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Charlie Hebdo: une attaque salutaire pour la presse?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: BERTRAND GUAY / AFP

Photo: BERTRAND GUAY / AFP

Le journal Charlie Hebdo, attaqué la semaine dernière, connait un succès historique avec son numéro 1178 actuellement en ventes. L'élan pris par le lectorat est tel qu'il faudra voir s'il perdure et surtout s'il se déverse sur l'ensemble d'une presse française en question et en besoin de lecteurs.

Au départ, 1 million. Puis 2, 3, 4, voire 5 millions. C'est le nombre d'exemplaires tirés par les rescapés du journal Charlie Hebdo pour son numéro 1178, en version française (des exemplaires dans d'autres langues sont prévus), celui de l'après-attentat contre sa rédaction, le 7 janvier dernier. Le moins que l'on puisse dire, c'est que la demande est forte, avec des scènes de queue devant les kiosques, en France. Assez inouï quand on y songe.

1 numéro = 100 anciens numéros

Mais ce qu'il y a de plus vertigineux, c'est qu'habituellement, l'hebdomadaire satirique vend 40 à 50.000 exemplaires par semaine. Et si la barre des 5 millions d'exemplaires vendus était atteinte, cela signifierait que les recettes générées par ce numéro 1178 du journal seraient égales aux recettes issues des ventes des anciens numéros de Charlie sur les deux dernières années!

Bref, il y a de quoi dire que le journal est assuré de sa survie financière, d'autant plus qu'il devrait être soutenu financièrement par d'autres journaux, par souci de solidarité. Et n'empêche, si certains ont un humour très macabre, ils diraient ceci: "Pour que le journal puisse vendre, ça vaut le coup de se faire tuer en conférence de rédaction!"

Nouvel attrait pour la presse?

Reste à savoir si cette déferlante pour Charlie Hebdo s'inscrira dans la durée, et surtout, si elle s'élargit pour l'ensemble de la presse française. Pour le premier cas, cela semble bien parti puisque les abonnements à Charlie Hebdo ont fortement augmenté, ce qui permettrait une stabilité pour les recettes du journal, avec de nouveaux fidèles au rendez-vous.

Pour le second cas, c'est plus épineux car la rançon de la gloire pour Charlie Hebdo, c'est d'attirer l'attention pour lui seul, et de se transformer en arbre qui cache la forêt. Néanmoins, certains lecteurs, qui s'étaient éloignés de la presse écrite, y retrouvent un intérêt, pas seulement avec Charlie. Par exemple, un utilisateur de Facebook a indiqué s'être intéressé au journal Alternatives Économiques, auprès du rédacteur en chef du mensuel, Guillaume Duval. Donc, il n'y a pas que Charlie Hebdo! Il y a d'autres journaux (Alter éco, Politis, Le Canard Enchaîné, Marianne, Regards, L'Humanité, La Tribune, Libération, Le Point, Challenges, L'Obs, L'Express, Le Monde, Le Figaro, Les Échos, L'Opinion, etc.) qui méritent également d'être lus, afin de réconcilier la presse et le lectorat.

Crise de la presse

Malgré la success story sanglante (tout un paradoxe!) que connaît Charlie Hebdo, la presse écrite française demeure dans un état de crise profonde depuis plusieurs années, sur différents points. D'abord, le modèle économique, avec la prépondérance du papier par rapport à Internet, qui a causé une chute des recettes générales des titres de presse car les ventes papier ont dégringolé sur les dix dernières années, d'après l'OJD. Internet jouant d'ailleurs un rôle ambigu, à la fois bourreau et ange gardien.

Ensuite, la crise de confiance du lectorat reste pensante envers les journalistes, les médias, puisque le sondage Ispos réalisé il y a un an, montre que près des 3/4 des lecteurs ne font pas confiance aux médias, qu'ils sont dépendants du pouvoir politique et financier, puis qu'ils ne décrivent pas la réalité du quotidien.

Enfin, il y a un problème de diversité au sein des rédactions. Il y a un manque de femmes journalistes, de jeunes journalistes, et surtout de jeunes journalistes ayant des origines autres que françaises. Je parle en connaissance de cause car durant mes stages dans des rédactions, qui se sont d'ailleurs très bien passés et qui m'ont conforté dans mon envie d'être un journaliste (économique en priorité), j'étais un des rares, sinon le seul parfois, à montrer des signes visibles de diversité (Afro-descendant). C'est une des faiblesses auxquelles les rédactions doivent s'y attaquer, d'autant plus qu'elles cherchent à recruter via des écoles de journalisme, alors que des universitaires, généralistes par essence (cliché), seraient mal vus. Ce qui peut être une erreur profonde d'analyse car l'université ne forme pas des idiots, mais de bons esprits.

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