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JoSeseSeko

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"Il ne faut jamais prendre les gens pour des cons, mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont." Cette phrase résume une recherche de vérité, de développer de l'information sur une variété de sujets, notamment l'économie, la politique et l'histoire. Et ce, dans plusieurs pays du monde.


Esprit Charlie, qu'en reste-t-il?

Publié par JoSeseSeko sur 7 Janvier 2025, 11:14am

Catégories : #Politique, #Europe, #France, #Presse, #Charlie Hebdo, #Attentat, #Liberté

Photo: Flickr/Catherine

Photo: Flickr/Catherine

10 ans après l'attentat ayant tué 12 personnes, notamment les dessinateurs Charb, Cabu, Wolinski ou encore Tignous, Charlie Hebdo vit toujours mais a pris un virage foncièrement droitier tant sa sacralisation par la classe politique est importante. Ce qui traduit une certaine droitisation de la société, qui s'expose à ce genre d'événements monstrueux à terme.

Ils s'appelaient Charb, Cabu, Wolinski, Tignous, Honoré, Elsa Cayat, Bernard Maris, Mustapha Ourrad, Franck Brinsolaro, Ahmed Merabet, Michel Renaud et Frédéric Boisson. 12 personnes, dont les huit premières citées étaient membres du journal satirique Charlie Hebdo, furent assassinées par les frères Kouachi le 7 janvier 2015, en pleine conférence de rédaction. À l'instar du 11 septembre 2001, je pense que tout le monde se souvient de ce qu'il faisait ce jour-là. Personnellement, j'étais à mes débuts dans le journalisme, envoyant des candidatures à droite, à gauche, tout en écrivant sur ce blog, quand j'appris cette nouvelle qui m'a terrifié, sachant combien la conférence de rédaction est un moment clé dans la vie d'un journal.

"Je suis Charlie"

De ce triste jour pour l'histoire de la presse, il en ressortit un slogan "Je suis Charlie", répandu dans le monde entier via les réseaux sociaux. Des rassemblements massifs eurent lieu dès le 7 janvier au soir, jusqu'à cette grande marche dans Paris le 11 janvier 2015, devant immortaliser "l'esprit Charlie", avec entre temps un attentat dans un hyper casher à Paris le 9 janvier 2015. 4 millions de personnes battant le pavé de la place de la République à la place de la Nation. Un monde tel qu'il fallait deux parcours pour que tous puissent marcher. Je le dis d'autant plus que j'y étais, ce jour-là, avec un ami d'enfance. Un moment particulier, émouvant. Mais dans mon fort intérieur, comme dans mon esprit, cela sentait l'illusion unitaire, en faisant le parallèle avec la Fête de la fédération du 14 juillet 1790, où le roi Louis XVI, la reine Marie-Antoinette, le dauphin étaient présents, aux côtés des parisiens, des gardes nationaux commandés par le marquis de La Fayette, ainsi que des députés de l'Assemblée constituante comme Maximilien Robespierre, Antoine Barnave, afin de marquer l'unité française autour de la monarchie constitutionnelle. Une illusion vu que nombre de nobles avaient émigré dès juillet 1789, notamment le comte d'Artois, frère de Louis XVI (futur Charles X), que Honoré-Gabriel Riqueti de Mirabeau menait un double jeu au service du roi et que ce dernier voulait retrouver un pouvoir absolu, marqué par sa fuite avortée à Varennes le 20 juin 1791.

Ce côté illusion se ressent par rapport à Charlie Hebdo. Les survivants de l'attentat, ayant la direction du journal, notamment avec le dessinateur Riss, prennent un virage islamophobe vu que ce sont des terroristes se revendiquant de l'islamisme qui commirent cette attaque. Ce qui donne l'occasion de renforcer la critique de l'islam dans les unes de Charlie Hebdo, désormais sacralisé par la classe politique, notamment par les tenants de l'ordre social capitaliste. Ce qui a de quoi être ironique car d'une part, Charlie Hebdo était en difficulté avant l'attentat, en raison d'une ligne éditoriale se voulant anarchiste, donc opposée au capitalisme. Et d'autre part, nombre des membres de Charlie Hebdo tués étaient ouvertement athées. Et parler fréquemment de religion relève d'une obsession pour le moins déconcertante de la part d'athées. Et comme dit une certaine personne sur Facebook en 2016, un an après l'attentat : "Quand tu dis que Dieu n'existe pas, c'est pas très logique de l'accuser de vendre des armes".

Symbole de droitisation

En vérité, l'évolution de Charlie Hebdo sur les 10 ans écoulés peut servir de baromètre de la droitisation du débat public et politique en France. Et la critique de Charlie Hebdo ou de ses soutiens passe mal. Le démographe Emmanuel Todd en fit l'expérience avec son essai Qui est Charlie? en 2015, parlant notamment de ce qu'il appelle les "catholiques zombies" ayant massivement participé à la marche du 11 janvier. Ce qui lui valut des critiques acerbes dans le cercle de l'intelligentsia, des chiens de garde. Et comme évoqué ci-haut, Charlie Hebdo, sous la direction de Riss, fait dans l'islamophobie, au point de considérer l'ensemble des Français de confession musulmane seraient associés au terrorisme dans un éditorial. De quoi se dire que Charlie Hebdo, du temps du professeur Choron, de François Cavanna, en plus de certains des dessinateurs assassinés il y a 10 ans, riait des beaufs et des dominants. Mais depuis 10 ans, voire même peu avant, il rit avec eux. Ce qui le rend critique sur la gauche. Au point d'être du niveau de Valeurs Actuelles? Telle est la question.

Toujours est-il que cela démontre une évolution de la liberté d'expression, qui est encadrée via l'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, précisée avec la loi sur la liberté de la presse de 1881. Néanmoins, la liberté d'expression, comme toute liberté du reste, est fonction du capital (économique, social, culturel, symbolique), vu qu'on est régi dans le cadre du capitalisme. Et la sacralisation de Charlie Hebdo va de pair avec une politique de droitisation en France, via la loi renseignement en 2015 par exemple, et d'autres lois criminalisant bien des opinions politiques, syndicales, dans les années suivantes. Mais l'une des causes de cette tuerie est la politique extérieure française. Depuis la présidence de Nicolas Sarkozy (2007-2012), celle-ci a pris un virage atlantiste très prononcé, donnant du grain à moudre aux organisations terroristes qui n'en demandaient pas tant, avec les attentats du 13 novembre 2015 par la suite, renforçant la dérive sécuritaire dans l'Hexagone. Et cette politique extérieure atlantiste se double d'un rapprochement avec Israël, rendant la critique sur le génocide en cours dans la bande de Gaza et la politique expansionniste du gouvernement de Benjamin Netanyahu de moins en moins critiquable en France. C'est dire si "l'esprit Charlie" est enterré depuis un moment et des dessinateurs comme Charb ou Tignous auraient pu être accusés d'apologie du terrorisme, voire d'antisémitisme, en raison d'articles critiques à l'égard du pouvoir israélien.

Bref, Charb, Cabu, Wolinski, Tignous ou Honoré peuvent se dire, de là où ils sont: "C'est dur d'être aimés par des cons!"

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