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Un accord qui consacre Kabila au pouvoir en RDC

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JUNIOR D.KANNAH/AFP

Photo: JUNIOR D.KANNAH/AFP

L'accord trouvé le 31 décembre 2016 entre le gouvernement, l'opposition plus l'Église catholique pour le maintien de Joseph Kabila au pouvoir et la tenue d'élections en décembre 2017 montre combien le président domine le jeu politique congo-zaïrois, en violant la Constitution. Une couleuvre de plus à avaler pour la population.

L'atmosphère à Kinshasa et dans les autres villes de la République démocratique du Congo (RDC) s'est calmée depuis l'arrivée à un accord entre le gouvernement et l'opposition, samedi 31 décembre 2016 (cf lien n°1). S'il pose la tenue des élections présidentielles et législatives pour la fin de l'année 2017 (décembre), il entérine surtout le maintien de Joseph Kabila dans la fonction de président, tant qu'il n'aura pas de successeur, vu qu'il ne peut pas se représenter pour un troisième mandat électif. Toujours est-il que l'accord est salué par la communauté internationale et cette dernière espère que ce sera appliqué au pied de la lettre.

Victoire à l'usure

C'est une victoire qui s'est faite par la force des choses pour le pouvoir central. Bien qu'il soit illégitime depuis le 20 décembre 2016, aux yeux de la Constitution, que la population congolaise, notamment à Kinshasa, s'est mobilisée dans la nuit du 19 au 20 décembre pour exiger son départ, Kabila garde la fonction présidentielle qu'il occupe depuis près de 16 ans, suite à l'assassinat de son père (adoptif), Laurent-Désiré Kabila, le 16 janvier 2001. D'ailleurs, quelles sont les véritables intentions du président? C'est la question car depuis sa réélection polémique en 2011, il s'est progressivement muré dans le silence tout en restant au centre du jeu politique. Acceptera-t-il de quitter le pouvoir en décembre prochain ou comptera-t-il rester ad vitam aeternam à la tête de l'État en utilisant tous les prétextes possibles et imaginables à cette fin? Il faudra surveiller ça de près; si toutefois les mass media français et francophones accordent (enfin) une plus grande importance envers le pays le plus peuplé de la francophonie.

Mais la victoire se traduit surtout par un débauchage de l'opposition. La nomination de Samy Badibanga, ancien membre de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) d'Étienne Tshisekedi, au poste de Premier ministre, a surpris plus d'un. Même si Badibanga s'est auto-exclu de l'UDPS en voulant former un groupe parlementaire, acceptant de facto les résultats des élections que son chef de parti avaient refusées, en 2011. De même qu'une parti de l'opposition, autour du Mouvement pour la libération du Congo de Jean-Pierre Bemba, se résigne à signer l'accord, alors que Bemba fut le challenger malheureux de Kabila en 2006. Puis l'Église catholique a été un renfort de poids pour faire cet accord du 31 décembre et convaincre encore les derniers récalcitrants (cf lien n°2). Même si elle a de grandes réserves envers Kabila, l'Église tient à la pérennité de l'ordre social, quitte à intervenir sur le terrain politique, bien que la RDC affirme dans sa Constitution être un État laïc (article 1). Et cette volonté de maintien de l'ordre social est une constante dans l'Église, depuis des siècles, afin de pouvoir s'enrichir.

Résignation générale?

La population congolaise demeure la grande perdante dans cet accord. Elle souhaitait expressément le départ d'un personnage accroché au pouvoir depuis 15 ans, sans aucun grand résultat pour l'ex-Zaïre. Surtout au niveau économique. La croissance est plus faible que dans les autres pays du continent sur les 15 dernières années et l'accès à l'électricité n'a pas tellement progressé. Or, vu le potentiel économique et hydroélectrique du pays, les Congo-zaïrois devraient être plus nombreux à avoir l'électricité et surtout ne devraient pas subir des coupures de courant. Mais c'est signe d'un syndrome hollandais persistant, i.e une incapacité à un pays disposant de ressources naturelles, minières, de se développer pleinement et de s'industrialiser sans être menacé de retomber dans une trappe à pauvreté (cf lien n°3). Ce qui arrange bien évidemment d'autres pays, notamment les pays occidentaux, qui ne cessent de lorgner le sous-sol congo-zaïrois depuis la colonisation belge, à la fin du XIXe siècle.

Maintenant, l'heure de la résignation a l'air d'avoir sonné. Les manifestations de la nuit du 19 décembre, prolongées le lendemain, ont été très réprimées par les forces de l'ordre (social). Une cinquantaine de manifestants auraient été tués selon les Nations unies, qui relèvent également plusieurs dizaines d'arrestations de citoyens avec un passage express dans les tribunaux pour être condamnés à de la prison ferme. Bref, lentement mais sûrement, la RDC retrouve des accents dictatoriaux qu'elle a connus avec Mobutu de 1965 à 1997. Un triste retour en arrière!

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