Au revoir, Valéry Giscard d'Estaing

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/openDemocracy

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L'ancien président de la République (1974-1981) a trépassé, dans la soirée du 2 décembre, à l'âge de 94 ans, des suites du Coronavirus. Celui qui fut, jusqu'à l'arrivée de Macron à l'Élysée, le plus jeune président de la Ve République, est vu comme un réformateur sur certains points, pro-européen, bien que continuateur d'une Françafrique lui jouant des tours à la fin de son mandat.

Finalement, c'est le Coronavirus qui a eu raison de Valéry Giscard d'Estaing! Une façon bien amère pour une personnalité de droite, ou du centre, passer l'arme à gauche, mercredi 2 décembre, à l'âge de 94 ans (cf liens n°1, n°2). Son timbre de voix lui valait d'ailleurs bien des moqueries de la part des imitateurs tels Thierry Le Luron, Patrick Sébastien, puis plus tard les équipes des Guignols de l'info, notamment dans sa rivalité avec Jacques Chirac, tant les deux personnages ont fini par se détester après leur expérience commune de pouvoir dans les années 1970.

Du plus jeune président...

Né en 1926, issu d'une famille subsistante de l'ancienne bourgeoisie (antérieure à 1789), VGE, pour les proches, avait une originale qui l'ancrait bien à droite, avec un capital financier, social, culturel assez imposant. Mais à 18 ans, participant à la libération de Paris, il s'engagea aux côtés de la France libre, combattant durant les derniers mois de la Seconde guerre mondiale dans l'armée de De Lattre de Tassigny jusqu'en Autriche. Une fois la guerre terminée, il entra à l'école Polytechnique, en sortit parmi les premiers de sa promotion et fit parti des premières promotions de l'École nationale d'administration (ENA), y sortant fort bien également, pour devenir inspecteur général des Finances au début des années 1950. Mais la politique l'a pris, devenant à 36 ans ministre des Finances sous la présidence de Charles De Gaulle, en 1962, année de l'indépendance de l'Algérie, dont il n'aurait guère accepté l'idée selon certaines biographies. Néanmoins, il s'y applique, visant surtout à mener à l'équilibre budgétaire, le poussant d'ailleurs à une politique de rigueur qui a peu fait plaisir au patronat, l'obligeant à quitter son poste en 1966. Mais il redevint ministre des Finances après l'élection de Georges Pompidou, en ayant pour obsession l'équilibre budgétaire, la stabilité monétaire après avoir mené une dévaluation du franc en 1969, pour pallier les effets des accords de Grenelle trouvés à la fin de Mai 68, mais c'est sous son initiative qu'il y eut la loi de 1973 sur la Banque de France, limitant le recours à la monétisation de la dette, au rachat de titres de dette publique par la banque centrale.

Un an plus tard, la mort de Pompidou ouvrit une opportunité pour Giscard de se présenter à la présidence de la République et de moderniser la France, face aux gaullistes menés par l'ancien résistant et Premier ministre Jacques Chaban-Delmas et face à l'union de la gauche portée par le socialiste François Mitterrand. Une victoire à l'arrachée en mai 1974 fit de VGE le plus jeune président de la Ve République, à 48 ans. Titre qui lui a été ravi par... Emmanuel Macron en 2017, dont il estime qu'il est un de ses héritiers politiques avant de déchanter devant la dérive liberticide du Mac de l'Élysée. Le septennat de Giscard fut marqué par des réformes sociales telles la dépénalisation de l'avortement (loi Veil), l'abaissement de la majorité à 18 ans, des conditions plus drastiques au sujet de l'immigration, l'instauration des contrats à durée déterminée (CDD), etc. Mais s'il soutenait au départ un certain dirigisme économique prôné par Jacques Chirac, alors son Premier ministre, il fit machine arrière tant le chômage ne cessait de croître et que le phénomène de stagflation observé après le premier choc pétrolier de 1973 restait vivace. Le départ de Chirac en 1976 marqua le début d'une rivalité entre les deux hommes et Raymond Barre, alors ministre des Finances, prit place à Matignon, menant des politiques d'austérité qui ont pris un rude coup avec le second choc pétrolier de 1979. Et l'affaire des diamants de Jean-Bedel Bokassa, empereur auto-proclamé de la Centrafrique, joua un certain rôle dans sa défaite face à Mitterrand, le Rastignac revanchard en 1981, sans compter l'éternel soupçon que Chirac ait appelé discrètement à voter Mitterrand pour empêcher une réélection de Giscard.

.... Au plus vieil ancien président

Battu, VGE ne se contenta pas de siéger au Conseil constitutionnel, comme tous les anciens présidents de la république qui y sont membres automatiques, mais espérer pouvoir retourner à l'Élysée en 1988 ou en 1995. Mais la domination de son rival Chirac à droite ne lui donna guère d'opportunité, d'autant plus que dans son parti, l'Union pour la démocratie française (UDF), Barre y est grandement préféré. Il ne resta pas inactif en étant député à plusieurs reprises, ou encore président de la région Auvergne, ou en affichant son côté pro-européen en soutenant d'ailleurs le traité de Maastricht de 1992 et en ayant présidé la Convention sur l'avenir de l'Europe, chargé d'élaborer un traité constitutionnel; celui-là même qui se verra refusé par les citoyens français et néerlandais par référendum en 2005.

Mais en tant qu'ancien président, Giscard d'Estaing aura tenu 39 ans, avec un traitement qui a coûté plusieurs millions d'euros par an, comprenant entre autres du personnel à son service, un logement de fonction. De quoi faire grincer des dents à côté de diverses mesures d'austérité pour nombre de services publics, comme l'hôpital par exemple.

Françafrique en héritage

Si les articles mettent en avant la politique intérieure, il ne faudrait pas oublier la politique extérieure, et pas seulement en Europe. Giscard d'Estaing reste dans la ligné de la Ve République qui est la Françafrique. L'action la plus manifeste dans cette thématique est l'envoi de parachutistes du côté de Kolwezi, au Congo-Zaïre de Mobutu Sese Seko en 1978 pour sauver le Judas de Patrice Lumumba d'une rébellion dans la riche province minière du Katanga et se faire une place influente dans ce pays d'Afrique centrale si prisé par les États-Unis depuis l'indépendance du 30 juin 1960. Et l'affaire des diamants de Bokassa lui servit pour chercher à faire renverser Bokassa pour trouver un pouvoir moins gênant pour la France et ses intérêts géopolitiques en Afrique. Mais ceci se retourna contre lui vu qu'on prête à cette affaire des diamants un rôle dans la campagne présidentielle de 1981.

De quoi dire définitivement "au revoir"!

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