Un scénario huilé (et fataliste) pour les régionales?

Publié le par JoSeseSeko

Un scénario huilé (et fataliste) pour les régionales?

Les sondages publiés pour élections régionales semblent confirmer la déliquescence relative du Parti socialiste face à l'opposition de droite, avec qui il forme une triade qui monopolise l'attention. Du côté de la gauche radicale, l'illisibilité est de rigueur.

On peut considérer que la campagne des régionales est officiellement lancée. En effet, les dépôts des listes électorales devaient être faits jusqu'au lundi 9 novembre au plus tard. Mais attendre le dernier moment pour se lancer, c'est vouloir se mettre une balle dans le pied vu que l'échéance approche à grand pas - 1er tour le 6 décembre -. Maintenant, il est temps de regarder les forces en présence, qui devront acter la réforme territoriale avec 13 régions au lieu de 22 jusqu'à présent.

Droite et extrême-droite en marche

Si on se réfère aux multiples sondages publiés ces dernières semaines, l'ex-UMP, appelée les Républicains (LR), serait la grande gagnante. Le parti de l'ancien président de la République Nicolas Sarkozy pourrait bien empocher 7 régions sur 13 le 13 décembre prochain, confirmant ainsi la tradition des "élections intermédiaires" qui ne favorisent pas le(s) parti(s) au pouvoir sous la Ve République. Parmi les conquêtes du principal parti d'opposition figure l'Île-de-France. La députée et ancienne ministre Valérie Pécresse est favorite face au président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone. Et si cela se réalise, cette cumularde (ce qui n'en manque pas dans la classe politique française) entend bien appliquer une dose d'austérité et de conservatisme dans la région de la capitale française. Une de ses propositions étonnantes est de mettre en place un service de dépistage "obligatoire" de la drogue dans les lycées franciliens. Un peu farfelu et surtout contradictoire car cela supposerait des embauches de vigiles ou de fonctionnaires. De même que, comme l'indique une juriste interviewée par le journal Le Parisien, le droit ne penche pas en la faveur de Pécresse sur cette question spécifique.

L'extrême-droite n'est pas non plus en reste en matière de dynamique électorale. Le Front national (FN) de l'eurodéputée Marine Le Pen serait en mesure de gagner deux voire trois régions, que sont le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, la Provence-Alpes-Côte d'Azur et la région du Grand Est qui regroupe l'Alsace, la Lorraine et la Champagne-Ardenne. Deux de ces trois régions citées ont pour tête de liste FN une Le Pen (Marine dans le Nord; Marion, députée et nièce de la précédente en PACA), signe que la marque Le Pen marche à plein régime. Et dans l'Est, l'énarque du FN, Florian Philippot, joue dans la cour des grands, montrant à quel point ce parti passéiste est ouvert aux bien-pensants qui cherchent comme toujours à aliéner les esprits de la classe prolétarienne.

Un PS à la rue

Du coup, des cris d'orfraie sont lancés par le Parti socialiste (PS) et le gouvernement. "Ce serait un drame que le FN gagne une, deux ou trois régions" dixit le Premier ministre Manuel Valls. L'arme du "vote utile" est de nouveau sortie par les socialistes, qui gouvernent jusqu'à présent la majorité des régions et qui ne pourraient en garder que trois ou quatre. Mais pis, ils ne pourraient même pas être le challenger de LR dans plusieurs régions, dont celles où le FN serait en mesure de gagner.

Alors, pour se dédouaner de toute responsabilité d'un futur échec de leur part, le PS accuse le reste des partis de gauche de ne pas vouloir l'unité de cette partie de l'échiquier politique et de faciliter l'opposition conservatrice et le FN au niveau électoral. Argument classique mais tellement usé qu'il en devient insignifiant! En effet, si ces partis montent en puissance, c'est que le PS a abandonné toute référence à son ADN (socialisme) pour en adopter un autre (social-libéralisme) de manière sournoise, déroutant ainsi ses électeurs habituels. Puis ce changement ne convainc pas les électeurs de l'autre bord qui "préfèrent l'original à la copie", malgré les talents présents dans cette copie (Valls, Emmanuel Macron). En outre, les socialistes tentent de séduire encore et toujours les banlieues (cf lien n°2). Or, depuis les émeutes de 2005 et surtout l'élection de François Hollande en 2012, celles-ci se montrent réticentes envers le PS, estimant être abandonnées par ce dernier alors qu'elles ont contribué à le porter au pouvoir national pour la première fois depuis la cohabitation Jospin-Chirac de 1997.

Ordre dispersé au Front de gauche

Quant aux partis à gauche du PS, c'est la cacophonie. En particulier du côté du Front de gauche (FG). Comme le développe l'hebdomadaire Politis, avec un dossier spécial régionales dans son numéro 1375, c'est un "Front de gauche à géométrie variable" (cf lien n°3). Bien que la plupart des régions voit une liste de la coalition de gauche radicale, et même dans deux d'entre elles (Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées; PACA) une alliance avec Europe écologie-les Verts (EELV), le FG part dispersé dans d'autres régions. Notamment dans le Nord, ce qui pose problème face à un FN qui monte en puissance; et en Rhône-Alpes-Auvergne, où les communistes Sophie Cukierman et André Chassaigne, respectivement sénatrice et député (président du groupe parlementaire comprenant le FG à l'Assemblée nationale dans le cas de Chassaigne) n'entendent pas respecter la charte éthique de la coalition, interdisant le cumul des mandats.

Pourtant, en Rhône-Alpes-Auvergne comme en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées (LRMP), un regroupement de partis s'est organisé, prolongeant l'expérience de l'alliance EELV-Parti de gauche (PG) à Grenoble depuis 2014. Mieux, en LRMP, une liste citoyenne baptisée "Nouveau monde", conduite par l'écologiste Gérard Onesta, rassemble EELV, le FG, un parti issu d'une scission de l'aile gauche du PS (Nouvelle gauche socialiste), le parti régionaliste Partit Occitan, et des associations citoyennes. Reste à voir si elle sera en mesure de devancer la liste PS de Carole Delga et si c'est le cas, ce sera un signal fort pour l'avenir de la gauche radicale française, qui a du mal à être dynamique, malgré l'évolution du PS.

Enfin, EELV a largement opté pour une liste autonome. Notamment en Île-de-France, avec pour tête de liste Emmanuelle Cosse, la secrétaire nationale du parti. Mais avec les départs de membres de l'aile droite du parti (François de Rugy, Vincent Placé), des accords ont été trouvés pour mener une liste commune avec tout ou une partie du FG dans 4 régions. Signe que l'unité tend à se construire à la gauche du PS, mais c'est loin d'être une évidence pour les électeurs, ce qui se comprend aisément.

Toujours les mêmes?

Ce qui est assez déroutant dans ces élections régionales, c'est leur "nationalisation". C'est-à-dire, que des figures politiques nationales suivent de près l'échéance électorale, soit y vont en première ligne en tant que tête de liste. Les exemples de Bartolone, de Pécresse, des Le Pen, de Philippot, du sénateur communiste Pierre Laurent, de Chassaigne, du député et ancien ministre Xavier Bertrand ou encore du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian sont légion. Ce qui symbolise combien le cumul des mandats est une triste tradition française et que le renouvellement des générations politiques n'en est que de plus en plus retardé. Donc, la diversité sociale, pigmentaire dans les partis politiques, quels qu'ils soient, est remise à plus tard (cf lien n°4), ce qui a le don de ne pas inciter les électeurs à vouloir voter.

Autre élément, c'est que ces figures nationales sont du coup davantage médiatisées que de véritables élus locaux ayant pourtant l'avantage d'une plus grande proximité avec les citoyens. Et cela joue sur les intentions de vote. Comme le signale le journal Marianne (cf lien n°5), les candidats les plus "bruyants" sont davantage capables d'attirer des électeurs, même s'ils sont évoqués en mal. L'exemple du Nord est très éclairant. Marine Le Pen est largement au-dessus de Bertrand en matière visibilité médiatique et cela se fait sentir dans les sondages avec un FN à environ 40% dans cette région, loin devant LR et le PS, dont la tête de liste est l'élu local Pierre de Saintignon.

Bref, ça sent le scénario écrit à l'avance, comme durant les départementales de mars dernier, confirmant le fait que le vote tel quel est devenu un "cens caché", une illusion de démocratie.

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Même situation en PACA qu'en midi-pyrénées-languedoc-roussillon : alliance FDG EELV avec NGS mais sans parti occitan qui est parti avec le PS
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