À proximité d'un match européen, l'Olympique de Marseille change d'entraineur avec Jean-Louis Gasset à la place de Gennaro Gattuso, qui a perdu la "clé" durant le début d'année 2024. Une mission d'intérim pour sauver les meubles dans un club chroniquement instable.
Ce qui s'est passé ces dernières 24h à Marseille est digne d'un effet Kiss Cool. Premièrement, suite à la piteuse défaite de l'Olympique de Marseille (OM) en championnat à Brest, le tout en supériorité numérique, le club se sépare de l'entraineur italien Gennaro Gattuso, arrivé en septembre dernier à la place de l'espagnol Marcelino, qui était le coach prévu pour l'ensemble de la saison 2023-2024. Cela pourrait réjouir les supporters olympiens, qui étaient de plus en plus exaspérés sur le début d'année 2024 par le manque de résultats probants, par le niveau de jeu appliqué par les joueurs et les consignes tactiques de Gattuso. Néanmoins, deuxièmement, la personne désignée pour remplacer Gattuso jusqu'à la fin de la saison est le français Jean-Louis Gasset. De quoi glacer vu qu'il avait démissionné de son poste de sélectionneur de la Côte d'Ivoire après le troisième match de poule des Éléphants dans la Coupe d'Afrique des Nations (CAN), humiliés par la Guinée-Équatoriale (0-4) à domicile. Mais un repêchage miraculeux - merci le Maroc! - permit aux Ivoiriens, emmenés par Émerse Faé, auparavant adjoint de Gasset, de continuer la CAN et de triompher à domicile.
À vau-l'eau
Comment en est-on arrivé là? Si on se focalise uniquement sur le début d'année 2024, il y a de quoi dire que c'était inéluctable. L'OM, avec Gattuso sur le banc, a seulement gagné un match officiel en 2024, en l'occurrence en 1/32e de finale de la Coupe de France face à Thionville, club amateur, sans être totalement en maitrise du reste. Sinon, une série de matchs nuls et de défaites, avec un niveau de jeu pour le moins pauvre, techniquement parlant, pour ne pas dire qu'il s'agit de purges successives, avec des scénarios qui se répètent tels des buts encaissés dans les dernières minutes, des supériorités numériques dont les joueurs olympiens n'en profitent aucunement, etc. Signe d'une faiblesse mentale des joueurs et d'une incapacité pour l'entraîneur d'y remédier efficacement. Ce qui m'amène à dire combien j'ai été naïf au sujet de Gattuso car dans un précédent billet de blog, j'avais souligné (et salué) "l'intelligence d'esprit et l'opportunisme" de Gattuso à adopter un schéma tactique en 3-5-2 fin 2023 et que les résultats plaidaient en cela. Mais avec les blessures plus les absences liées à la CAN, il est retourné au 4-3-3, son schéma préférentiel, et s'y entêta par pur dogmatisme, alors que les résultats et le contenu de jeu montraient combien c'est une erreur, tant défensivement qu'offensivement, puisque la défense se montre plus fragile et l'attaque peine à marquer des buts.
Mais si on remonte sur le début de la saison 2023-2024, il faut blâmer la direction, notamment le président Pablo Longoria. Pour remplacer Igor Tudor, démissionnaire à la fin de la saison 2022-2023, Longoria misa sur son compatriote Marcelino. Un choix qui s'est révélé raté avec l'échec en tour préliminaire de Ligue des champions, qui plombe sportivement et financièrement le club dès le début, et face à une première tension avec les groupes de supporters, Marcelino prit la poudre d'escampette, tant il ne semblait pas déterminé à convaincre et à modeler l'effectif à sa manière. D'où l'appel à un premier pompier, en l'occurrence Gattuso, pour sauver les meubles avec un effectif qui a des éléments intéressants - sur le papier - mais dont l'esprit collectif a été façonné, notamment en défense sous Tudor et précédemment Jorge Sampaoli, d'une telle manière que tout schéma autre que celui avec une défense à trois et des latéraux/pistons ne peut pas être pleinement efficace. Et si on ajoute les blessures - Valentin Rongier, Jordan Veretour, Michael Murillo, Bilal Nadir -, les méformes - Geoffrey Kondogbia, Amine Harit, Azzedine Ounahi, Jonathan Clauss - et dans le cas de Clauss, des bisbilles avec la direction du club, cela donne l'image d'un club où tout va à vau-l'eau, avec une absence de clarté dans tous les domaines.
Fin de cycle
L'intérim que va mener Gasset jusqu'à la fin de la saison - s'il y a des résultats -, commence dès jeudi avec le 1/16e de finale retour de Ligue Europa contre le Shaktar Donetsk au stade Vélodrome. Cela donnera une première idée pour savoir si ce changement sur le banc de touche phocéen fournira un électrochoc auprès de l'effectif marseillais. Mais il faut s'attendre à une longue fin de saison dans la tête des supporters olympiens, tant la déception est grande et que l'avenir, à court terme, inquiète.
Comme je l'ai écrit ci-haut, tout semble aller à vau-l'eau dans le club car il y a des luttes d'influence au sein de la direction (cf vidéo). Longoria a perdu de sa superbe avec des choix d'entraineurs ratés et une politique de transferts tous azimuts, renouvelant grandement l'effectif, affichant désormais ses limites là où les deux saisons précédentes, les choix étaient globalement pertinents et positifs pour le club, avec deux années de suite sur le podium via deux entraineurs différents mais charismatiques - Sampaoli, Tudor -, ainsi que des plans de jeu clairs, tournés vers l'offensif, notamment sous Tudor, plaisant majoritairement aux supporters. Sans oublier que la "garde rapprochée" du président de l'OM a progressivement quitté le club ces derniers mois. Ce qui rend fort probable un départ de Longoria à la fin de la saison, tant l'usure semble l'avoir gagné.
Et l'actuel directeur général de l'OM, Stéphane Tessier, qui a été auparavant un cadre dirigeant du côté de l'Association sportive de Saint-Étienne (ASSE), semble bien placé pour lui succéder et ainsi opérer un nouveau cycle. S'il semble être reconnu comme une personne qui connaît bien le football, et pas seulement sous l'angle financier, les portraits dressés de lui donnent l'image d'un homme avide de pouvoir et qui tient à nommer des fidèles à un maximum de postes clés, du côté de la communication, du service juridique, du service financier, voire même au niveau de la cellule de recrutement et du centre de formation. Ce qui fait grincer des dents, évoquant un "gang de stéphanois" à la tête de l'OM.
Est-ce que cela favorise l'arrivée sur le banc phocéen d'un Christophe Galtier la saison prochaine? Possible tant son nom revient régulièrement ces derniers temps, du fait que le marseillais a été formé au club du temps où il était joueur, qu'il a été entraîneur adjoint au début des années 2000; que son expérience d'entraîneur de Ligue 1 - avec un palmarès qui plus est - n'est pas négligeable avec une dose de charisme, bien qu'effritée durant son année passée au Paris Saint-Germain; puis qu'il connaît bien Tessier pour l'avoir côtoyé du temps où il était entraîneur de l'ASSE (2009-2017).
Enfin, le silence de l'actionnaire majoritaire Frank McCourt irrite nombre de supporters olympiens. Il faut dire que l'affairiste états-unien semble être de plus en plus indifférent au sujet du club et qu'avec la série de mauvais résultats, le serpent de mer d'une vente revient, quitte à encore donner des illusions. Comme je l'ai écrit lors du rachat du club par McCourt auprès de Margarita Louis-Dreyfus, veuve de Robert Louis-Dreyfus, à l'été 2016, cela ne change pas grand-chose au fond car tant que les supporters ne se réunissent pas collectivement en mode socios pour prendre le contrôle du club ou bien, a minima, jouer le rôle du contre-pouvoir dans la gouvernance même du club et pas uniquement à l'extérieur du club, alors ce genre de situation à laquelle nous assistons actuellement se répètera inlassablement. D'aucuns diront que je suis grandement optimiste à l'idée que l'OM géré par des socios n'aurait pas le moindre problème à l'avenir. Soit. Néanmoins, je suis convaincu que cela obligerait la direction du club à être plus transparente et à être moins engluée dans une lutte de factions si les supporters participaient directement à la gouvernance du club.
C'est du moins à tenter.
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