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François Hollande renonce à une réélection

Publié le par JoSeseSeko

Photo: SIPA

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Dans une allocution présidentielle, François Hollande annonce qu'il ne représentera pas à l'élection présidentielle de 2017, profitant de l'occasion pour défendre son bilan, bien que médiocre en général.

Ça y est, il se dévoile enfin. Depuis des mois, la question de la candidature de François Hollande à l'élection présidentielle enflait, au point que certains dirigeants du Parti socialiste se demandaient si le président, très impopulaire, ne devrait pas y aller, ou devrait même participer à la primaire de la gauche avec Manuel Valls, actuel Premier ministre. Le président de la République a décidé de ne pas tenter sa réélection à la tête de l'État, ce jeudi 1er décembre. Il compte exercer pleinement sa fonction jusqu'à la fin de son mandat, en mai 2017.

Un élan de lucidité

L'effet de surprise de cette annonce est frappant, notamment auprès de ses soutiens politiques, qui imaginaient encore que le président tenterait le pari de se faire réélire. Il faut croire que c'est un élan de lucidité qui a traversé l'esprit de Hollande, face à une impopularité record pour un président sous la Ve République, qui ne pouvait le mener qu'à l'humiliation à la primaire de la gauche, où les rancœurs sont vivaces envers lui. Une mésaventure semblable à celle de Nicolas Sarkozy, son prédécesseur, lors du premier tour de la primaire de la droite.

Mains libres pour Valls?

Du coup, ça clarifie les choses au Parti socialiste, où Valls va avoir les mains libres pour se présenter à la primaire socialiste, en ayant le soutien de l'aile droite du PS face à une aile gauche découpée entre plusieurs candidats (Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Marie-Noëlle Lienemann, Gérard Filoche). Ainsi, le Premier ministre peut espérer continuer son travail de fossoyeur de la gauche, travesti en adaptation de cette dernière à la modernité.

Néanmoins, la primaire reste un panier de crabes dont Valls devra s'en méfier et même s'il sort vainqueur, il sera le candidat d'un PS pris entre deux feux. D'abord Emmanuel Macron à sa droite, jouant des coudes avec son mouvement En marche; puis Jean-Luc Mélenchon à sa gauche, sachant que ce dernier, avec la France insoumise, a obtenu le soutien des militants communistes ces derniers jours.

Un mandat destructeur

Dans son allocation, Hollande a tenu à défendre son mandat, par-delà plusieurs exemples (interventions militaires, mariage pour tous, COP21, politique européenne, politique économique). Il n'aurait pas de quoi s'en vanter. Sur l'économie, son coming-out social-libéral du 14 janvier 2014 l'a poussé à faire le Crédit d'impôt compétitivité-emploi (CICE), élément central dans ce qui s'appelle le Pacte de responsabilité, suivant la vieille logique d'un Jean-Baptiste Say: "l'offre crée sa propre demande". Une idiotie, si on réfléchit autrement tant la France est une économie portée par la consommation et pas par le profit. Seulement, la pensée libérale est tellement envahissante que toute autre réflexion ne vient pas à l'esprit des politiciens. Puis en cette année 2016, la loi travail suit cette vieille antienne de "travailler plus" rabâchée depuis 20-30 ans, contradictoire avec l'évolution du capitalisme soit dit en passant, tout en facilitant les licenciements, faisant croire que ça permettrait un retour de l'emploi. Néanmoins, le déficit public s'est quand même réduit sous le mandat de Hollande, en dépit d'un niveau de chômage record.

Dans d'autres domaines, Hollande a fait bien du mal à ses électeurs. Sur l'Europe, il était mandaté pour renégocier les traités, notamment pour lutter contre l'austérité. Au lieu de cela, il laisse l'image d'un homme aux services de la chancelière allemande Angela Merkel, notamment durant l'été 2015, par rapport à la Grèce. Sous prétexte des vagues d'attentats en France, la loi renseignement fut adoptée, digne des "lois scélérates" de la fin du XIXe siècle, l'instauration de l'État d'urgence ou la résurrection de la garde nationale. Les interventions françaises en Afrique traduisent une continuité de la Françafrique dont toute remise en question à l'Assemblée nationale est impensable à faire, de même que l'ensemble de la politique extérieure française, très atlantiste depuis 2007. Mais le summum du suicide politique est d'avoir proposé de mettre la déchéance de nationalité dans la réforme de la Constitution. Là-dessus, il le regrette volontiers.

Bref, le mandat de Hollande est destructeur pour une gauche française qui nage dans le flou intellectuel, et pis, démontre son racisme avec l'autorisation de l'exposition Exhibit B en novembre-décembre 2014, ou les polémiques autour du burkini durant l'été 2016. De quoi empêcher toute réconciliation entre l'antiracisme politique et la gauche car cette dernière reste malade de son fraternalisme qu'Aimé Césaire dénonçait dès 1956.

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