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Photo: Flickr/Christopher Dombres

Photo: Flickr/Christopher Dombres

L'appel d'Anne Hidalgo, candidate du Parti socialiste à l'élection présidentielle, à une primaire à gauche, à quatre mois du premier tour, sonne comme un aveu d'absence de programme et de recherche de survie, dont l'efficacité politique est très discutable si ça espère aller au second tour.

"Il faut organiser une primaire de la gauche". Voilà l'appel lancé par Anne Hidalgo, mercredi 8 décembre, durant le journal télévisé de 20h de TF1, considérant que la situation actuelle de la gauche française, si on donne crédit aux sondages bien entendu, est une catastrophe, tant les candidatures sont multiples et qu'aucune d'entre elles ne serait, à l'heure actuelle, capable de convaincre plus de 10% de l'électorat sur son propre cas. Une parole qui fait écho à un message d'Arnaud Montebourg, également candidat à l'élection présidentielle, qui appelle à un rassemblement de la gauche car les esprits aspirent à l'unité et il se dit prêt "à offrir [sa] candidature à un projet commun et à un candidat commun". Peine perdue, a priori, puisque Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel, respectivement candidats pour Europe Écologie-Les Verts, la France insoumise et le Parti communiste français, ont indiqué - directement ou indirectement - une fin de non-recevoir à cette idée (cf liens n°1, n°2).

Choix du haut

Vu comme ça, il est tentant de dire que Jadot, Mélenchon et Roussel font dans la désunion de la gauche, en sont les fossoyeurs et que les perspectives catastrophiques au niveau électoral seraient de leur faute si les sondages se vérifient dans les urnes. Mais cet appel conjoint de Montebourg et d'Hidalgo sonne creux car il vient comme une manière désespérée pour eux de se faire remarquer positivement, alors que bien des propos de leur part ont suscité la stupéfaction - cf Hidalgo proposant un doublement des salaires des profs, toutes choses égales par ailleurs -, quand ce n'est pas de l'indignation doublée de salutations à droite et à l'extrême-droite - cf Montebourg proposant de bloquer des transferts monétaires privés, du fait de la part de prolétaires immigrés vers leur pays d'origine, du moins compris comme tel -.

En outre, ce choix venant d'en haut balaie ainsi le travail d'une base citoyenne, qui souhaite l'unité à gauche et qui a proposé depuis plusieurs mois une primaire, appelée la primaire populaire (cf vidéo). Et jusqu'à présent, cette initiative citoyenne prêchait dans le désert. Maintenant, elle a droit à un peu plus d'attention mais c'est uniquement du fait du bon vouloir de certains candidats dans une mauvaise dynamique et qui espèrent user de la primaire pour faire une pirouette sans forcément avoir un programme.

Puis, et non des moindres, une campagne présidentielle, ça se finance. Par conséquent, si certains candidats se sont lancés dans la course, en ayant déjà fait des meetings, ils comptent aller au bout dans le but de se faire rembourser (partiellement ou intégralement) les frais de campagne. Donc, se désister au nom de l'unité, ça coûte. Et Jadot n'a sûrement pas envie de revivre 2017 où il s'est désisté au profit de Benoît Hamon, sans avoir obtenu un remboursement de la part du PS. Mais vu le score de Hamon lors de la présidentielle de 2017, c'était illusoire de compter sur ça (cf lien n°4).

Des idées avant des personnes

Mais au fond, qu'est-ce qu'une primaire? C'est la mise en avant des personnes. Les idées sont mises en arrière-plan. Et qui dit que la personne sortant gagnante ferait renforcer son camp, surtout en cas de coup dur? Rien. Il suffit de se souvenir de 2017 où la primaire du PS et de ses alliés, faisant gagner Hamon, n'a pas donné une dynamique durable et où dès le premier grain de sable, des Manuel Valls, des François de Rugy, sont allés au soutien d'Emmanuel Macron alors qu'ils étaient engagés à soutenir le vainqueur de la primaire à laquelle ils avaient participé. Pareillement à droite où dès le début de l'affaire des emplois fictifs de l'épouse de François Fillon, des désistements comme celui de Bruno Le Maire ont été observés, alors qu'ils s'étaient engagés, après la primaire de la droite, à suivre le vainqueur. Donc, Valérie Précresse a intérêt à ne pas avoir de casseroles, sinon ce seront Marine Le Pen ou Éric Zemmour qui en tireront profit, électoralement parlant.

Et puis penser que c'est par une primaire qu'une dynamique électorale va s'enclencher, c'est quand même une mécompréhension de la politique et de la volonté de convaincre. Or, le meilleur instrument pour convaincre l'électorat, et notamment l'électorat prolétaire, c'est d'avoir un programme qui réponde à leurs aspirations élémentaires. C'est-à-dire une amélioration de leurs conditions matérielles d'existence (salaires, accès aux soins, transports en commun, conditions de travail, qualité du logement, éducation, qualité de l'alimentation sans avoir à gaspiller et se ruiner, etc.). Ce qui n'empêche pas parfois certaines contradictions, notamment dans le fait de vouloir payer moins cher face à des biens et services potentiellement polluants en raison de la distance production/consommation. Et du côté de la France insoumise, il y a le programme l'avenir en commun, déjà présent en 2017, mais réactualisé en raison notamment de la crise sanitaire, qui oblige la gauche à revoir sa copie. D'ailleurs, il est difficile d'imaginer une primaire avec un Montebourg pro-passe sanitaire se désistant auprès de Mélenchon, anti-passe sanitaire, et inversement.

Par conséquent, vouloir l'unité à gauche ne s'improvise pas (cf lien n°5). Il faut avoir la capacité de programmer en amont, autour d'axes communs clairement définis (économie, écologie, santé, institutions, politique européenne, etc.). Sinon, ce sera une perte de temps et d'énergie.

Les précédents du Front populaire ou des débuts des années Mitterrand montrent combien le travail unitaire s'est opéré en amont et dans ce cas, il a pu être productif. Mais une fois au pouvoir, le relâchement est tentant et le moindre signe de capitulation face au Capital mène à un retour de bâton terrible pour la gauche.

Conclusion: c'est bien beau de crier "Unité", mais cela n'est pas suffisant!

Tag(s) : #Politique, #Europe, #France, #Élections, #PS, #PC, #EELV, #Socialisme, #Social-libéralisme, #Communisme, #Écologie, #Écosocialisme, #Hidalgo, #Mélenchon, #Jadot, #Montebourg, #Roussel, #FI
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