150 ans après, l'Internationale reste (hélas) un pas incomplet

Publié le par JoSeseSeko

Marx (à gauche) et Bakounine (à droite)

Marx (à gauche) et Bakounine (à droite)

En ce 28 septembre 2014, il s'avère que ça correspond au 150ème anniversaire de la fondation, à Londres, de l'Association internationale des travailleurs (AIT), plus connue sous le nom de 1ère Internationale ou d'Internationale.

Dans un contexte international marqué par la Guerre de Sécession aux États-Unis et le développement du "capitalisme sauvage", ce fut le premier rassemblement de travailleurs, d'intellectuels, de politiques de plusieurs pays développés, et notamment européens. Les courants politiques adversaires au capitalisme libéral/conservateur répondirent présent et deux personnages fondateurs de l'AIT sortaient du lot. Le philosophe, sociologue et économiste allemand Karl Marx et le philosophe russe Mikhaïl Bakounine.

Ce qui joignit les forces et l'appel à l'unité pour une cause socialiste, ainsi que la postérité de cet événement, c'est que ce modèle défendu par Marx, Bakounine, Proudhon et d'autres penseurs, avait pour but de permettre aux prolétaires d'avoir le contrôle de la production et de passer du régime de propriété privé, idée fondamentale dans le mode de production capitaliste, à un régime de propriété collective, avec une socialisation des moyens de production. Pour mener à bien, il fallait une unité de la classe prolétarienne à un niveau mondial (dans l'esprit du slogan "prolétaires de tous les pays, unissez-vous", à la fin du Manifeste du Parti communiste) face à la bourgeoisie déjà mondialisée à cette époque-là. Une formule résume ceci: "l'émancipation des travailleurs doit venir des travailleurs eux-mêmes!" Finalement, ce socialisme n'est ni plus ni moins que de l'anarchisme car Marx et Bakounine s'accordaient à ce la future société qu'ils souhaitaient voir émerger devienne "une société sans classes", où chacun aurait la liberté de s'associer.

Mais malheureusement, cette expérience unitaire des courants socialistes historiques que fut l'Internationale, se termina mal en 1872, avec la rupture entre les partisans de Marx, qui se proclamèrent marxistes, et les anarchistes, proches de Bakounine. Et ce pour une raison principale. Marx, et davantage les marxistes qui se réclamèrent de lui, défendaient une mise en place progressive du socialisme, signifiant un maintien temporaire de l'appareil d'État, qui passerait sous le contrôle du prolétariat. Inconcevable pour Bakounine et les anarchistes, partisans d'un socialisme tout de suite après la victoire des prolétaires, avec destruction immédiate de l'État, pour éviter toute dérive autoritaire, qui serait bénéfique à terme à la bourgeoisie. Une autre raison, contextuelle, c'est que la Commune de Paris en 1871, et sa fin tragique (Semaine sanglante) avec une extermination des ouvriers parisiens par les troupes au service de la bourgeoisie et de l'Église, toujours prompte à défendre l'ordre social inégalitaire plutôt que la justice sociale, priva ainsi l'AIT de la quasi-totalité de la section française. Rares furent les Communards internationalistes qui purent éviter la mort ou l'exil (Guyane, Algérie, Nouvelle-Calédonie, etc.). Dernière raison, la fin de la Commune, avec une décapitation massive d'un prolétariat français plutôt anarchiste (plus proudhonien que bakouniniste), renforça indirectement le courant marxiste. D'autant plus que Karl Marx écrivit une analyse politique peu de temps après l'événement, intitulée De la guerre civile en France, qui connut un franc succès.

Par la suite, il y eut d'autres Internationales, qui m'amènent à soulever un paradoxe. Les IIe, IIIe et IVe Internationales s'élargissaient en nombre de pays, mais rétrécissaient en nombre de courants. La IIe Internationale, dite l'Internationale ouvrière, regroupait l'ensemble de l'Europe plus la Russie, et l'Amérique du Nord, mais éliminait le courant anarchiste des débats. La IIIe Internationale, l'Internationale communiste, organisée dans la Russie bolchevique, devenue Union des républiques socialistes soviétiques, s'élargissait vers l'Asie, Hô Chi-Minh y participa dans les années 30, elle n'impliquait que les communistes, au départ, opposés à la guerre de 14-18. Enfin, la IVe Internationale fut fondée au Mexique par Léon Trotski, autour de ses partisans. Bref, avec le temps, c'est devenu restrictif et bien loin de l'esprit de 1864, qui semble être un mythe tellement les tendances ne sont plus prêtes à vouloir débattre entre elles sans avoir comme arrière-pensée de s'entre-tuer. Ce qui finalement sert l'ennemi commun, la classe bourgeoise capitaliste, qui pourrait même se permettre le luxe de soudoyer, de corrompre certains esprits dans ces "clans".

Et pourtant, en ces temps de crise du mode de production capitaliste, où des lectures alternatives sont recherchées, où des moyens existent, tels l'autogestion, pour que les travailleurs maîtrisent leur production, leur cadre de vie. J'espère tout de même, un jour, qu'une Ve Internationale verrait le jour, rassemblant les tendances défenseures du socialisme et de l'écosocialisme, puisqu'il faut prendre pleinement compte de la question climatique, liée à la question sociale, puisque c'est la classe bourgeoise qui se fait émettrice d'émissions de CO2 dans l'atmosphère. Et que cette nouvelle AIT représente les cinq continents, notamment l'Afrique, ce qui signifierait aussi le retour d'un thème qui parait aujourd'hui un mythe révolu, l'internationalisme prolétarien.

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