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Un PS qui s'enfonce dans le grotesque

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Regards

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La vague de soutiens socialistes pour Emmanuel Macron au lieu de Benoît Hamon montre combien le Parti socialiste tend à se déchirer, au profil du candidat d'En Marche et de Jean-Luc Mélenchon, candidat pour la France Insoumise.

Plus la date du premier tour se rapproche, plus le scénario catastrophe tend à prendre corps. Notamment pour le Parti socialiste (PS), au pouvoir depuis 2012, qui se dit que l'élection présidentielle est perdue, mais veut éviter une catastrophe qui provoquerait sa disparition dans le paysage politique français. Il faut dire que Benoît Hamon subit un creux, en dépit de sa victoire lors de la primaire du PS et de ses alliés, qu'un accord avec Europe écologie-les Verts a été trouvé fin février, et d'une certaine habileté face aux autres candidats lors du débat à 11, mardi 4 avril.

Tactiques personnelles

Cette victoire de Hamon n'a jamais été digérée par les cadres du PS, majoritairement membres de l'aile droite du parti, avec Manuel Valls comme figure de proue. L'ancien Premier ministre, largement battu durant cette primaire, a récemment annoncé ne pas accorder son soutien à Hamon, en dépit des statuts de la primaire de la "belle alliance populaire". Certes, François De Rugy avait apporté son soutien à Macron fin février-début mars, mais ce n'est pas une raison d'agir contre les principes de la primaire. En outre, des partisans de Valls accusent Hamon d'avoir affaibli le PS et la gauche par son opposition au gouvernement à partir de 2014. Mais comme ces gens-là ont la mémoire courte ou mentent par omission, ils doivent savoir que ceux qui ont amené ce parti et la gauche dans cet état critique, ce sont François Hollande et Valls, en dérivant profondément du programme présidentiel de 2012 pour lequel Hollande a été élu et que les électeurs l'ont fait fortement ressentir.

Toujours est-il que des tactiques personnelles sont mises en place par les apparatchiks du PS pour sauver leur place de député. Y compris quand ils sont encore au gouvernement, comme le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, qui soutient Macron, ce maquereau bouffant à tous les râteliers, alors que le Premier ministre, Bernard Cazeneuve, avait appelé à de la réserve ou à soutenir le candidat Hamon. Mais tout ça prouve que Macron est le candidat officieux du PS, celui qui devra réellement défendre le bilan du quinquennat de Hollande face aux 10 autres candidats à la fonction suprême.

Fin d'une hégémonie

Ce qui peut encore enfoncer le clou dans la campagne de Hamon, c'est la dynamique favorable qui porte Mélenchon. Pour beaucoup d'instituts de sondage, il semble évident que le candidat de la France Insoumise est irrémédiablement devant Hamon. Ce qui mettrait fin à l'hégémonie du PS sur l'ensemble de la gauche française qui date de 1978, du temps de François Mitterrand, un des "maîtres à penser" de Mélenchon. D'ailleurs, dans une tribune publiée mardi 4 avril dans le journal Le Monde (cf lien), le politologue Gérard Grunberg, proche de l'aile droite du PS, indique que cette élection, telle qu'elle est partie, marquera la marginalisation du parti car il sera pris entre deux feux: celui de Macron à sa droite et celui de Mélenchon à sa gauche. Et dans les deux cas, il s'agit d'anciens socialistes qui torpillent leur ancien parti. Signe que l'art de la synthèse, cher notamment au président Hollande, a fait long feu. Et il ne serait pas étonnant, vu l'histoire du socialisme en France, que le parti qui serait censé ce courant idéologique s'éparpille une fois de plus.

Europe vs socialisme

Il faut dire que ce qui se passe au PS n'est qu'une suite logique d'éléments historiques, causant des ruptures au sein du parti. Notamment depuis la "parenthèse libérale" de 1983, jamais refermée d'ailleurs, qui coïncide avec l'idée de "faire l'Europe", ou du moins approfondir un espace communautaire en place depuis le traité de Rome en 1957, aux yeux de Mitterrand et de ses conseillers (Jacques Attali) ou ministres (Jacques Delors). C'est un acte marquant une fracture au sein du PS, obligeant d'ailleurs Jean-Pierre Chevènement, ministre de l'Industrie, à démissionner face à cette ligne politique social-démocrate, et bientôt sociale-libérale (désinflation compétitive) qu'il désapprouvait. Ce qui ne l'empêcha pas de redevenir ministre à plusieurs reprises ensuite. On n'est pas à une contradiction près! La première rupture véridique date du traité de Maastricht, où une partie de l'aile gauche du PS, autour de Chevènement, a plié bagages pour former le Mouvement des citoyens, devenu ensuite le Mouvement républicain et citoyen, traduisant une évolution jacobine de Chevènement, mais également, un abandon progressif du socialisme.

D'ailleurs, la construction européenne, notamment avec le passage à l'euro, a marginalisé, discrédité toute perspective de transformation radicale des structures économiques, objectif affiché du mouvement socialiste depuis le 19e siècle. Voilà ce à quoi ont abouti 34 ans de parenthèse et le fait que ça se retourne contre le PS, qui a mené cette orientation, est un maigre lot de consolation.

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