La parole mais surtout les actes

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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Avec les révélations sur les abus sexuels du producteur états-unien Harvey Weinstein ou l'indignation sur la couverture des Inrockuptibles pour Bertrand Cantat, des femmes ont témoigné de leur calvaire ou de leur colère sur les réseaux sociaux, signe que le patriarcat ferait bien de disparaitre.

L'effet des révélations de harcèlement de la part de Harvey Weinstein, l'un des producteurs les plus influents d'Hollywood est global, mais surtout salvateur. Depuis quelques jours, les réseaux sociaux affluent de messages de femmes témoignant de harcèlements dans la rue ou au travail, libérant ainsi une parole longtemps tue car socialement peu estimée dans l'ensemble de la société. Notamment dans les pays développés, où le patriarcat reste une structure sociale importante, même si elle est affaiblie ces derniers temps, en lien avec l'attention prise sur les revendications portées par les courants féministes tout au long du 20e siècle, puis au début de ce 21e siècle.

#BalanceTonPorc

Ces témoignages se regroupent notamment sur le hashtag "balance ton porc" depuis samedi, affluant de différents horizons sociaux, spatiaux, etc. Mais, bien sûr, certains esprits mâles bien-pensants le supportent mal et tentent de discréditer, de minorer ces histoires racontées, comme si les femmes qui exposent leur histoire faisaient du tort à l'ensemble des femmes. Ce qui oblige à remobiliser cette fameuse citation de Simone de Beauvoir, une des grandes voix féministes du 20e siècle: "On ne nait pas femme. On le devient". Petit florilège de petites phrases masculines qui ont de quoi faire honte à nombre d'hommes censés, mais aussi de témoignages glaçants.

Après, pour certaines féministes, le hashtag utilisé pose problème car ça n'ose pas dire que c'est un homme qui est un agresseur, un tueur, et l'utilisation d'une métaphore animale est pour le moins "malheureuse", même si ça salue l'effort de libération de la parole. En outre, cette affaire de Weinster trouve un écho en France où l'indignation a été importante suite à la une des Inrocks consacrée au chanteur Bertrand Cantat, tueur de l'actrice Marie Trintignant en 2003, rappelant que plus d'une dizaine de femmes meurent par mois en France, en moyenne, des coups portés par leur (ex)conjoint.

Ouvrir la voix à l'émancipation

Cette parole libérée par les affaires judiciaires et l'exposition médiatique qui s'en suit est une chose salutaire, bienvenue pour les femmes, mais aussi pour les hommes - comme le blogueur que je suis -, qui doivent être attentifs, à l'écoute et en mesure de s'engager auprès des féminismes qui luttent. Je mets un pluriel à féminismes car contrairement à ce qui est véhiculé dans les mass media, le mouvement féministe est divers dans ses approches. Par exemple, le film Ouvrir la voix d'Amandine Gay, que j'invite expressément à aller voir, chers lecteurs et chères lectrices, prend l'angle de l'afro-féminisme, où les femmes qui s'y reconnaissent défendent un féminisme lié à leurs racines africaines sous différentes formes (chevelure, culture, etc.). Une manière d'indiquer que le modèle du féminisme occidental n'est pas uniforme et qu'il y a différents chemins pour atteindre l'émancipation. Et cette émancipation est bénéfique pour tou.te.s! Comme l'écrivaient Karl Marx et Friedrich Engels dans la Sainte Famille, citant Charles Fourier: "Le degré d'émancipation féminine est la mesure naturelle du degré d'émancipation générale".

Éducation, égalité

Pour parvenir à cette émancipation générale, plusieurs pistes sont à étudier. D'abord, l'éducation. Suite à ces révélations, de nombreux messages de parents étaient porteurs d'inquiétudes pour leur fille. L'intention est bonne mais elle met de côté l'éducation des garçons. Or, cet élément-là est essentiel car on peut difficilement imaginer un garçon à qui il serait inculqué le respect envers la gent féminine serait tout d'un coup un agresseur, voire un féminicide. Dans la foulée, la question de l'égalité hommes-femmes dans le monde du travail est à marteler, tant les inégalités salariales à poste égal sont encore manifestes, en France comme ailleurs. Enfin, une réforme des peines pour féminicide pourrait être revue de manière plus sévère qu'elle ne l'est actuellement, tout en reliant à l'éducation dans le cadre d'une réinsertion des condamnés pour violences faites aux femmes ou féminicide.

Est-ce que le pouvoir actuel va dans ce sens? Dans son entretien télévisuel, dimanche 15 octobre, le président Emmanuel Macron évoque la création d'une "police de sécurité du quotidien" en attendant l'élaboration d'un projet de loi de la part de Marlène Schiappa, secrétaire d'État à l'Égalité entre les femmes et les hommes. De quoi se dire "c'est un peu court". La vigilance est de rigueur.

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