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Un jour d'après en questions

Publié le par JoSeseSeko

Un jour d'après en questions

Au lendemain de l'attaque qui a tué une douzaine de personnes à la rédaction du journal Charlie Hebdo, l'émotion doit céder la place à des questionnements, alors que les suspects demeurent en cavale.

La tuerie qui n'a guère épargné la rédaction de l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, mercredi 7 janvier, a suscité une vive émotion en France comme ailleurs, en raison de la cible qui est un journal, ô combien connu et qui pouvait susciter la polémique, notamment suite à des caricatures sur le prophète Mohamed (ou Muhammad), au moment même où des tensions se font sentir envers les musulmans de France.

État de la presse

Ce triste événement a réveillé une envie d'être solidaire envers Charlie Hebdo, au sein des différents journaux. Du Figaro à Politis, en passant par Mediapart, Le Monde, Libération, Reporterre, et d'autres encore, nombreux sont les journaux qui ont l'idée de soutenir financièrement et exceptionnellement l'hebdo, de manière à ce que ce ne soit pas le coup d'arrêt. Cela peut paraître du corporatisme, voire de la complicité d'islamophobie pour des esprits radicaux, mais d'un autre côté, ce ne serait guère reluisant qu'un titre de presse se meurt.

Néanmoins, l'état de la presse est déplorable. Et le lectorat le lui fait savoir, avec une méfiance sur la question de l'indépendance des journalistes par rapport au pouvoir politique, économique, et sur la question de la correspondance avec la réalité du quotidien. Il faut dire que les journaux les plus lus sont plutôt ceux qui appartiennent à des industriels, des financiers, ou qu'ils ont une dépendance élevée des aides publiques à la presse. Mais ce serait enterrer d'autres journaux, plus fragiles et pourtant plus indépendants économiquement. Il peut être également question de la représentation dans les rédactions. Je suivais hier le MediapartLive consacré à Charlie Hebdo. L'un des intervenants rappelait qu'il y a un problème de féminisation des journalistes, i.e, une faible part de journalistes femmes, même si elle augmente d'année en année. Mais personne n'a évoqué le manque (tout aussi criant) de diversité car il y a très peu de journalistes Arabo-descendants ou Afro-descendants. Et moi, qui ai fait deux stages dans des journaux et qui compte travailler pour la presse, je peux vous affirmer n'avoir vu que très peu de confrères (ou de rédac-chefs) d'origine arabe ou africaine. C'est aussi un gros problème auquel les rédactions doivent s'y attaquer.

Lois liberticides

Les politiques, qui agissent en véritables vautours, agitent tous le flambeau de l'union nationale. François Hollande, Nicolas Sarkozy, François Bayrou, Marine Le Pen etc. Et ils en appellent à un renforcement des lois anti-terrorisme déjà en vigueur, qui vont ressembler à des "lois scélérates", comme c'était déjà le cas au XIXe siècle, lorsque la République bourgeoise réprima tous les anarchistes, suite aux vagues d'attentats en 1892-1894. Une sacrée ironie du sort car Charlie Hebdo se prétendait (peut-être) champion de la liberté.

Être ou ne pas être Charlie Hebdo?

Avec l'émotion que les meurtres ont suscité, un soutien massif s'est fait sur les réseaux sociaux, avec pour mot d'ordre: "Je suis Charlie". Ce soutien spontané s'est également traduit avec des manifestations en France et dans plusieurs pays (Espagne, Royaume-Uni, Allemagne, États-Unis, etc.). Et c'est sûrement sur un bon sentiment sur une atteinte à la liberté d'expression, et que je comprends, car ce sont des confrères qui ont été assassinés.

Pourtant, je ne peux pas dire "Je suis Charlie" à 100% car parmi les manifestants, il y a forcément des islamophobes, des racistes de tout poil qui se fondent dans la masse, en toute tranquillité, des partisans de l'extrême-droite, qui veut tirer le plus gros profit de cette sinistre histoire en progressant davantage dans les esprits, et que les autres manifestants n'ont pas l'air de vouloir distinguer. Enfin, ce que je remarque de manière très amère, c'est que quand il s'agit d'un crime passé à proximité, il y a foule. Mais quand il s'agit d'une exploitation à l'étranger, comme au sujet des femmes violées dans l'Est de l'ex-Zaïre, il n'y a (presque) plus personne. Les tenants du "2 poids-2 mesures" ont un argument de poids avec ça.

Stigmatisation à outrance et signe providentiel

Par ailleurs, cette histoire va renforcer la stigmatisation déjà publique envers les musulmans de France, qui ne sont pas dans le coup, mais considérés comme des coupables a priori, sans aucune forme de procès. En pratique, cela se traduira par un renforcement de contrôles au faciès, censés ne pas être monnaie courante, une augmentation des rancœurs entre la partie de la population visée (Arabo et Afro-descendants) et les forces de l'ordre, et cela va renforcer une logique communautariste, qui est le piège parfait que tend la classe dominante envers la classe dominée, de telle manière à ce que la question "raciale" prenne le pas sur la question "sociale". C'est un signe providentiel pour les possédants, quels qu'ils soient, de détourner les problèmes économiques et sociaux sur d'autres sujets.

Certains, qui se disent "racisés", et d'autres, penseront que je divague à ce sujet, que le communautarisme se fait aussi au sein de la classe sociale dominante. Vous trouvez? Alors comment expliquez-vous que des capitalistes blancs fassent les yeux doux à certains capitalistes arabes, notamment du Qatar ou d'autres Émirats, qui ont du capital financier, et qu'ils laissent investir avec plaisir en France comme ailleurs dans le monde (le football le prouve avec les clubs de Manchester City et du Paris Saint-Germain), hein? Donc, ça confirme bien le fait que jouer sur les tensions communautaires, raciales, est une farce extrême pour les tenants de l'ordre établi envers tout esprit alternatif.

Creuser son propre tombeau

Cet événement n'est sûrement pas le fruit du hasard. Il suit une logique destructrice qui dure depuis des années, et que les pays développés ont provoqué. Rappelez-vous l'Afghanistan depuis les années 70, l'Irak depuis 2003, la Libye depuis 2011. À chaque fois que des pays occidentaux (je comprends la Russie qui à l'époque s'appelait URSS au moment de l'attaque de l'Afghanistan en 1979) sont intervenus pour dégager un dictateur et "apporter la liberté, la démocratie" (version officielle), mais aussi pour s'accaparer les richesses en tant qu'État ou pour défendre les firmes de leur nationalité (version officieuse), ils ont provoqué un bordel monstre dans ces pays, qu'ils n'ont jamais réussi à contenir. La preuve, les pays que je viens de citer sont devenus des foyers pour des organisations terroristes.

L'exemple le plus récent est celui de l'État islamique en Iral et au Levant (EIIL), ou Daech (ce qui revient au même). Cette organisation est née dans les années 2000, suite à l'invasion des ricains de George W. Bush et de sa clique internationale (le british Tony Blair, l'espagnol José María Aznar, etc.) en Irak. Et depuis quelques mois, EIIL contrôle une partie de la Syrie et le nord de l'Irak, riche en pétrole. Ce qui permet à Daech de se financer, et de brader le prix du pétrole de manière très dangereuse, tout en faisant en sorte que son rôle soit minimisé. En tout cas, les idées des occidentaux, aussi belles soit-elles sur le papier, en ressortent détestées car appuyées par des soldats. Et pour finir ce long article, je vous citerai, chers lecteurs, une phrase du révolutionnaire Maximilien Robespierre, datant du 2 janvier 1792, qui devrait être méditée à l'avenir: "La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d’un politique, est de croire qu’il suffise à un peuple d’entrer à main armée chez un peuple étranger, pour lui faire adopter ses lois et sa constitution. Personne n’aime les missionnaires armés ; et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c’est de les repousser comme des ennemis."

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