La séparation socialo-communiste de Tours

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Capture d'écran

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Le congrès de Tours de la SFIO se réunit du 25 au 30 décembre 1920, avec pour issue la création du Parti communiste par la majorité des militants et un maintien de la "vieille maison" socialiste par une minorité des militants, dont la majorité des élus du parti, ouvrant un nouveau chapitre dans l'histoire de la gauche française.

Il y a un siècle, jour pour jour, naquit le Parti communiste français (PCF). D'abord nommé Section française de l'internationale communiste (SFIC), soulignant ainsi son adhésion à la troisième internationale, lancée par les bolcheviks en 1919, il fut l'issue du congrès de Tours de la Section française de l'internationale ouvrière (SFIO), marquant pour longtemps une fracture au sein de la gauche française et un marqueur dans l'histoire du mouvement socialiste se revendiquant de la pensée marxiste, en France comme ailleurs dans le monde.

Guerre et révolution

Mais pour comprendre comment les socialistes français en vinrent à se déchirer en deux forces politiques, il est bon de rappeler le contexte historique du congrès de Tours. C'est celui de l'après-guerre. La guerre de 14-18, avec ses millions de morts et blessés, ses destructions de paysages, fracassa la dynamique favorable à la SFIO et aux autres partis socialistes regroupés au sein de la deuxième internationale, dont une des figures de proue pacifistes fut Jean Jaurès, assassiné le 31 juillet 1914 par le nationaliste Raoul Villain pour ses positions socialistes et pacifistes. Tétanisés par cet assassinat, la quasi-totalité des socialistes participèrent à la politique de "l'Union sacrée", dès août 1914, votant massivement les crédits de guerre, certains tels Jules Guesde, l'autre grand meneur socialiste de l'époque, ayant à l'esprit le tournant que prit la Révolution française une fois la France en guerre contre toute l'Europe à partir de 1792-1793, arguant que "la guerre est mère de révolution".

Si la guerre n'a pas généré de révolution en France, poussant Anatole France à écrire ceci: "on croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels"; elle a été la source principale des Révolutions russes en 1917, notamment celle d'octobre 1917, qui vit l'arrivée des bolcheviks au pouvoir, autour de Lénine, de Léon Trotski. Ces derniers, qui avaient continué à marquer leur opposition à la guerre, avaient lancé une conférence regroupant plusieurs militants socialistes pacifistes à Zimmerwald (Suisse), dont des socialistes français, allemands, italiens, britanniques, hostiles envers la guerre et la participation de leur propre parti respectif à celle-ci, soulignant l'échec de la IIe internationale à éviter la guerre. Et en accord avec leur pacifisme, quitte à faire perdre des territoires à la Russie, Lénine et les communistes russes signèrent la paix de Brest-Litovsk en 1918 avec l'Allemagne, afin de mieux faire face aux forces tsaristes encore importantes à ce moment-là. Par contraste, la participation des socialistes à l'Union sacrée en France a développé une désillusion croissante et une critique de plus en plus virulente à mesure que la guerre s'enlisait, des militants voyant des figures comme Albert Thomas ou Guesde figurer dans un gouvernement "bourgeois", pratiquant notamment la censure - ce qui provoqua, en réaction, la naissance du journal Le Canard enchaîné -.

Pression de Moscou

Au sortir de la Première guerre mondiale, la SFIO fut fracturée entre les participants de l'Union sacrée et les zimmerwaldiens regardant vers Moscou, d'autant plus que Lénine et les bolcheviks lancèrent la IIIe Internationale, dite l'internationale communiste, en mars 1919, voulant s'assurer le contrôle des débats, des idées émises et de l'orientation politique à prendre, à savoir la révolution mondiale. D'où une liste de 21 conditions pour adhérer à l'internationale émise en juillet 1919, pour forcer les partis socialistes à statuer sur l'adhésion ou non à la IIIe Internationale et, de facto, accepter les conditions émises par les communistes russes. Un coup de pression, dirait-on, aujourd'hui.

En amont du congrès de Tours, Ludovic-Oscar Frossard, secrétaire général de la SFIO; et Marcel Cachin, directeur du journal l'Humanité depuis 1918 et tenant de l'Union sacrée durant la guerre, firent un séjour dans la Russie communiste à l'été 1920 et rentrèrent en France convaincus de l'idée de rejoindre la IIIe Internationale tout en évitant de se positionner sur les 21 conditions d'adhésion à l'internationale, rejoignant ainsi des zimmerwaldiens tels Fernand Loriot ou Boris Souvarine, qui ne purent agir au congrès de Tours car emprisonnés en mai 1920. Ce ralliement se fit d'autant plus massivement que Moscou influa directement sur le congrès de Tours quand, le 28 décembre 1920, Grigori Zinoviev, directeur du Komintern - comité exécutif de l'internationale communiste -, lança des attaques personnelles envers Jean Longuet, meneur de la tendance pacifiste de la SFIO durant la guerre et petit-fils de Karl Marx, l'accusant d'être un "agent déterminé de l'influence bourgeoise sur le prolétariat". De quoi pousser ce dernier, qui était sensible à l'adhésion à la IIIe internationale mais en rejetant plusieurs des 21 conditions émises par Moscou, à rejoindre finalement l'aile droite de la SFIO, autour de Léon Blum, refusant catégoriquement l'adhésion, notamment la discipline de fer qui serait imposée par le parti auprès des militants, préfigurant le concept de "centralisme démocratique".

Aventure vs "vieille maison"

Au lendemain de cette ingérence de Moscou dans le congrès, le vote des motions indiqua clairement une adhésion (70% des mandats) à la IIIe Internationale et par conséquent la fondation d'un nouveau parti, la Section française de l'internationale communiste, futur Parti communiste, le 29 décembre 1920. Si cette motion attira la majorité des militants, notamment ceux issus directement du prolétariat, et permit l'obtention de l'Humanité, devenant ainsi le journal du PC, la motion minoritaire, faisant continuer l'existence de la SFIO, se composa de la majorité des élus du parti.

Parmi les minoritaires de la SFIO, si Paul Faure devint le secrétaire général du parti, Blum en demeurait la figure de proue en raison de sa prise de position contre l'adhésion à l'internationale communiste lors du congrès de Tours, considérant que les partisans des bolcheviks partent à l'aventure, risquant de s'inféoder aux directives de Moscou, et qu'en réponse, il ferait en sorte, avec Guesde, Longuet, Faure et d'autres, de garder "la vieille maison", en attendant des retours de déçus du futur Parti communiste et la discipline de fer imposée au parti depuis Moscou, faisant disparaître la traditions des courants au sein de la SFIO.

C'est dire si l'idée d'une réunion des marxistes (socialistes, communistes) était encore dans l'esprit, au lendemain du congrès de Tours, mais que les suites des parcours des partis socialiste et communiste ont rendu impossible, quitte à ce qu'ils soient marginalisés, comme ils le sont à l'heure actuelle. Mais ceci est une autre histoire...

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