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On peut fermer un club, mais pas sa pensée

Publié le par JoSeseSeko

On peut fermer un club, mais pas sa pensée

En ce mercredi 12 novembre 2014 (duodi 22 brumaire an CCXXIII), il y a 220 ans, jour pour jour, le club des Jacobins, dirigé principalement par Maximilien de Robespierre, fut fermé par les Thermidoriens, à savoir, ceux qui ont fait un Coup d'État le 9 thermidor an II (27 juillet 1794), renversant Robespierre et ses partisans. Signe d'une droitisation du pouvoir en l'An III de la République, avec une classe bourgeoise pouvant espérer contrôler les manettes économiques et politiques du pays, malgré un contexte de guerre encore présent.

Un club bien-pensant devenu subversif

Cette fermeture avait également pour but de faire encore plus culpabiliser ces jacobins, ces républicains, de les rendre entièrement responsables de la Terreur, alors que la Convention thermidorienne applique elle-même une politique semblable, appelée par les historiens la "Terreur blanche" (et ce ne sera pas la seule dans l'Histoire de France, avec les mêmes cibles). Le club des Jacobins est devenu pour la postérité un symbole de la tyrannie républicaine, de la dictature, et donc, condamnable pour les bien-pensants. Mais il était loin d'être si mal vu à ses débuts.

En 1789, c'était un club qui serait aujourd'hui de centre-droit, voire de droite, monarchiste, avec des cadres comme Honoré-Gabriel Riqueti de Mirabeau, Charles-Maurice de Talleyrand, Gilbert du Motier de La Fayette, Alexandre de Lameth, Camille Desmoulins, Henri Grégoire ou Maximilien de Robespierre. C'était un club qui défendait les possédants, ses électeurs de base. Mais ça évolua avec les événements révolutionnaires, notamment depuis la fusillade du Champ-de-Mars, où une première scission eut lieu suite à l'action de La Fayette tirant sur la population, avec Barnave fondant le club des Feuillants. Du coup, le club des Jacobins s'est davantage gauchisé, et même républicanisé, sous l'influence de Robespierre, de Jacques Brissot entre autres. Les deux hommes se divisèrent, et le club aussi par ricochet, sur la guerre. Brissot en est partisan tandis que Robespierre s'y refuse. Une nouvelle scission avec Brissot et des députés de la Gironde (notamment), ces derniers formant le club des Girondins, renforce l'influence de Robespierre aux Jacobins. L'Incorruptible défendit l'idée de République, de souveraineté populaire, d'abolition de l'esclavage, de réforme agraire, du Maximum des prix, etc. Des idées qui pourraient être vues comme "socialistes" aujourd'hui, tout comme une politique sociale défendue par Louis-Antoine de Saint-Just, devenu Jacobin suite au virage républicain et sans-culotte du club.

Désormais, à la suite du 10 août, chassant Louis XVI, la Convention, assemblée républicaine, devait être élue au suffrage universel. Les Jacobins ont été élus sur Paris et certaines grandes villes, grâce aux (rares) voix populaires, les sans-culottes étant désormais l'électorat de base. Le club s'appuie sur eux pour dominer peu à peu la Convention, alors sous influence girondine, notamment au moment des journées de fin mai-début juin 1793, où les Girondins sont écartés, laissant place à la Convention jacobine, ou montagnarde. Le club, et son grand leader Robespierre, peut montrer sa puissance, avec minimum 100.000 militants répartis en 5.500 filiales sur tout le territoire de la République. Mais les luttes entre les forces montagnardes, et le 9 thermidor marqueront le coup d'arrêt.

Résurrections partielles et influences

Pour éviter la résurgence du club, malgré l'épuration des éléments robespierristes, la Convention thermidorienne décida de le fermer. Mais en éliminant le côté gauche de l'échiquier politique (encore plus après les journées de prairial an III), les thermidoriens se retrouvent menacés sur leur droite, avec les monarchistes qui comptent bien détruire la République. Au moment où la Convention cède sa place au Directoire (an IV), elle a dû permettre la résurrection de clubs se revendiquant de l'esprit des Jacobins de l'an II. Le club du Panthéon fut autorisé, parce qu'il acceptait au départ la Constitution de l'an III, avant d'être plus critique, avec des membres comme Félix Le Peletier, ou Gracchus Babeuf. Ce dernier développa dans ce club sa théorie, considérée comme la base du communisme, et prépara ainsi sa "Conjuration des Égaux", qui une fois démasquée, poussa à la fermeture du club, par un général qui se revendiquait jacobin en 1794, à savoir... Napoléon Bonaparte. Un nouveau club néo-Jacobin naquit en 1799, le club du Manège, dont l'importance électorale fut importante dans un contexte de risque d'invasion, et des cadres prestigieux tels les généraux Jean-Baptiste Jourdan, Jean-Baptiste Bernadotte et Charles Augereau. Mais le Directoire le fit fermer par l'ancien jacobin Joseph Fouché, peu avant le Coup d'État du 18 brumaire.

Toujours est-il que la doctrine jacobine (centralisation forte, "République une et indivisible", souveraineté populaire, la défense nationale, l'amélioration du cadre de vie des opprimés, etc.) a dépassé les frontières de la République d'alors, pour atteindre les "Républiques sœurs" (Batave, Cisalpine, etc.), où des clubs de Jacobins furent fondés, s'inspirant du modèle français, alors presque disparu.

Actuellement, le jacobinisme semble appartenir à l'Histoire. Mais quelque part, certains partis politiques actuels, même de droite (Debout la France de Nicolas Dupont-Aignant), peuvent s'estimer être influencés par les Jacobins. Néanmoins, l'héritage politique reste ancré à gauche, notamment au Mouvement républicain et citoyen de Jean-Pierre Chevènement et au sein du Front de gauche, avec le Parti communiste et le Parti de gauche. D'ailleurs, Jean-Luc Mélenchon, fondateur de ce parti, s'est longtemps référé durant et depuis l'élection présidentielle de 2012 aux leaders jacobins de l'an II (Robespierre, Saint-Just) et à leur pensée sociale. Peut-être que son idée de 6ème République, qui est assez ancienne chez lui, trouverait ses sources d'inspiration dans la Constitution de l'an I, rédigée notamment par Saint-Just? C'est à vérifier.

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