Considérer les jeunes comme gonflants, est-ce gonflé?

Publié le par JoSeseSeko

Considérer les jeunes comme gonflants, est-ce gonflé?

L'estime des aînés envers les jeunes en entreprise, relayée par les médias, n'est guère reluisante en France. Ce n'est pas du genre à les calmer vu que leur niveau de formation les pousse à être plus exigeants ou à ne pas vouloir céder au chantage à l'emploi, quitte à rester plus longtemps exposé au chômage.

Dans le monde du travail, la tension sociale et le mépris qui va avec tendent à croître ces dernières années. L'exemple le plus récent est celui d'Air France, où la firme, qui affiche pourtant des bénéfices records en ce moment, se permet de préparer un plan de 2900 suppressions de postes. D'où une colère des syndicats, vite toisés par la direction de l'entreprise, les politiciens et les mass media, les considérant comme des irresponsables, des "voyous". Mais il y a un autre mépris social relayé abondamment par les mass media, c'est celui envers la jeunesse.

Marianne en mode gonflé

Il y a quelques jours, je voyais sur les réseaux sociaux la une du numéro 966 du journal Marianne, sur Dominique Strauss-Kahn, mais figurait sur le bas, un titre osé de l'hebdomadaire qui est ceci: "18-25 ans: Génération gonflée... et gonflante?" (cf lien n°1). Rien que par le titre, il y a de quoi se demander si c'est un(e) journaliste âgé(e) de plus de 25 ans qui l'a écrit et que le contenu va être chargé envers les jeunes, notamment les stagiaires. Et le moins que l'on puisse, c'est que l'accroche trouvée par l'auteure (c'est une journaliste qui l'a écrit), Élodie Emery, y va tambour battant:

  • "Une guéguerre générationnelle fait rage dans nos entreprises. Les trentenaires, arrivés sur le marché du travail en courbant l'échine, n'en peuvent plus de leurs benjamins, dont l'audace et le "je-m'en-foutisme" affiché en imposent autant qu'ils agacent. "Petits cons" pour les uns, libres-penseurs pour les autres... Chronique de ces petites batailles en open space."

Si vous croyez, chers jeunes lecteurs, que la suite va être plus mesurée, c'est que vous êtes encore à croire au Père Noël! Tout y passe pour ce qui est appelé la "génération Y" (née au tournant des années 90). Une absence de ponctualité sidérante, une attitude pleine d'insolence, une approche égalitariste qui énerve les tenants du respect de la hiérarchie, avouant ainsi leur fatalisme et leur conservatisme aliénant, etc. Bref, celles et ceux qui sont nés en 1990 et au-delà sont des jean-foutres. Ce genre de discours, appuyé par des témoignages de cadres exaspérés, a été relayé par le journal Madame Figaro, une filiale du quotidien Le Figaro, en juin dernier (cf lien n°2). Mais dans ce cas, ça répond sèchement. Sur Twitter, le hashtag #MaVieEnStage s'est vite répandu suite à la publication de l'article en question où l'auteure, Marion Galy-Ramounot, a vu des stagiaires ne pas lui faire de cadeau et lui inciter à vivre leur condition de vie avant d'écrire un pareil article.

Les jeunes, cette économie d'échelle

L'animosité ressentie chez les jeunes quand les aînés les regardent de haut avec un mépris sans vergogne, peut s'expliquer sur deux points:

  1. La politique de recrutement des entreprises est assez hypocrite. Pour réaliser des économies d'échelle, les directions veulent bien prendre des jeunes, mais seulement pour des stages ou pour de l'alternance. Comme ça, elles sont sûres qu'ils feront le boulot qu'un salarié à temps plein ferait habituellement, voire en mieux puisque les jeunes sont vus comme mieux éduqués, donc plus productifs. D'ailleurs, le projet gouvernemental de relever les gratifications de stage est tombé à l'eau en raison de la levée de bouclier des entreprises, déclarant une fois encore que ce serait augmenter le coût du travail, les charges, etc. Bref, c'est touche pas à mon stagiaire.
  2. En parallèle, les jeunes d'aujourd'hui sont plus éduqués qu'il y a plus de 10 ans. Selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), 18,05% des 15-24 ans avaient un niveau de diplôme équivalent ou supérieur au Bac en 2013, contre 15,75% en 2003. Cela ne semble être pas grand-chose, mais ça traduit bien le fait que les jeunes sont plus tournés vers les études. Par conséquent, quand celles-ci sont terminées, l'exigence professionnelle de cette partie de la population active est croissante et si l'entreprise se montre incapable de le fournir, alors la frustration monte d'un cran.

Un chantage permanent

Ce genre d'article très critique sur les jeunes de plus en plus diplômés, c'est la conséquence d'un chantage à l'emploi permanent envers eux, les obligeant à prendre n'importe quoi, même si cela ne correspond en rien à leurs qualifications. Et avec un taux de chômage des jeunes ACTIFS à plus de 24% dans cette partie de la population active, ces derniers savent qu'ils sont dans une position structurellement instable mais pas question de se faire marcher dessus, par dignité (et non par orgueil). Du coup, l'une des réactions utilisées par les jeunes est l'émigration vers l'étranger, en particulier les pays anglo-saxons, qui seraient a priori plus ouverts vers la diversité générationnelle qu'en France. Mais qui le fait, ce départ? Ce sont les jeunes qui ont le plus haut niveau de capital (financier, culturel, social). Sur ce domaine, comme pour la liberté, la lutte des classes ne traîne jamais bien loin, rappelant combien cette idée est loin d'être obsolète.

Puis les jeunes qui sont exposés au chômage et au chantage à l'emploi sont ceux qui sont souvent issus de la banlieue composée de français issus de l'immigration afro-descendante et maghrébine. Les "fils de", qui vivent dans les banlieues riches, sont relativement épargnés par cette menace et jouent les manipulateurs avec la menace de l'exil volontaire.

Diversité, où es-tu?

À la fin de la lecture de l'article de Marianne, je me suis dit que la jeunesse, notamment celle qui vit dans l'ex banlieue rouge, chantée par Renaud, a une relation complexe avec le monde du travail. Et 10 ans après les émeutes de 2005, la frustration sociale ne s'est pas atténué. Puis la responsabilité des médias est à évoquer vu qu'il y a un manque de diversité générationnelle, ethnique, sociale au sein des rédactions, comme je l'ai déjà explicité par ici. Et pourtant, les quartiers ne manquent pas de talents, y compris dans le journalisme. Faudrait lui donner pleinement sa chance et non pas le prendre uniquement quand il s'agit de stages.

Certains de mes amis bossant dans les médias me lisent, et je les en remercie, sont inquiets du ton que je peux mettre sur ce blog. Ce qui peut m'empêcher d'être embauché dans un journal selon eux. Et il est tentant d'avoir une ligne plus souple. Après, ça risque de porter plus d'incohérence dans le contenu, mais je peux me tromper sur ce point. En tout cas, chers lecteurs, sachez que je ferai tout ce qui est possible pour écrire dans une rédaction reconnue et m'y faire une place, mais ça dépend de deux choses:

  1. Continuer d'écrire sur ce blog, pour ma part. Continuer d'illustrer ma palette journalistique afin de convaincre de nouveaux lecteurs, en gardant toujours un scrupule dans le traitement de l'information, avec des sources sûres, même si je prends un angle critique sur tel ou tel sujet. Bref, rester rigoureux.
  2. Votre attirance vers ce blog, chers lecteurs. Vous avez un pouvoir d'affirmer la légitimité (ou non) d'un journaliste passionné par son métier et que si vous souhaitez qu'il progresse dans cette voie, soutenez-le sans regret. En vérité, vous avez davantage de pouvoir que moi, notamment à travers les réseaux sociaux qui servent souvent de reflet de la popularité d'une personne, d'un journal, d'un blog, etc. C'est une sacrée responsabilité qui vous incombe mais ça vous permet d'être exigeant envers moi.

Songez-y, car le rôle du lecteur est bien plus important que l'on ne pourrait imaginer.

P.S: La vidéo d'Usul sur les jeunes est très intéressante. Une analyse pertinente sur la place des jeunes dans la société aujourd'hui et pour certains d'entre eux, les aspirations à des alternatives.

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M
Je suis d'accord avec le fond de l'article mais étonnée par le fait que, quand je suis allée voir ces fameuses réactions en #MaVieEnStage à cet article sur Twitter, je n'en ai trouvé qu'une seule (https://twitter.com/search?vertical=default&q=%23MaVieEnStage&src=typd), toutes les autres étant antérieures à l'article. Le hashtag est-il le bon?
Deuxième réaction mais à l'article analysé ici: cette fameuse génération Y, c'est fou ce qu'elle change de définition selon les auteurs (et leur âge peut-être). A la base, elle comprenait les gens nés à partir de 1980, puis ça s'est réduit et maintenant, on en est à ceux nés à partir de 1990. "Génération Y", la nouvelle dénomination des "jeunes"...?
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