Un déficit plus faible mais persistant quand même

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Reuters/Thomas Peter

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Les données sur le déficit public, publiées ce jeudi 26 mars par l'Institut national des statistiques et des études économiques indique une légère diminution du déficit. Ce dont va s'en servir le gouvernement auprès de la Commission européenne pour défendre son "plan de réduction des déficits".

Le Premier ministre Manuel Valls et le ministre des Finances Michel Sapin peuvent respirer un peu. L'Insee indique que le déficit public pour 2014 a été de 4% du Produit intérieur brut (PIB), alors que la loi de finances rectificative en avait prévu 4,4%. Mieux encore, alors que le gouvernement considérait que ce déficit public, chronique depuis plusieurs décennies, allait s'aggraver, il diminue légèrement par rapport à 2013, qui était de 4,1% du PIB. Néanmoins, cela reste encore éloigné des 3% tolérés dans l'Union européenne (UE) depuis le traité de Maastricht (1992), qui a institutionnalisé cette règle ex nihilo, sans justification probante et à l'efficacité douteuse, notamment depuis 2008-2009.

Rôle de l'extérieur

Pour que ce déficit puisse arriver à un niveau moins fort que prévu, c'est que les faits économiques ont été favorables à la France. Premièrement, et c'est le plus évident je pense pour celles et ceux qui connaissent l'économie française, c'est le pétrole. En effet, l'Hexagone, comme la plupart des pays de l'UE, ne peut qu'être ravie du contre-choc pétrolier qui dure depuis juin 2014, rendant les importations moins chères. Néanmoins, ce cours baissier du pétrole est lié à la présence de l'organisation État islamique dans le nord de l'Irak, riche en "or noir", ce qu'on dit rarement, et ça bloque les investissements dans les énergies renouvelables car ils sont comparativement plus chers que dans l'exploitation de pétrole.

L'autre explication positive provient de l'euro. La monnaie unique affiche un taux de change en baisse continue depuis quelques mois face au dollar, accéléré un tant soit peu par les mesures d'assouplissement quantitatif appliquées par le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi. Du coup, les firmes françaises sont plus compétitives à l'international, et arrivent à mieux exporter qu'auparavant des biens et services made in France. Et la tendance pourrait bien être à un retour d'une parité 1€ = 1$ qui n'a plus été observée depuis 2002-2003.

Et la fiscalité?

Ces nouvelles de l'extérieur tombent à point nommé puisqu'au niveau intérieur, le gouvernement, qui se tourne sans le dire explicitement vers l'austérité, alors que le président François Hollande n'était pas élu en 2012 sur ce principe, et les défaites électorales du Parti socialiste, des municipales jusqu'au premier tour des élections départementales du 22 mars sanctionnent l'axe gouvernemental. Puis, l'engagement d'une réforme fiscale n'a pas eu lieu, pis, le mille-feuilles fiscal a rajouté de nouveaux impôts et taxes qui n'ont pas réussi à réduire le déficit et rendent les contribuables moins aises dans le consentement à l'impôt.

Or, ce chantier aurait du être fait dès 2012, avec pour objectif un renforcement et une fusion de l'impôt sur le revenu et de la contribution sociale généralisée, puis une écotaxe réelle et à un niveau progressif, afin de diminuer les cotisations sociales, dont le poids historiquement lourd en France et la dépendance au marché du travail ne peuvent qu'approfondir le déficit public. Ce qui permet de rappeler que la dynamique actuelle du déficit public est causée par les administrations de Sécurité sociale, et non par l'État central. Mais couper dans les dépenses sociales, ce serait une pilule qui ne passerait pas auprès de l'opinion publique.

Une dette publique croissante

Bien sûr, avec un tel niveau de déficit, la dette publique croit automatiquement. Elle a été à hauteur de 95% du PIB en 2014, en raison d'une croissance à 0,4%. Et même si la croissance serait de 1% en 2015, la dette continuerait sa montée, s'approchant du seuil de 100% du PIB, puisque l'inflation est quasiment inexistante en France, et que la déflation se rapproche dangereusement, augmentant le poids réel de la dette publique.

Du coup, on pourrait dire qu'on laisse une bombe à retardement auprès de nos descendants, considérant que c'est inter-générationnel. Mais ce que je dois vous dire, chers lecteurs, et que j'ai déjà écrit par le passé, c'est que la dette est intra-générationnelle. Elle répond aux rapports sociaux liés à la richesse car qui détient de la dette publique française? Les 20% des ménages les plus riches, majoritairement étrangers. Et les intérêts de la dette sont de sérieuses ressources pour eux car l'État se montre à leur écoute. En conclusion, la dette publique, c'est de la redistribution à l'envers!

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