Vainqueur pour la quatrième fois de sa carrière du Tour, le coureur slovène semble au sommet de son art, à l'issue de trois semaines de course menées tambour battant, avec forcément une éternelle suspicion de dopage qui ne traîne jamais bien loin.
Et de quatre! Après 2020, 2021 et 2024, voici le Tour de France qui rentre dans l'escarcelle de Tadej Pogacar, à l'issue de la 21ème et dernière étape du Tour qui s'est terminée sur les Champs-Élysées, à Paris, mais pas comme une procession habituelle et dévolue aux sprinteurs car l'ajout de trois passages sur la butte Montmartre a changé - en bien - la physionomie de la dernière étape de la Grande boucle. Toujours est-il que le Slovène termine vainqueur avec 4'24" d'avance sur son rival danois Jonas Vingegaard, vainqueur du Tour en 2022 et 2023, puis 11' d'avance sur le coureur allemand Florian Lipowitz, qui complète le podium.
Vingegaard rentré dans le rang?
Vu l'écart final entre les deux favoris pour la victoire finale, certains pourraient se dire que Vingegaard est rentré dans le rang. L'un des arguments qui peuvent être abordés est que le Danois n'a pas devancé Pogacar durant ce Tour, excepté lors de l'antépénultième étape (Albertville/La Plagne). Mais d'autres voudront souligner que l'écart s'est essentiellement fait dans les Pyrénées - 4'13" après les étapes pyrénéennes - et que Vingegaard a multiplié les attaques durant les étapes dans les Alpes. Mais en vain puisqu'il y perd 11 secondes sur Pogacar, pourtant en position défensive sur cette dernière semaine de Tour.
Et l'écart entre Vingegaard et Lipowitz - 6'36" - souligne que les deux premiers du classement général jouent dans leur cour et que le reste du peloton évolue à un échelon bien inférieur. Mais qu'est-ce qu'aurait donné le Tour si Remco Evenepoel avait les moyens de lutter pour le podium, voire davantage? C'est une question qui reste en suspens vu l'abandon du Belge en milieu de Grande boucle, permettant à Lipowitz de bénéficier de la troisième place, où il a bataillé toutefois face au Britannique Oscar Onley - 1'12" d'écart - pour assurer la dernière marche du podium.
Rythme effréné = rythme de dopé?
Avec une vitesse moyenne de 42,781km/h, ce Tour 2025 établit un nouveau record de vitesse. Il faut dire que les étapes se sont déroulées à un rythme effréné, même durant les étapes de montagne dans les Pyrénées ou les Alpes, ces dernières étant en plus sous la pluie, avec un risque croissant de chutes dans les descentes des cols. Et ce rythme relance la sempiternelle question du dopage dans le peloton, et surtout par rapport aux coureurs jouant le classement général.
Mais ce qui rend la suspicion plus marquante, ce sont les temps durant les ascensions. Et il s'avère que des records, datant des années 1990-2000, à savoir la génération EPO, sont tombés, comme par exemple le record de l'ascension du Mont Ventoux, datant de 2004, a été battu par Pogacar, d'autant plus qu'il était en posture défensive face à Vingegaard durant cette montée. Ce que des personnes comme Antoine Vayer, entraîneur de l'équipe Festina dans les années 90 et développeur d'une méthode de calcul ayant pour but de distinguer les coureurs propres des coureurs dopés, ne manqueront pas de signaler. Mais d'autres leur rétorqueront les évolutions technologiques des vélos de course, le raccourcissement des étapes, l'intensification des contrôles anti-dopage, les programmes d'entraînement et de nutrition des coureurs, etc. Bref, un sujet qui promet de revenir dans le futur.
Lueurs françaises
Et côté français, dans tout ça? La victoire d'étape au Mont Ventoux de Valentin Paret-Peintre donne un peu de baume au cœur dans cette 112ème édition du Tour de France. Mais sinon, pas grand-chose à se mettre sous la dent. Néanmoins, évitons d'être trop rabat-joie vu la présence de deux tricolores dans le top 10 du classement général, avec Kévin Vauquelin (7ème) et Jordan Jegat (10ème). Perso, comme je l'ai écrit au moment du départ du Tour, je ne m'attendais à pas grand-chose là-dessus. Finalement, voir Vauquelin et Chegat dans le top 10, c'est positif. Notamment pour Vauquelin qui a dû muer en coureur jouant le classement général sur ce Tour alors qu'il comptait chercher des victoires d'étape. Et si avant la dernière semaine, il était cinquième du classement général, son recul est dû à ses limites affichées face aux hautes altitudes des Alpes et à une fatigue après deux semaines intenses pour lui. En tout cas, Vauquelin a de quoi en tirer des leçons pour l'avenir, notamment pour progresser dans la haute montagne. Et dire que l'an dernier, il terminait 91ème du Tour. La progression est énorme, mais elle reste à compléter pour lutter dans la course au podium à l'avenir, si toutefois il veut en faire un objectif.
Quant à Jordan Jegat, il est parvenu à prendre la 10ème place du classement général en se glissant de manière opportune dans l'échappée lors de l'avant-dernière étape (Nantua/Pontarlier). Signe, d'une part, d'une moindre fatigue sur la fin du Tour et d'autre part d'un certain sens tactique. Néanmoins, à l'instar de Vauquelin, Jegat a encore un plafond de verre à briser concernant la haute montagne pour espérer viser mieux au classement général à l'avenir. Mais delà à pouvoir s'afficher en successeur de Bernard Hinault, dernier vainqueur français du Tour, il y a 40 ans? Ce serait miraculeux car, d'une part, Pogacar et Vingegaard semblent promis à lutter entre eux à l'avenir, comme ils le font depuis 2021. Et d'autre part, Lipowitz, Only et Evenepoel, pour ne citer que ces trois noms-là, vont chercher à progresser de leur côté.
Nous verrons bien l'an prochain, lors du grand départ à Barcelone.
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