La jeunesse et l'enseignement en France

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AFP/ Jacques Demarthon

Photo: AFP/ Jacques Demarthon

La tendance actuelle sur la formation est de dire que les jeunes français d'aujourd'hui sont plus mauvais que par le passé. Notamment en langue française. Or, c'est loin d'être une évidence et c'est plutôt un écran de fumée inter-générationnel pour masquer un rapport social tendu entre les jeunes.

Il y a quelques semaines, j'avais écrit un billet de blog formulé comme une réponse à un article paru dans le journal Marianne sur les 18-25 ans. Ce billet critique insistait sur la perspective sociale à propos de cette catégorie d'âge à laquelle j'appartiens, chers lecteurs. Et la grande majorité des réponses se tournaient sur la question de l'enseignement, du niveau de qualification en particulier. Et ces lecteurs critiques remettaient en cause les données de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) que j'ai communiquées, indiquant que la part des 15-24 ans (une échelle élargie par conséquent) ayant le bac ou un diplôme du supérieur, a cru entre 2003 et 2013.

Le français en baisse

Ces commentateurs qui ont le mérite de me pousser à la réflexion sous un angle que j'avais partiellement traité, considèrent que ces données de l'Insee sont biaisées dans la mesure où dans plusieurs matières, des lacunes s'aggravent. Par exemple, le niveau des jeunes de la fameuse "génération Y" en français a tendance à être inférieur à celui de leurs aînés, une fois sur le marché du travail. De nombreuses études sociologiques appuient ce point de vue. Ça peut se comprendre, et j'ai été d'ailleurs pris en grippe pour mon "français approximatif" par certains. C'est leur droit et je tiens à faire attention à leurs remarques.

Néanmoins, j'estime que ces critiques oublient un détail qui compte quand on parle de l'éducation nationale. La tendance actuelle est que les jeunes profs enseignant des matières dites fondamentales (français, mathématiques, histoire, sciences) sont envoyés tels de la chair à canon dans les banlieues (surtout la banlieue composée majoritairement de français d'origine extra-européenne), tandis que les profs expérimentés sont posés dans les grandes villes, où la gentrification fait que ce sont des bourgeois (blancs pour la plupart) qui y vivent. Et comme démographiquement, la classe dominée est plus nombreuse, alors l'impression d'une baisse de niveau en français suit un nivellement vers le bas.

Langues mortes vs langues vivantes?

Un des points polémiques de la réforme du collège, présentée par la ministre de l'Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, est la question des langues, tant mortes (latin, grec ancien) que vivantes (anglais, espagnol, allemand, chinois, etc.). Ce qui a poussé des profs à faire grève, c'est que l'enseignement du latin serait supprimé selon eux, tandis que le gouvernement affirmait le contraire. Bon, on sait bien que faire du latin est lié principalement à un choix parental car cette langue correspond à un certain élitisme social dans le collège. Maintenant, reste à voir si une démocratisation du latin se fera, c'est tout.

Quand aux langues vivantes, il y a pas mal de choses à dire, et bizarrement, les critiques n'ont rien dit. Depuis l'élection de François Hollande, le gouvernement (Ayrault puis Valls) tient à renforcer les cours en langues étrangères, notamment en anglais, mais par touches successives. D'abord la fac avec un projet de loi voté en 2013, puis au niveau du collège avec la réforme actuelle. Ça semble être un bon pas mais il aurait mieux valu que ce renforcement de l'anglais se fasse dès la maternelle ou le primaire. Je me souviens que dans l'émission de radio "Carrément Brunet" sur RMC en juillet dernier, le présentateur (un journaliste de droite par ailleurs) en était partisan et pour une fois, je le rejoignais dans son raisonnement. D'autant plus qu'il y avait des témoignages de cadres dirigeants quinquagénaires, expliquant que quand ils avaient 25 ans, ils étaient rares à savoir parler anglais dans une entreprise alors qu'aujourd'hui, ceux qui ont 25 ans sont déjà habitués à la langue de Shakespeare et certains sont même parfaitement bilingues. Et pourtant, le niveau des français en anglais reste parmi les plus mauvais dans les pays développés. Donc, on part de très loin!

Cependant, l'anglais n'est pas la panacée! D'autres langues vivantes méritent de la considération dans l'enseignement en France et dans les entreprises, telles l'allemand, l'espagnol, le chinois, l'arabe, le russe, le swahili, le wolof, le zoulou, le portugais, l'italien, le néerlandais, etc. Par exemple, un français qui connaît la langue de Cervantès sera utile pour une entreprise ou une administration qui cherche à développer des échanges ou s'informer sur l'Espagne ou les pays d'Amérique latine. Mais ça ne mise pas sur ce genre de talents, tellement ça se contente de l'anglais.

Une histoire à modifier

Comme pour les langues vivantes, les commentateurs de mon billet n'ont pas émis de critiques par rapport au niveau de connaissances en histoire. Une matière ô combien manipulatoire quand elle est utilisée à mauvais escient. Et c'est le cas puisque les livres sur l'histoire de France glorifient des tueurs de masse (Louis XIV, Napoléon Bonaparte), de la classe dominante, mais par contre, ceux qui sont défenseurs de la classe dominée sont souvent présentés comme des monstres (Robespierre, la Commune de Paris). Bref, "l'histoire officielle consiste à croire des meurtriers sur parole" (Simone Weil).

Or, les français d'origine extra-européenne connaissent un autre son de cloche et les plus diplômés d'entre eux font remarquer ces légendes dorées sur la place publique. Mais ils ne sont guère entendus car les bien-pensants tiennent le haut du pavé et peuvent ainsi contrôler les esprits au sujet de l'histoire de France, et même réhabiliter des faits racistes, impérialistes, n'ayant servi qu'à une minorité de personnes, comme la colonisation, par la bouche de l'ancien député Philippe de Villiers.

Une économie pluraliste

Enfin, je tiens à évoquer l'enseignement de l'économie. Autant il y a des jeunes qui s'y intéressent et qui l'étudient, ce dont il faut s'en réjouir a priori, autant cette science dans l'enseignement supérieur est un bourrage de crâne de la part de la pensée "mainstream". En effet, l'orthodoxie économique (libéralisme, néolibéralisme) contrôle l'enseignement de cette discipline dans les universités, refusant toute tentative de mise en avant d'une pensée "hétérodoxe". Par conséquent, peut-on considérer que le niveau des diplômés français en économie est élevé, vu le cercle restreint des horizons de pensée? Il y a de quoi en douter. Je suis bien placé pour le savoir.

D'autant plus que j'ai retrouvé article du mensuel Alternatives économiques, datant de février 2010, sur la formation des étudiants en économie et leur appartenance politique en Europe (sauf France). L'auteur de l'article fait une critique littéraire d'un journaliste états-unien qui publiait un livre sur la question. Au début de leurs études, les étudiants en économie se disaient être à 43% au centre, 39% de gauche et 7% de droite (le restant étant sans opinion ou autre). Ces mêmes étudiants, après leurs études, affirment ne pas avoir changé d'opinion politique (87% des cas), mais pour ceux qui ont changé d'avis (13%), 72% d'entre eux ont basculé à droite. Vous me direz que c'est un cas continental, mais la France épouse cette tendance.

En conclusion, dire que les 15-24 ans d'aujourd'hui ont un pire niveau que leurs aînés quand ces derniers avaient le même âge, c'est au mieux simpliste, au pire mensonger. Avec les exemples que je viens de donner, le sujet est infiniment bien plus complexe, et c'est pour ça d'ailleurs que chaque gouvernement craint l'effet d'une réforme de l'enseignement.

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