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Y aura-t-il des défections chez les Républicains et les Démocrates?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Reuters

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En dépit de la légitimité d'être les candidats de leur parti respectif, Hillary Clinton et Donald Trump connaissent des difficultés au sein de leur camp. Des critiques publiques se font jour et ça pourrait se traduire par l'essor de "Tiers partis", habituellement marginalisés par les deux grands partis politiques états-uniens, ainsi que par les médias.

Les conventions du Parti républicain et du Parti démocrate sont désormais passées. Elles ont bel et bien officialisé les candidatures de Donald Trump et d'Hillary Clinton à la présidente de la république fédérale, prévue en novembre prochain. Néanmoins, ce n'était pas tellement une surprise pour nombre d'observateurs, même si dans le cas de l'ex-first lady, elle a du batailler jusqu'au bout de la primaire, face au sénateur du Vermont, Bernie Sanders, issu de l'aile gauche du parti et revendiquant des idées "socialistes" durant la campagne.

Des différences, mais lesquelles?

Ces derniers jours, certains esprits estiment que le duel entre M. Trump et Mme Clinton, c'est du type "bonnet blanc-blanc bonnet". Avec donc, en arrière-pensée, que ça ne changerait rien dans la vie quotidienne des États-uniens. Pour quelles raisons? L'une d'entre elles est liée à l'argent. Les deux candidats sont personnellement très fortunés. Du côté de M. Trump, son activité dans l'immobilier lui a permis d'être milliardaire; et pour Mme Clinton, la fondation Clinton, fondée avec son mari, l'ancien président Bill Clinton (1993-2001), lui assure une stabilité financière importante. Raison suivante, c'est que les soutiens financiers des deux candidats proviennent des gens d'affaires. Peut-être davantage chez la candidate démocrate, cataloguée comme la "candidate de Wall Street" par ses adversaires. En outre, avant d'être adversaires, les deux candidats se respectaient volontiers car une photo circule sur les réseaux sociaux, montrant les Clinton invités au troisième mariage de Trump. De même que durant l'année 2009, l'actuel candidat républicain a donné plus de 100.000 dollars à la fondation Clinton.

Néanmoins, il subsiste des différences entre les deux candidats. Au niveau de la politique extérieure, le candidat républicain se positionne pour un isolationnisme relatif, car selon certains journaux, il souhaite renforcer les relations entre les États-Unis et Israël, tout en n'étant pas forcément opposé à la Russie. Quant à son adversaire démocrate, elle suit une ligne interventionniste qu'elle avait déjà manifesté par le passé - vote pour l'intervention en Irak en 2003; incitation à mener la guerre en Libye -, avec une méfiance constante à l'égard de Moscou et une défense de la solution à deux États entre Israël et la Palestine, même si elle insiste sur son site de campagne sur l'intensification des relations entre Washington et Tel-Aviv. Sur l'économie, et plus précisément sur la fiscalité, le magnat de l'immobilier promet une baisse d'impôts, de la déréglementation pour les entreprises; tandis que l'ancienne secrétaire d'État compterait rendre l'impôt sur le revenu plus progressif, avec une révision à la hausse des derniers taux d'imposition. Mais cela semble être davantage du à la campagne de M. Sanders qu'à une conviction personnelle. Enfin, même si elle s'en défend maintenant, Mme Clinton s'est montrée sensible à l'idée d'un accord de libre-échange entre les États-Unis et l'Union européenne, alors que pour M. Trump, il n'en est pas question.

Une émergence des "Tiers-partis"?

Malgré leur victoire à leurs primaires respectives, M. Trump et Mme Clinton ont du mal à totalement fédérer leur camp autour de leur personne. Dans le "Grand old party" (GOP, surnom du Parti républicain), Donald Trump connait des défections. Plusieurs cadres du GOP ont annoncé qu'ils voteraient Hillary Clinton, en raison des propos parfois outranciers de M. Trump, dont la victoire dans la primaire avait déjà pas mal agacé l'establishment du parti. Des rivaux de Trump à la primaire républicaine, dont Ted Cruz, sénateur du Texas, ont affirmé durant la convention républicaine de Cleveland (Ohio) qu'ils ne soutiendraient pas celui qui les a battu. Ce n'est pas mieux chez les démocrates car durant la convention de Philadelphie (Pennsylvanie), des militants pro-Sanders ont hué la candidate durant son discours d'intronisation, malgré le soutien affiché de son ancien rival.

Du coup, vu l'ambiance dans les deux partis dominants de la classe politique états-unienne, il se pourrait bien que ces présidentielles voient les "Tiers-partis" prendre plus d'importance que par le passé. En particulier deux d'entre eux seraient capables de lézarder le bipartisme outre-Atlantique, i.e le Parti libertarien et le Parti vert. Le premier, qui est un parti de centre-droit, a parfois présenté des anciens républicains comme candidats à la présidentielle. Et vu les critiques importantes au sein du GOP envers Trump, ce parti compte bien capitaliser les défections rendues publiques. Quant au second parti cité, plus à gauche que le Parti démocrate, il est tenté à l'idée de convaincre des soutiens de M. Sanders pour qui voter Mme Clinton serait la dernière chose qu'ils feraient. Et dans les deux cas, s'ils arrivent à attirer des électeurs dans certains États-clés ("swing States"), le grand parti vaincu en fera un grand reproche. Par exemple, certains démocrates reprochèrent au Parti vert et à son candidat - Ralph Neder -, d'avoir empêché la victoire d'Al Gore contre George W. Bush en 2000. Ce qui est cocasse car l'ancien vice-président de Bill Clinton avait davantage de voix que Bush Jr et qu'en fait, ça s'est joué sur le vote de la Floride et sur les grands électeurs de cet État. Toujours est-il que si le bipartisme états-unien flanchait en 2016, il correspondrait à une tendance d'élargissement de l'éventail politique - ou de radicalisation, c'est selon - observable en Europe. Soit par une radicalisation à gauche (essor de Syriza en Grèce; de Podemos en Espagne; du Bloc de gauche au Portugal; élection de Jeremy Corbyn à la tête du Parti travailliste au Royaume-Uni), soit par une droitisation extrême (montée en puissance du Front national en France; du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni outre-Manche; de l'Alternative pour l'Allemagne outre-Rhin; du Mouvement 5 étoiles en Italie; etc.).

L'inconnue de l'abstention

Dans ce scénario qui s'écrit jour après jour jusqu'en novembre, il reste une inconnue qu'est l'abstention. En général, depuis l'après-guerre, au moins deux électeurs sur cinq ne vont pas voter lors de la présidentielle. La première élection de Barack Obama, en 2008, avait enrayé une dynamique de l'abstention, étant donné que le candidat démocrate semblait incarner une nouveauté et pouvait entrer dans l'histoire comme le premier président afro-descendant des États-Unis. Huit ans plus tard, l'enthousiasme semble s'être refroidi. D'autant plus que des histoires de violences policières poussant à des réactions de même ampleur ont pris place ces dernières années.

Il sera bien intéressant de voir si ces élections vont mobiliser la foule ou pas tellement. Ce qui pourrait illustrer l'idée d'un "cens caché" de la part du vote, dans notre époque contemporaine, où les plus riches sont plus motivés à aller voter que les plus pauvres car se sentant mieux écoutés par les élus. Néanmoins, il peut y avoir une complexification par l'aspect communautaire, "racial". Bien que les policiers tuent d'une courte majorité des blancs, la part des personnes tuées par la police depuis le début de l'année 2016 et issues des communautés noires et latinos est plus que proportionnelle à leur part dans la population états-unienne. D'où un ressenti assez macabre qui pourrait bien se faire remarquer par de l'abstention en novembre prochain. Or, ce sont souvent les noirs et les latinos, eux-mêmes davantage exposés à la pauvreté, qui boudent les urnes. Un cercle vicieux qui semble difficile à détruire, à moins que des idées telles l'égalité, la justice (sociale), se transforment en actes positifs aux yeux de ces minorités sans que la majorité ne se sente délaissée.

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