Entre horreur extraordinaire et récupération ordinaire

Publié le par JoSeseSeko

Photo: REUTERS/Philippe Wojazer

Photo: REUTERS/Philippe Wojazer

De multiples fusillades, ainsi que des attaques kamikazes, eurent lieu dans Paris et Saint-Denis, dans la soirée du 13 novembre. Des centaines de morts et de blessés sont à déplorer. Dans un contexte électoral, le Front national en sort a priori grandi.

Les superstitieux ont été garnis, vendredi 13 novembre. Une série d'attaques kamikazes et de fusillades dans Paris ainsi qu'à Saint-Denis, durant le match de foot France-Allemagne, ont fait selon l'Express 127 morts et 192 blessés (cf lien n°1). Et ce bilan macabre pourrait bien s'alourdir! Le coin le plus meurtrier a été au Bataclan, dans le 11e arrondissement, avec plus de 70 morts. Parmi les assaillants, 8 y ont laissé leur peau. Tous (à une exception près) se seraient faits exploser, signe d'un terrorisme kamikaze comme il se voit ailleurs dans le monde, en particulier au Moyen-Orient.

Tout sauf un hasard

Les premières analyses faites sur la méthode opératoire montrent combien ces attaques étaient simultanées. L'objectif des tueurs était (peut-être) de disperser les forces de police, de manière à les rendre peu efficaces face à des terroristes lourdement armés (kalachnikov). Mais en tout cas, ce n'était pas un hasard de frapper sur différents endroits, surtout s'ils étaient bondés, comme au Stade de France à Saint-Denis, cible ratée. En tout cas, nous voici replongés, chers lecteurs, à un niveau d'angoisse supérieur à celui provoqué par l'attaque de la rédaction de Charlie Hebdo en janvier dernier.

Et ce n'est pas un hasard non plus que la France soit de nouveau frappée par ce genre de tueries de masse. Le contexte international est marqué par la guerre en Syrie, où la France fait partie des pays membres de la coalition internationale contre l'organisation terroriste Daech (ou État islamique), frappant des camps d'entrainement ou des raffineries, rappelant combien cette organisation est dépendante du pétrole mais tire vers le bas le prix du baril. Pourtant, l'hexagone n'est pas la seule à être frappée. Des attentats ont eu lieu au Liban, en Turquie, pays voisins de la Syrie et fortement impliqués dans ce conflit.

État d'urgence

Une des premières réactions du président François Hollande a été de déclarer l'État d'urgence. Une première depuis les émeutes de 2005. Ce qui signifie que les bâtiments scolaires et universitaires sont fermés, de même que les musées, les bibliothèques, ainsi que les mairies par exemple. Exception pour les services d'état civil et les mariages. Il est censé durer 12 jours mais une loi votée à l'Assemblée nationale pourrait le prolonger. Et dans ce cas, c'est une prolongation de restriction de libertés individuelles.

De même que le contrôle aux frontières est rétabli, en conformité avec les accords de Schengen. Ce qui était néanmoins prévu dans la mesure où la conférence internationale sur le climat (Cop21) aura lieu à la fin du mois de novembre au Bourget, avec des dizaines de chefs d'État et des dizaines de milliers d'intervenants ou spectateurs. Ironie du sort, cette attaque est tombée un jour de grève dans les hôpitaux et cliniques. Par conséquent, les médecins remettent à plus tard leurs remontrances sur la question du tiers-payant pour soigner des vies.

Le FN se frotte les mains

En tout cas, la conséquence politique la plus prévisible est un nouveau pic pour le Front national (FN). Le parti d'extrême-droite de la famille Le Pen a trouvé dans ces attaques un allié objectif pour remettre en avant son passéisme et sa xénophobie notoires, même si cette dernière est à géométrie variable (question de couleur de peau). Et à quelques semaines des élections régionales, où le FN serait en mesure de gagner deux à trois régions, ce pôle dynamique de la triade politique française (FN-LR-PS) se sent pousser des ailes, renforçant un scénario électoral déjà bien fataliste avant l'attaque du 13 novembre.

Une chose est sûre. Le FN mène aux points dans la bataille culturelle (qui ne vole pas haut). Et ses militants, ses cadres ou toutes autres personnes s'étant laissé coloniser leur esprit par ce parti jettent l'opprobre sur ceux qui représentent une gauche "angéliste", "immigrationniste", bref des traîtres à la France. La preuve:

 

Bref, des donneurs de leçons du côté de l'extrême-droite alors que sûrement, ils descendent de véritables traîtres, à savoir les contre-révolutionnaires à partir de 1792. "Celui qui ne connaît pas l'histoire est condamné à la revivre." (Karl Marx)

Retour du boomerang impérialiste

Le FN et ses sbires se contentent de la surface tellement leur myopie intellectuelle les rend aliénés. Si on regarde dans ce qui est immergé, alors force est de constater combien l'impérialisme ou le néocolonialisme est un serpent qui se mord la queue ou un boomerang revenu sans crier gare. Et il tue n'importe où, qu'on se le mette bien dans le crâne! Cette nuit, on a de nouveau bassiné combien l'Occident est victime d'une guerre de civilisation et qu'il devrait se montrer intraitable face à la barbarie. Problème, c'est que ce même Occident est soit disant porteur de valeurs universalistes alors qu'elles n'émanent de ceux qui le dirigent politiquement, cuturellement et surtout économiquement. "Les idées d'une époque ne sont jamais que les idées de la classe dominante" écrivait Marx. Beaucoup de prolos ou d'intellectuels l'ont oublié et en paieront le prix fort. Et pourtant, c'est cette classe dominante occidentale, notamment aux États-Unis, qui a poussé à des guerres au Moyen-Orient ou en Afrique (Irak, Libye, Syrie, Mali, Centrafrique, etc.), alimentant ainsi un terrorisme à l'échelle mondiale qui sert ses intérêts. La conséquence de tout ça, c'est un exil forcé de civils qui aspiraient à vivre en paix dans leur terre natale, un exil parfois mortel dans sa traversée, témoignant l'hypocrisie occidentale qui fait importer envers sa classe dominée des problèmes créés ailleurs.

En vérité, ces attaques se perpétueront tant que terroristes, suivant de manière éloignée une religion, et bourgeois y trouveront leur compte. Ce qui m'oblige à vous rappeler, chers lecteurs, combien l'opium du peuple traditionnel est un allié puissant pour le Capital. Et quand à celles et ceux qui crient: "Unité!" je les comprends volontiers et je suis sensible à leurs propos mais un cadre pareil, c'est de l'illusion, de l'aveuglement forcé. La marche du 11 janvier dernier en est un amer exemple!

Enfin l'effort de la Marche de la dignité du 31 octobre dernier s'en retrouve réduit. En effet, comme des témoins ont entendu des cris en arabe qui proviendraient des tueurs, l'islamophobie et la négrophobie vont repartir de plus belle de la part du communautarisme blanc et bourgeois. De même que ces attaques vont accélérer l'américanisation de la France, qui était déjà à un stade très avancé depuis les présidences de Sarkozy et Hollande, et ainsi renforcer le risque d'attentats à grande échelle. Bref, un cercle vicieux auto-entretenu qui ne fera que ségréguer les citoyens en fonction de leur pigment. Comme le déclare un ami sur un réseau social:

  • "Ce que nous vivons est une des conséquences de l'incapacité du capitalisme occidental, à créer une société inclusive pour tous, quelque soit notre identité. La guerre civile, c'est le capitalisme qui se désagrège dans sa déflagration. Beaucoup de sang continuera malheureusement à couler ce soir et d'autres jours. Ici ou ailleurs. On vit en système fermé, en vases communicants. Les problèmes des uns seront demain les nôtres. L'individualisme et l'impérialisme ne peuvent être les solutions pour bâtir la société inclusive et non raciale de demain."

"Qui sème le vent récolte la tempête!" dit le proverbe. Et encore, cette tempête, destinée aux USA, ce sont ses alliés européens qui la prennent en pleine poire (cf Madrid 2004 et Londres 2005)!

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article