Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le cadeau empoisonné de la Grèce pour ses créanciers

Publié le par JoSeseSeko

Photo: REUTERS/Alkis Konstantinidis

Photo: REUTERS/Alkis Konstantinidis

La démission de Yanis Varoufakis du ministère des Finances grec semble être une concession de la part d'Aléxis Tsípras auprès des autres pays de l'Union européenne, après le référendum du 5 juillet. Mais Euclide Tsakalotos, le nouveau ministre, n'est pas du genre à lâcher le morceau et sera beaucoup plus dur à abattre.

La Grèce est le pays européen ayant expérimenté en premier la démocratie, mais aussi le théâtre. Il faut dire que la démission de Yanis Varoufakis, alors ministre des Finances, lundi 6 juillet, a surpris certains puisque le "Non" est grand vainqueur du référendum de la veille, et qu'il avait annoncé qu'il démissionnerait si c'était plutôt le "Oui" qui gagnait. Sur son blog, où il a annoncé sa démission, il donne l'idée que c'est un sacrifice utile de sa part afin que son Premier ministre puisse être en mesure de trouver un accord car Varoufakis était mis au ban par les autres ministres des Finances de la zone euro, selon lui. En tout cas, c'est avec le sentiment du devoir accompli que Varoufakis se retire.

Marxiste ou post-keynésien?

Son remplaçant, Efklídis (francisé: Euclide) Tsakalotos, était jusqu'à présent vice-ministre des Affaires étrangères chargé des questions économiques, ayant parfois remplacé Varoufakis durant les réunions de l'Eurogroupe. Quand on lit différents articles de la presse généraliste, cet économiste né à Rotterdam, étudiant l'économie (plus la philosophie et la politique) à l'université d'Oxford et ancien professeur d'éco à l'université d'Athènes, est décrit comme un marxiste. Ce qui laisse entendre un certain extrémisme dans ses faits et gestes selon les journalistes réalisant ce portrait. Pourtant, dans ces mêmes articles, il est décrit comme un grand partisan de l'euro, au même titre de Varoufakis.

Mais d'autres personnalités affinent cette description du personnage. L'économiste Jacques Sapir, par exemple, évoque sur Twitter le fait que Tsakalotos est plutôt un "keynésien radical, plus hétérodoxe que Varoufakis". Par keynésien radical, il faut comprendre post-keynésien. C'est-à-dire, un économiste qui cherche à faire la synthèse des idées de Karl Marx sur la lutte des classes et celles de John Maynard Keynes sur les revenus, en précisant que l'axe post-keynésien est sur les travaux de la fin de la vie de l'économiste britannique. Mais surtout, Sapir indique, comme d'autres, que Tsakalotos est plutôt devenu un eurosceptique, car il pourrait être tenté, vu les réactions des autres pays européens et de la Banque centrale européenne, un système de deux monnaies en Grèce, voire même un plan de sortie d'Athènes de la zone euro si l'intransigeance des autres pays de l'UE, en particulier l'Allemagne, pourrait mener à une rupture totale.

Un anti-Varoufakis profond

Tsakalotos est surtout vu comme quelqu'un de discret, de plus lisse, de plus diplomate que Varoufakis, qui a le verbe haut et serait plus propice à la castagne verbale. Pourtant, que ce soit chez Sapir ou dans la presse étrangère, Varoufakis est plus proche de l'aile droite de Syriza, donc plus soucieux de garder la Grèce dans la zone euro et plus en mesure de faire de larges concessions auprès de la troïka. Mais avec Tsakalotos, plus proche de l'aile gauche de Syriza qui a été véhémente ces dernières semaines, les choses seront fondamentalement sur un autre pied. Son euroscepticisme récent le poussera à être plus teigneux auprès de ses homologues, qui devront faire gaffe car il ne compte pas lâcher le morceau si facilement. Notamment au sujet de la dette publique car elle reviendra sur la table car la restructuration de la dette est mise au ban et plusieurs économistes (Paul Krugman, Joe Stiglitz, James Galbraith, Thomas Piketty) estiment qu'il faudra annuler une partie de la dette grecque pour que l'économie du pays reprenne souffle. Comme il l'a déclaré au journal Libération en juin dernier:

  • "Les Européens, notamment le gouvernement français, doivent choisir : l'Europe peut-elle s'accommoder d'un gouvernement dont le programme n'est pas conforme à l'idéologie dominante ? [...] Si c'est le cas, le message à tous les Européens serait le suivant : en Europe, vous pouvez faire tout ce que vous voulez à condition d'obéir à l'élite de l'Europe."

De la part de Tsípras, mettre Tsakalotos est un cadeau empoisonné pour l'UE, d'autant plus que Varoufakis a quelque part réussi à marquer les esprits sans forcément montrer sa nature pro-européenne.

Commenter cet article