Vingegaard-Pogacar, un duel ancré dans l'avenir?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: ASO/Romain Laurent

Photo: ASO/Romain Laurent

Deuxième l'an dernier, derrière Tadej Pogacar, le Danois Jonas Vingegaard est parvenu à vaincre son rival slovène, dans un duel mené à grande vitesse. Ce qui n'est pas sans susciter des interrogations, voire des suspicions, avec l'ombre du dopage au-dessus du peloton.

Finalement, la passe de trois pour Tadej Pogacar attendra! Le Slovène, double vainqueur du Tour (2020, 2021), dont on se demandait au départ du Tour 2022 s'il aurait un adversaire à sa hauteur, est tombé sur un os. En l'occurrence, le Danois Jonas Vingegaard, qui confirme que sa deuxième place l'an dernier n'était pas seulement due à une circonstance favorable que fut la méforme de Primoz Roglic et qui devient le premier coureur à battre Pogacar sur le Tour, reléguant ce dernier à la deuxième place, à 2'43". Le Britannique Geraint Thomas, vainqueur du Tour 2018 et deuxième du Tour 2019, complète le podium, avec 7'22" d'écart sur Vingegaard au classement général.

À haute vitesse!

L'écart final entre les deux premiers du classement général, qui sont sur une autre dimension - il faut se le dire! -, peut être expliqué par l'étape Albertville/Col du Granon, où Vingegaard gagna l'étape, après que lui et ses coéquipiers de l'équipe Jumbo-Visma aient constamment attaqué Pogacar pour l'isoler lors de la montée finale, avec 2'51" d'avance sur ce dernier, alors porteur du maillot jaune. Et le Danois prit le maillot jaune pour ne plus le lâcher ensuite, se contentant de suivre les attaques de Pogacar avant d'enfoncer le clou lors de l'étape Lourdes/Hautacam, s'assurant une deuxième victoire d'étape sur ce Tour. Cela reste quand même une victoire d'étape de moins que son rival slovène, qui a glané trois victoires d'étapes sur ce Tour. Mais il est tombé face au collectif Jumbo-Visma, avec notamment un Wout Van Aert qui a été présent sur tous les terrains.

Ce duel au sommet a contribué à un Tour mené à haute vitesse puisque la vitesse atteinte par le maillot à l'issue de ces trois semaines de course dépasse les 42km/h. Un record! Mais comment interpréter cette performance? D'un côté, certains observateurs soulignent les évolutions technologiques des vélos; les tactiques d'équipes résolument tournées vers de l'offensive, notamment chez la Jumbo-Visma de Vingeggaard ou la UAE Emirates de Pogacar; la présente constante d'un vent important et soufflant dans le dos durant le parcours, donnant ainsi des ailes aux coureurs - si j'ose dire! - et bien peu de vent de face, freinant le rythme des cyclistes. Mais d'autres mettent en avant l'ombre du dopage, soulignant par exemple la puissance des leaders - notamment Vingegaard et Pogacar -, durant les ascensions des cols alpestres et pyrénéens. Puis le cas Van Aert a de quoi intriguer. Le coureur belge, très bon au sprint - maillot vert sur ce Tour -, rouleur efficace - vainqueur du contre-la-montre entre Lacapelle-Marival et Rocamadour -, a étalé une puissance sidérante en montagne. L'an dernier, sa victoire d'étape à Mallaucène, après une double ascension du Mont Ventoux, interrogeait par rapport au gabarit du Belge (1,87m, 78kg). Cette année, son rythme infernal en montagne, notamment durant l'étape Lourdes/Hautacam, intrigue encore plus car dans la montée finale, il met au supplice des compagnons d'échappée comme le Colombien Daniel Martínez ou le Français Thibaut Pinot, tous deux ayant davantage un profil de grimpeur, puis place une accélération qui dépose Pogacar, facilitant la victoire de Vingegaard durant cette étape-là. Bref, un certain malaise devant certaines performances.

Gaudu, au pied du podium

Côté français, quel bilan tirer? Déjà, une seule victoire d'étape pour un coureur français, en l'occurrence Christophe Laporte, coéquipier de Vingegaard et Van Aert chez la Jumbo-Visma, lors de l'étape Castelnau-Magnoac/Cahors, à deux jours de l'arrivée du Tour. C'est dire si la crainte d'un Tour fanny était grande. En tout cas, l'absence d'un Julian Alaphilippe est pesante tant le double champion du monde en titre sert d'arbre qui cache la forêt. Du moins, c'est l'impression que cela donne. Plus en détail, il y a des coureurs qui n'étaient pas à 100% de leurs capacités, tels Pinot ou Warren Barguil - qui a abandonné en cours de route -, ou d'autres étant trop bien classés au général, ne pouvant pas bénéficier d'un bon de sortie, tels Romain Bardet ou David Gaudu.

Justement, parlons de Gaudu. Leader de l'équipe Groupama-FDJ sur cette Grande boucle, le grimpeur français a montré un état d'esprit résilient, mais peu offensif. En fait, il a couru en mode diesel sur ce Tour. Les étapes de montagne, notamment celles avec des arrivées au sommet (Col du Granon, l'Alpe-d'Huez, Peyragudes, Hautacam), illustrent ce côté diesel car dans les premiers kilomètres de la montée finale, il décroche du groupe des favoris avant de peu à peu rattraper et dépasser la plupart des décrochés au fil des derniers kilomètres, excepté le duo Vingegaard/Pogacar et Thomas, sauf à Hautacam où il rattrape Thomas et reste collé à lui jusqu'aux 500 derniers mètres de l'ascension. Et s'il n'y avait pas le dévouement de plusieurs de ses coéquipiers dans les montées et descentes, notamment Valentin Madouas, lieutenant précieux de Gaudu dans ce cas de figure, jamais ce dernier n'aurait terminé à la quatrième place au classement général. Ce qui est son meilleur classement dans un grand tour - Tour de France, Tour d'Italie, Tour d'Espagne - à 25 ans. C'est dire si sa progression a été importante jusqu'ici, mais qu'il a encore à progresser dans son placement et (surtout) à être en mesure d'activer son diesel plus tôt, pour moins subir la course et moins perdre de temps, voire même en gagner. Il en est capable et peut être en mesure d'atteindre un podium dans les années à venir, en fonction de ses capacités et de circonstances de course favorables.

Vivement l'an prochain, à Bilbao, dans le Pays basque espagnol.

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