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Fructidor ou la reprise en main du Directoire sur les Assemblées

Publié le par JoSeseSeko

Fructidor ou la reprise en main du Directoire sur les Assemblées

Tandis que la France révolutionnaire réduisait les menaces extérieures à travers plusieurs victoires face à la Coalition, la politique intérieure demeurait encore instable, avec un retour des royalistes menaçant le régime du Directoire, obligeant le pouvoir à monter un Coup d'État pour asseoir sa présence, même si ça reste précaire.

Le paradoxe français dans toute sa démesure. Le Directoire, qui a succédé à la Convention en brumaire an IV (octobre 1795), affiche une certaine force au niveau de la politique extérieure, notamment avec une armée républicaine qui empêche toute invasion du territoire français depuis son instauration et qui triomphe face à la Coalition, avec l'exemple de Napoleone Buonaparte - pardon, Napoléon Bonaparte -, en Italie face à l'Autriche avec des victoires à Arcole ou Rivoli par exemple. Une situation favorable du côté de Paris pour négocier un traité de paix avec Vienne et ainsi concentrer davantage de forces à lutter contre l'Angleterre, dernier pays à combattre la France révolutionnaire. Mais en dépit de cette donnée extérieure, la politique intérieure demeurait fragile au niveau économique avec l'assignat, papier-monnaie utilisé pour vendre les "biens nationaux" du début de la Révolution, ne vaut plus rien et est vite supprimé courant 1796, quitte à soulever des craintes auprès des créanciers sur la dette publique française.

Balancier politique

Mais la situation politique n'est guère meilleure. Le Directoire se veut être le garant de l'héritage de 1789, tout en éliminant certains aspects de 1793-1794. D'où le rétablissement du suffrage censitaire, pour éliminer les pauvres de la scène politique. Mais n'ayant pas une profonde assise populaire, le régime demeura menacé par deux bords politiques opposés: les révolutionnaires et les royalistes. Du côté des révolutionnaires, ce sont ceux qui défendent la mémoire et l'action de Maximilien Robespierre et des jacobins, envoyés à la guillotine le 10 Thermidor an II, accusés par les Thermidoriens, base du régime directorial, d'avoir installé la Terreur et tous ses excès. Certains révolutionnaires, autour de Gracchus Babeuf, se préparaient à un passage en force, appelé la "Conjuration des Égaux", avec un discours préparant les bases du communisme, comme l'avaient défini Karl Marx et Friedrich Engels, entre autres, au XIXe siècle. Une fois la conjuration découverte, en mai 1796, Babeuf et plusieurs de ses compagnons furent jugés et envoyés à la guillotine en février 1797, éliminant ainsi la menace de l'extrême-gauche républicaine et révolutionnaire aux yeux des directeurs (Paul Barras, Louis-Marie de La Révellière-Lépeaux, Jean-François Reubell, Lazare Carnot, Étienne-François Le Tourneur).

Mais cette élimination d'une tentative d'extrême-gauche renforce l'extrême-droite royaliste. Bien qu'ils eurent été battus lors de leur insurrection du 13 Vendémiaire an IV (5 octobre 1795) par Barras et par Bonaparte, les royalistes avaient repris du poil de la bête, notamment dans les assemblées que sont le Conseil des Anciens et le Conseil des Cinq-Cents. Au point qu'en mai 1797, ils devinrent majoritaires dans les deux chambres suite au renouvellement annuel d'un tiers de chaque assemblée. Ce qui leur permit de voir un directeur proche de leur courant, François Barthélémy, siéger par tirage au sort à la place de Le Tourneur. Et Carnot, dont le conservatisme fut notoire par-delà son rôle dans le Coup d'État du 9 Thermidor an II, se rapprocha encore plus des royalistes qui se sentaient ainsi pousser des ailes pour espérer renverser le Directoire. Et ce, d'autant plus que des militaires avaient rejoint les rangs royalistes. En particulier, le général et député Jean-Charles Pichegru, qui s'était couvert de gloire en menant l'invasion des Provinces-Unies (actuels Pays-Bas) puis en attaquant sur la rive droite du Rhin en 1795, tout en ayant contribué à la répression contre les mouvements populaires parisiens en germinal-prairial an III (avril-mai 1795).

Prendre les devants

Face à cette menace royaliste, souhaitant détruire la République et ayant deux directeurs dans sa poche (Barthélémy, Carnot), le camp républicain devait réagir. En outre, la majorité royaliste vota des lois réduisant, voire supprimant des sanctions envers les Émigrés et les prêtres réfractaires, bien que la Constitution civile du clergé n'exista plus depuis 1795. La Révellière-Lépeaux et Reubell entendaient renverser cette majorité royaliste par un Coup d'État et prendre les devants. Barras, après réflexion, se joignit au camp républicain, formant ainsi un triumvirat au sein du Directoire, tenant à la République. Après une tentative de renversement par les Assemblées le 16 Fructidor an V (2 septembre 1797), le Coup d'État des triumvirs fut lancé deux jours après, le 18 Fructidor an V (4 septembre 1797), avec un appui important de l'armée. Le général Charles Augereau, officiant auprès de Bonaparte en Italie, fut envoyé par ce dernier à Paris pour mener à bien le Coup d'État. Avec succès en faisant arrêter Pichegru, Barthélémy et plusieurs dizaines de députés, journalistes et militaires dont l'amiral Louis Thomas Villaret-Joyeuse, membre du lobby colonial luttant contre l'application de l'abolition de l'esclavage du 16 pluviôse an II (4 février 1794).

Un pouvoir fragilisé

Dans les premiers temps, le pouvoir des directeurs s'est renforcé avec Philippe Merlin de Douai et François de Neufchâteau à la place de Carnot et Barthélémy, proscrits par le pouvoir. Les sièges des élus proscrits sont occupés par des tenants du régime directorial, permettant à une majorité républicaine de se mettre en place. Mais à terme, le régime tendit à se fragiliser pour plusieurs raisons: d'abord, la proscription des royalistes renforça le camp républicain, autour des néo-jacobins, qui devinrent de nouveau dangereux pour les directeurs par leur influence dans les milieux populaires, mais aussi dans l'armée avec l'exemple du général Jean-Baptiste Jourdan. Ensuite, le Coup d'État fait envers une majorité élue selon le mode de scrutin prévu par la Constitution de l'an III crée un problème de légitimité des pouvoirs, source de futures tensions entre les assemblées et les directeurs. Enfin, le Coup d'État de Fructidor fut mené par le soutien de l'armée. Cette dernière a pris ainsi du poids dans l'évolution du pays et vu les victoires militaires à l'étranger, l'idée de la présence d'un "sabre" comme garant de la Révolution pouvait se poser, mais plusieurs civils craignaient un César tricolore et l'avenir leur donna raison. Mais ça, c'est une autre histoire.

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