Le suicide social-démocrate en Allemagne

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Achim Barczok

Photo: Achim Barczok

La direction du Parti social-démocrate, autour de Martin Schulz, s'est mise d'accord avec l'Union chrétienne-démocrate d'Angela Merkel pour former une fois encore une coalition gouvernementale, avec la chancelière restant en place, même si certains militants et cadres sociaux-démocrates critiquent cette décision. Le congrès du parti, dimanche 21 janvier, entérinera (ou pas) la voie suicidaire de la social-démocratie allemande (et européenne).

Jamais deux sans trois! Ce proverbe pourrait se vérifier en Allemagne car la leader de l'Union chrétienne-démocrate (CDU), Angela Merkel, chancelière depuis 2005, pourrait se retrouver pour la troisième fois à la tête d'un gouvernement de "grande coalition" en quatre mandats de chancelière. En effet, vendredi 12 janvier, un accord a été trouvé avec la direction du Parti social-démocrate (SPD), dirigé par Martin Schulz (cf lien n°1), afin de sortir de l'impasse dans laquelle se trouve Merkel depuis les élections fédérales du 24 septembre dernier, où la CDU et la CSU, son aile bavaroise, ont obtenu 33% des voix et 246 sièges - leur plus mauvais score depuis l'après-guerre! -, ainsi qu'une impossibilité de former une coalition "jamaïcaine" avec le Parti libéral et les Verts.

Grincement de dents

Néanmoins, si cet accord a été trouvé auprès du SPD, il n'en reste pas moins que dans ce parti, le plus ancien parti politique allemand, des grincements de dents se font sentir. Par exemple, le maire social-démocrate de Berlin, Michael Müller, a fait savoir son positionnement "très critique" à l'égard de cet accord et que refaire une grande coalition dans le même schéma que les précédentes, avec la prédominance de la CDU de Merkel, n'est pas une réponse "appropriée" aux interrogations des citoyens allemands (cf lien n°2). En outre, il est bon de rappeler que durant la campagne électorale, Schulz n'avait pas défendu l'idée d'une nouvelle coalition avec la CDU.

Toujours est-il que dimanche 21 janvier, un congrès de délégués du SPD se tiendra, entérinant ou non cet accord envers la CDU. Si c'est accepté, à ce moment-là, des négociations approfondies sur la politique de la coalition pourraient être menées. Dans le cas contraire, il faudrait anticiper de nouvelles élections fédérales.

Une pasokisation accrue

Quel que soit le choix des délégués du parti, sachant que la base militante est pour le moins réticente à l'idée d'une nouvelle grande coalition, il confirme le déclin progressif du SPD dans la vie politique allemande. Depuis 2005 et le choix d'accepter une grande coalition avec la droite, au lieu de jouer l'union de la gauche avec les Grünen et Die Linke, le SPD a payé très cher ensuite. En 2009, il passa de 34,2% à 23% des voix, son plus mauvais score depuis l'après-guerre. Après une légère remontée en 2013, le parti plongea de nouveau quatre ans plus tard, avec seulement 20,5% des voix, après s'être de nouveau englué dans une grande coalition avec Merkel aux commandes. De quoi forcément irriter nombre de militants et de cadres vu l'accord passé vendredi, qui peut correspondre à un suicide politique.

Mais cette trajectoire déclinante pour ce parti de centre-gauche porte un nom: la pasokisation. Elle est en référence au Mouvement socialiste panhellénique, appelé communément le Pasok, qui était le parti dominant de la gauche grecque des années 1970 à 2009, date où il demeura au pouvoir avec Giórgos Papandréou comme Premier ministre grec. Mais la crise mondiale a frappé durement la Grèce, qui fut obligée de mener une politique d'austérité, dont elle est toujours condamnée à pratiquer, à l'heure actuelle. Et comme ce fut le Pasok qui l'a initiée, il en fut sanctionné politiquement en ayant pu à peine avoir des députés en 2015, dépassé sur sa gauche par Syriza. En Allemagne, la chute du SPD ne profite pas tellement aux Verts ou à Die Linke, mais, c'est là le problème, à l'extrême-droite car le parti Alternative pour l'Allemagne (AfD) est entré au Bundestag suite aux élections de septembre dernier, en tant que troisième force politique outre-Rhin. Une première depuis 1945!

Mais tout cela est en conséquence d'une social-démocratie qui a épousé le social-libéralisme, i.e en intégrant le capitalisme, rognant de plus en plus le rôle de l'État dans l'économie, rendant ainsi service au secteur privé et à la classe dominante, fermant les yeux sur une lutte des classes qui perdure malgré tout. Et c'est commun à nombre de parti sociaux-démocrates, devenus sociaux-libéraux dans la pratique, en Europe. Et à l'heure où le Parti socialiste français se cherche, après s'être pris une branlée monumentale en 2017, son jumeau allemand pourrait bien continuer de s'enfoncer dans l'abime, sauf miracle.

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