La France insoumise entre plusieurs eaux

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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Dans la préparation aux élections européennes de l'an prochain, le mouvement qui a soutenu la candidature de Jean-Luc Mélenchon lors de la présidentielle de 2017 semble naviguer à vue, quitte à développer des contradictions en matière d'alliances politiques et de positions sur l'Union européenne. De quoi refroidir des ardeurs pourtant bien développées l'an dernier.

À l'heure où les "Amfis" de la France Insoumise (FI) se terminent, à Marseille, ce dimanche 26 août, les esprits se tournent vers les élections européennes prévues en mai 2019. Et Jean-Luc Mélenchon a tenu à donner le la. Samedi 25 août, le député des Bouches-du-Rhône et ancien candidat à l'élection présidentielle (2012, 2017) a lancé un discours très offensif envers le président de la république, Emmanuel Macron, à travers les principaux projets du pouvoir exécutif prévus pour les prochaines semaines que sont la réforme constitutionnelle, notamment par rapport à la réduction du nombre de députés et la dose de proportionnelle qui serait adoptée, puis la réforme des retraites - une de plus pour un pays soi-disant irréformable, selon les tenants de l'orthodoxie économique! -. Bref, un appel à la mobilisation des esprits, que ce soit dans la rue ou dans les urnes. Mais attention, Mélenchon ne tient pas à ce que soit seulement un "référendum contre Macron" aux européennes car il explique auprès des militants insoumis venus l'écouter que ces réformes sont dictées par la Commission européenne et que ces élections doivent, selon lui, servir de référendum contre "l'Union européenne actuelle", avec une liste qui est alliée avec celles de Podemos en Espagne, du Bloc de gauche au Portugal, du Parti socialiste aux Pays-Bas, du Parti de gauche en Suède, etc. se défendant ainsi d'être anti-européen, comme ses adversaires politiques l'en accusent désormais.

Rassemblement ou phagocytage?

Du coup, quelle stratégie faudrait-il appliquer pour faire adhérer des citoyens à la ligne de la FI? Le populisme dit de gauche ou le rassemblement de la gauche? Dans le premier cas, ça suppose qu'il y a uniformité dans les 99% de la population face au 1%, avec un certain rejet de la sémantique de la lutte des classes (bourgeoisie, prolétariat, exploiteurs, exploités, patrons, ouvriers, etc.) pour faire adopter un clivage peuple contre élite. Une posture théorisée par les intellectuels Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, dont Mélenchon y puise une source d'inspiration récente, l'incluant dans sa pensée jacobine. Or, rassembler dans les 99% des personnes socialement différentes, voire même diamétralement opposées, n'est pas chose aisée. D'ailleurs, Podemos, qui se revendique du populisme dit de gauche inspirant Mélenchon, et par la voix de son numéro 2, Íñigo Errejón, considère que la victoire est là quand ça "cesse d'être le candidat de la gauche pour devenir celui de la dignité et de la souveraineté nationale" (cf lien n°1), connaît certaines limites car Podemos n'est pas le principal parti politique espagnol, ni même le principal parti de gauche car le Parti socialiste ouvrier espagnol, malgré sa droitisation, comme tant d'autres partis socialistes ou sociaux-démocrates européens, résiste à cette présence à sa gauche.

L'autre stratégie serait le rassemblement de la gauche. Finalement, l'ancien socialiste Mélenchon pourrait faire en sorte que des anciens camarades de l'aile gauche du Parti socialiste, à l'instar d'Emmanuel Maurel, pourraient donner une convergence politique et se concrétiser à travers leur présence dans la liste de la FI pour les européennes (cf lien n°2). Un rapprochement pour le moins contradictoire tant Mélenchon, qui a quitté le PS avec fracas en 2008, reprochant la droitisation du parti par François Hollande, et ne trouvant pas d'accord avec Benoît Hamon, alors candidat du PS pour la présidentielle de 2017, avait marqué une opposition de gauche farouche, et que du temps où il faisait partie, avec son Parti de gauche (PG) du Front de gauche, coalition de gauche radicale avec le Parti communiste (PC) et Ensemble! entre autres, il reprochait aux communistes leurs alliances avec le PS au niveau local. D'ailleurs, le PC aura sa propre liste pour les européennes, voulant ainsi concurrencer la FI. Car cette stratégie de rassemblement peut être vue par certaines personnes comme du phagocytage de la gauche, pour renforcer l'hégémonie prise par les Insoumis et Mélenchon en 2017 à gauche, ce qui n'est pas sans rappeler la stratégie d'union de la gauche opérée par le PS de François Mitterrand - dont Mélenchon lui voue de l'admiration, du respect - dans les années 1970, avec pour but à terme de phagocyter un PC alors hégémonique à gauche. Ce qui a été le cas.

Démocratie interne demandée

Il n'empêche, cette idée de rapprochement avec des socialistes, tout en étant en froid avec des communistes qui ont quand même soutenu la FI et son candidat en 2017, a de quoi irriter plusieurs militants insoumis. D'ailleurs, certains d'entre eux pointent un manque de démocratie interne sur ce genre de décision aux conséquences politiques non négligeables (cf lien n°3). La première est que des places devraient leur être réservées dans la liste insoumise, et si possible, des places potentiellement éligibles, au détriment de candidats insoumis depuis le début. Et ce, d'autant que les premiers noms de la liste insoumise sont ceux de proches de Mélenchon, issus du PG. La seconde, c'est la ligne politique à défendre. Est-ce que la dialectique "plan A/plan B" serait effective? Or, durant la présidentielle, cet axe politique de la FI n'a pas été du goût d'autres forces politiques de gauche, notamment au PS. Et il se pourrait bien que ce plan B, qui serait un référendum sur une sortie de l'euro et de l'UE, en cas d'échec sur la modification des traités européens actuels (plan A), ne soit qu'une "posture électoraliste" selon Liêm Hoang Ngoc. L'économiste était d'ailleurs un des principaux rédacteurs du programme économique de la FI et dans une tribune (cf lien n°4), il indique que ce programme était préparé "dans le cadre de l'euro" et qu'aucune "évaluation d'une sortie de l'euro n'était commandée par le candidat". De quoi surprendre et certains insoumis estiment que Hoang Ngoc se montre aigri, du fait qu'initialement, son positionnement sur la liste insoumise ne lui permettait guère d'être éligible au Parlement européen alors qu'il en connait les rouages, pour avoir été eurodéputé de 2009 à 2014 au sein du PS, avant de quitter également le parti en 2015.

Vu ce point de vue de Hoang Ngoc, on pourrait dire que Mélenchon, qui vociférait encore envers Alexis Tsípras dans son discours samedi 25 août, suivrait la même ligne et provoquerait les mêmes illusions envers la classe dominée si jamais il serait au pouvoir. Soyons vigilants!

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