Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Peur des "racisé.e.s" conscients de leur force sociale

Publié le par JoSeseSeko

Peur des "racisé.e.s" conscients de leur force sociale

Des voix s'élèvent dans la classe politique pour condamner la tenue d'un festival mené par un collectif afroféministe, où certaines réunions prévues seraient non-mixtes. Derrière tout ça, c'est une peur manifeste pour le communautarisme blanc de voir sa domination économique et sociale remise en cause de manière profonde.

Les cris d'orfraie sont lancés ces derniers jours. Pourquoi? Parce que le collectif afroféministe Mwasi compte organiser un festival durant l'été sur Paris, le festival NYANSAPO. La polémique est née par le Front national, selon un communiqué du collectif Mwasi, qui cherche à discréditer l'action du collectif (cf lien n°1). Ce qui a trouvé un écho du côté d'associations comme la Licra et du côté de la gauche, avec notamment Anne Hidalgo, maire de Paris, qui condamne l'organisation du festival et n'écarte pas la possibilité de poursuivre en justice le collectif Mwasi.

Un festival "interdit aux blancs"?

Du coup, la presse tient à s'en saisir, notamment le journal fraternaliste Marianne, qui a une occasion de vendre un article bien gras sur cette polémique (cf lien n°2), afin de sauver sa peau. Du coup, l'angle d'attaque utilisé par ces gens-là est que le festival serait interdit aux blancs. Est-ce le cas? Si on regarde sur le site du collectif (cf lien n°3), il y a 80% du festival qui est prévu pour un espace entre femmes noires seulement. Les 20% restants sont partagés entre un espace entre personnes noires (femmes et hommes); un espace entre les femmes racisées; puis un espace pour tou.te.s. Donc, de manière formelle, ce festival n'est pas interdit aux blancs. Par contre, l'espace réservé à tou.te.s, y compris aux blanc.he.s, est limité.

Mais ce n'est pas nouveau que des diatribes soient lancées envers des non-blanc.he.s qui s'organisent. C'était déjà le cas à l'été 2016, où le journal Marianne, plus des personnalités de gauche, condamnaient le "camp d'été décolonial" à Reims, car là encore considéré comme "interdit aux blancs" et prônant le racisme anti-blancs. Or, des thématiques telles "Qu'est-ce qu'un.e. allié.e.?" étaient développées, montrant combien un.e. blanc.he. n'est pas automatiquement un.e. ennemi.e. aux yeux des organisatrices. Ou encore le soutien à l'exposition Exhibit B fin 2014, en accusant les afro-descendants critiques de cette reconstitution des zoos coloniaux du 20e siècle d'être des censeurs.

#JeSoutiensMwasi

Du coup, face aux accusations de communautarisme lancées par cette opposition allant de l'extrême-droite à la gauche laïciste, fraternaliste, des personnes ont exprimé leur soutien au collectif Mwasi, à travers le hashtag #JeSoutiensMwasi, profitant de l'occasion pour indiquer que les mouvements féministes s'étaient organisés de manière non-mixte également, afin que la parole des femmes se libère, avec une influence des mouvements pour les droits civiques pour les afro-américains dans les années 1960 (cf lien n°4). C'est ce que rappelle la sociologue Christine Delphy par exemple:

  • "La pratique de la non-mixité est tout simplement la conséquence de la théorie de l’autoémancipation. L’autoémancipation, c’est la lutte par les opprimés pour les opprimés. Cette idée simple, il semble que chaque génération politique doive la redécouvrir. Dans les années 60, elle a d’abord été redécouverte par le mouvement américain pour les droits civils qui, après deux ans de lutte mixte, a décidé de créer des groupes noirs, fermés aux Blancs."

Au final, pourquoi tant de haine de la part de la classe dominante blanche? C'est parce qu'elle est consciente du potentiel subversif d'un tel mouvement et qu'elle a une peur panique que ça puisse saper les structures économiques, sociales et raciales de la France. En effet, la France pratique un apartheid économique et social, quand même ce serait plus subtil que l'apartheid politique mené en Afrique du Sud de 1948 à 1991. Et comme les racisés sont souvent issus du prolétariat, et non de la bourgeoisie, c'est une main-d'œuvre que les bourgeois blancs tiennent à exploiter à tout prix - même si ça a un coût économique -, et à faire opposer au prolétariat blanc pour qu'ils puissent pérenniser leur domination pendant que les prolos blancs et non-blancs se tapent dessus, avec une gauche incapable de rassembler ce groupe social sous une bannière. Pourquoi? Parce que la gauche, notamment en France, est convaincue, avec la droite, "de la supériorité omnilatérale de l’Occident" comme le souligne Aimé Césaire dans sa Lettre à Maurice Thorez en 1956. C'est d'ailleurs dans cette lettre qu'il invente le terme fraternalisme pour désigner le racisme latent de la gauche française (et occidentale) et qu'il pourfend jusqu'à la fin de sa vie, en 2008.

Dieu que cette lecture ferait du bien pour désintoxiquer des esprits aliénés!

Commenter cet article