque de porter atteinte au droit à la vie privée, à la liberté d'association et de réunion pacifique. Bref, de voir une reculade en matière de liberté d'expression globale (cf lien n°2).

C'est une bonne occasion pour la presse française, notamment la presse mainstream, de se montrer digne de défendre totalement la liberté de la presse, qu'elle invoque mais qu'elle défend à moitié. Il est bon de rappeler combien en septembre dernier, nombre de grands journaux lancèrent une tribune collective voulant défendre la liberté d'expression menacée de l'extérieur (États, organisations terroristes) sans évoquer le fait que cette dernière est également menacée de l'intérieur. Or la proposition de loi Sécurité globale est la preuve de cette menace intérieure sur la liberté d'expression, d'information par une majorité qui jure liberté mais qui paramètre celle-ci en fonction du capital. Bref, un contrôle de l'information pour des intérêts de classe.

En tout cas, un rassemblement est prévu devant l'Assemblée nationale, à 18h, pour défendre cette liberté menacée par cette proposition de loi. Soyons massifs, en dépit du contexte sanitaire (confinement saison 2), qui semble bien servir le pouvoir actuel.

P.S: La Ligue des droits de l'homme, appelant à manifester ce 17 novembre, fournit des attestations de déplacement de manifestation (cf lien n°3).

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