Marceau ou la jeunesse révolutionnaire flamboyante

Publié le par JoSeseSeko

Marceau ou la jeunesse révolutionnaire flamboyante

Fin septembre 1796, le général François Marceau mourut en organisant la retraite de l'armée française chargée de siéger la ville de Mayence, à l'âge de 27 ans. Un symbole de la jeunesse française pouvant impressionner les étrangers durant la Révolution française.

Le 21 septembre 1796 (le Jour des récompenses et dernier jour de l'an IV de la République), le général François Séverin Marceau mourut suite à ses blessures durant la bataille d'Altenkirchen (Allemagne), deux jours plus tôt. Les médecins de l'armée autrichienne n'ayant pu sauver à temps la vie du général de 27 ans. Cette mort symbolise les difficultés de l'armée française à gagner en Allemagne pendant qu'en Italie, le général Napoléon Bonaparte enchaînait les victoires alors qu'il s'agissait d'un front mineur initialement pour le Directoire.

De l'officier au général en Vendée

La trajectoire de François Séverin Marceau-Desgraviers est assez similaire à celles de plusieurs personnages militaires de l'époque révolutionnaire. Né en 1769 (même année que Buonaparte, pardon, Bonaparte) à Chartres, fils de procureur, il était parti pour le barreau mais préféra les armes, s'engageant dans l'infanterie à l'âge de 16 ans. L'avancement dans le grade promettait d'être compliqué mais la Révolution tomba à point nommé pour Marceau, rejoignant la garde nationale de Chartres en juillet 1789, puis un bataillon de l'armée régulière en 1792. Au moment du début de la guerre de la France révolutionnaire contre l'Autriche (puis l'ensemble des monarchies européennes), il observa la désertion du général La Fayette, alors chef de l'armée du Nord. Alors lieutenant-colonel, Marceau se distingua par son patriotisme, convainquant d'autres officiers de rester au sein de l'armée par les mots suivants, selon certains historiens: "La patrie avant nos généraux : notre place est à la frontière, vous tournez le dos à l’ennemi !"

Malgré ce genre de propos, Marceau n'était pas à l'abri de toute arrestation (ou plus). Envoyé à l'armée de l'Ouest en 1793, faisant face à la Vendée en rébellion contre la République, il fut mis en arrestation par le député Pierre Bourbotte, envoyé en mission sur cette région. Libéré, il sauva la vie de ce conventionnel lors de la bataille de Saumur en juin 1793 et ce dernier se montrera reconnaissant envers cet officier pour qu'il gravisse vite les échelons et devienne général. La Convention nomma Marceau général de brigade le 16 octobre 1793, à l'âge de 24 ans. Juste à temps pour une armée républicaine renforcée par les soldats de la garnison de Mayence, commandés par Jean-Baptiste Kléber, pour contre-attaquer en Vendée et le lendemain, Marceau eut un rôle important en commandant le centre de l'armée dans la bataille de Cholet, un tournant dans la guerre de Vendée en faveur de la République. Envoyé à la poursuite des Vendéens qui purent traverser la Loire, il les vainquit à la bataille du Mans (12 décembre 1793) tout en épargnant des femmes vendéennes comme Angélique des Mesliers. Un geste d'humanité guère apprécié par certains révolutionnaires mais Bourbotte intervint, évitant à Marceau une arrestation, voire la guillotine. Toujours est-il qu'il continua de combattre en Vendée, participant à la bataille de Savenay, réduisant la menace que faisait peser ce mouvement contre-révolutionnaire sur la République, engluée dans une coalition contre elle.

Une vie au combat

La transformation de la guerre de Vendée en guérilla, où des "Blancs" comme François Athanas Charette continuaient de mener la vie dure aux "Bleus", Marceau retourna au Nord, en tant que général de brigade, au cours de l'année 1794. Il commanda l'aile droite de l'armée de Sambre-et-Meuse, sous les ordres de Jean-Baptiste Jourdan, lors de la bataille de Fleurus, le 26 juin 1794. Il contint l'armée autrichienne face à lui, bien qu'il eut deux chevaux tués sous lui lors de cette bataille devenue victorieuse grâce à la détermination de son frère d'armes Kléber, qui commandait l'aile gauche de l'armée.

Mais cette vie faite pour le combat ne pouvait que finir au champ d'honneur. En 1796, lorsque le Directoire opéra un plan forçant l'Autriche à quitter la 1ère coalition, comme le firent la Prusse et l'Espagne un an auparavant, en attaquant en Italie et en Allemagne. Et cette offensive devait également permettre une rentrée financière considérable pour un régime menacé par la banqueroute et dont l'assignat, le papier-monnaie utilisé depuis 1791, ne vaut presque plus rien. Sur le front italien, c'est Bonaparte qui mena les opérations, avec le succès qui est connu de tous. Sur le front allemand, bien plus important en terme de forces mobilisées, ce fut plus complexe. D'une part, Jourdan et Jean-Victor Moreau attaquaient le sud de l'Allemagne pour foncer vers Vienne et d'autre part, la ville de Mayence était à reprendre; ce dont Marceau s'en chargea. Mais face aux défaites de Jourdan face à l'archiduc Charles durant l'été 1796, le siège de Mayence dut être levé pour permettre une retraite en bon ordre de l'armée française sur la rive gauche du Rhin. Marceau dut combattre les Autrichiens de l'archiduc près d'Altenkirchen le 19 septembre 1796 dans une position délicate. Il réussit à stopper les troupes ennemies mais un tir autrichien le blesse mortellement, dans la forêt d'Höstenbach.

Tout ça pour dire que la Révolution française, notamment dans sa phase militaire, a mis en avant une jeunesse qui sut tirer avantage de la situation pour se distinguer et rivaliser avec ses aînés. Et il serait dommage que 220 ans après sa mort, le nom du général Marceau devienne oublié de la mémoire collective.

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