11 novembre 1918 ou un armistice stoppant une guerre impérialiste, capitaliste

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/adrien lefevre

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La signature de l'armistice à Rethondes, le 11 novembre 1918, mit fin à une guerre qui durait depuis août 1914. Une guerre mondiale vu le champ d'action, non cantonné au continent européen, à l'appel de soldats ou de travailleurs du monde entier, faisant des millions de morts et blessés, détruisant des paysages, remodelant les structures politiques et économiques sans aucune garantie de solidité vu que l'armistice peut être vu comme la dernière erreur de cette guerre.

Le son des canons, des fusils, des mitrailleuses, se tût enfin. Il y a 100 ans, tout juste, à Rethondes, près de Compiègne (Oise), l'Allemagne signa avec les Alliés (France, Royaume-Uni, États-Unis), l'armistice, organisant ainsi un cessez-le-feu sur l'ensemble du front, marquant la fin de la première guerre mondiale. Il faut dire que l'Allemagne accepta facilement de signer cet armistice car deux jours auparavant, l'empire allemand s'effondra, le kaiser Guillaume II abdiquant et se réfugiant aux Pays-Bas, restés neutres, et que la République fut proclamée dans un contexte où l'armée allemande connaissait une vague de mutineries, l'instauration de conseils ouvriers, à l'instar des soviets en Russie. Enfin, les défaites s'étaient accumulées depuis l'été 1918 face aux Alliés, commandés par le maréchal Ferdinand Foch, passant à la postérité comme le vainqueur de 14-18, et non le maréchal Joseph Joffre, comme l'affirme Jean-Luc Mélenchon dans un tweet, mercredi 7 novembre, suite aux propos d'Emmanuel Macron, rendant hommage à Philippe Pétain par rapport à son rôle durant la bataille de Verdun.

Boucherie mondiale

Verdun, la Somme, la Marne (deux fois), le Chemin des Dames, Ypres, Cambrai, etc. Tous ces noms de bataille font résonner les fusils, les canons, les mitrailleuses, voire les chars d’assaut, où des millions d'hommes joncheront leur sol, dont certains d'entre eux qui resteront à jamais des soldats inconnus morts dans ces tranchées, tant ils ont été transformés en chair à canon, quand il ne s'agit pas de gaz moutarde. Environ 18,6 millions de personnes moururent durant ce conflit, dont environ 8,9 millions de civils, parmi lesquels il faut compter 800.000 à 1,2 millions de victimes du génocide arménien, dans la période allant de 1915 à 1918. Ces chiffres font de la guerre de 14-18 la plus meurtrière des guerres de l'histoire de l'humanité jusqu'alors. Sans compter les millions de blessés, de "gueules cassées" par les éclats d'obus, lourdement estropiées et dont les conditions de vie devinrent difficiles après la guerre.

Ce qui en fait sa spécificité par rapport aux conflits précédents, c'est que ce fut une boucherie mondiale, en ce sens que l'ensemble des belligérants, notamment les puissances européennes, durent faire appel à des hommes venus des colonies africaines ou asiatiques pour prêter main-forte à la métropole. Soit en tant que soldats à proprement parler, soit en tant que travailleurs. Dans le premier cas, on peut citer l'exemple des tirailleurs sénégalais incorporés dans l'armée française, payant un lourd tribut, notamment au Chemin des Dames en 1917. Dans le second cas, ce sont les 140.000 travailleurs chinois embauchés dans l'armée française et (surtout) l'armée britannique à partir de 1917, dans les usines ou dans les tranchées, contribuant ainsi à l'effort de guerre (totale) et le payant de leur vie, comme en témoignent le cimetière de Nolette, dans la commune de Noyelles-sur-Mer, ou la statue du travailleur chinois sur le parvis de la gare de Lyon, à Paris, inaugurée en septembre dernier.

La question qui reste essentielle est: qui est responsable? Pour les esprits chauvins, cette guerre serait causée par l'Allemagne et ses alliés. Cette vision des choses est digne du bourrage de crâne organisé par la propagande française durant la guerre, rejetant toute responsabilité sur le voisin d'outre-Rhin. Or, les historiens montrent combien cette responsabilité est partagée par tous les belligérants, y compris la France, qui n'a pas tellement cherché à éviter le conflit, les dirigeants de l'époque pensant que cette guerre serait de courte durée, vu les capacités d'armement puis les alliances constituées.

Fracas impérialiste

Cette guerre de plus de quatre ans montre combien le capitalisme, voire l'impérialisme, "stade suprême du capitalisme" selon Lénine dans son ouvrage sur l'impérialisme écrit durant la guerre, tire un avantage de ce genre de situation chaotique tout en se mettant en danger face à ce fracas. En effet, l'avantage de cette guerre fut d'avoir fissuré les courants socialistes en Europe, regroupés au sein de l'Internationale ouvrière, quand bien même des meneurs socialistes tels Jean Jaurès, Lénine ou Rosa Luxemburg, se sont longuement et profondément positionnés contre la guerre. Jaurès en paya de sa vie, le 31 juillet 1914, peu avant la mobilisation générale des troupes, acceptée par l'ensemble des partis, dont la section française de l'internationale ouvrière. Lénine ou Luxemburg durent connaître l'exil.

La fracture fut encore plus nette après la nouvelle de la révolution d'Octore 1917, où les bolcheviks (fraction majoritaire du Parti ouvrier social-démocrate de Russie) prirent le pouvoir au nom des soviets et firent la paix avec l'Allemagne au printemps 1918, avec le traité de Brest Litovsk, cédant une partie de l'actuelle Pologne et l'actuelle Biélorussie au deuxième Reich, car pour le nouveau pouvoir russe, l'urgence était de rester au pouvoir face à l'opposition monarchiste qui menait la guerre civile en Russie. Mais en-dehors de cette révolution russe, qui voit des communistes prendre le pouvoir et tenter une alternative, les socialistes ont souvent collaboré avec les capitalistes, en votant les crédits de guerre dans un premier temps, avant de s'éloigner de l'Union sacrée au fil de l'enlisement du conflit, vu la proportion de prolétaires, de paysans, de colonisés tombant au combat. De quoi se sentir en phase avec cette phrase d'Anatole France: "on croit mourir pour la patrie; on meurt pour des industriels".

11 novembre: l'erreur du 20e siècle?

Lors des cérémonies du 11 novembre 2014, Nigel Farage, leader du parti d'extrême-droite Ukip, avait déclaré que l'armistice était "l'erreur réelle" de cette guerre, et non le traité de Versailles, signé en juin 1919, déclenchant une vive polémique. Pourquoi? Déjà, un armistice ne signifie pas une capitulation, où le vaincu se verrait contrait d'accepter les conditions du vainqueur, en général. Ensuite, dans le cadre de cette guerre, le front s'était certes avancé vers la Belgique, mais n'a aucunement occupé l'Allemagne, y compris l'Alsace-Lorraine revendiquée par la France. Par conséquent, selon Farage, l'armistice fut signé trop tôt et qu'il aurait mieux valu continuer les combats encore six semaines, vu l'état de décomposition de l'empire allemand, quitte à perdre des dizaines, voire des centaines de milliers d'hommes supplémentaires.

Encore fallait-il que les Alliés s'en sentirent capables de continuer la percée réalisée durant les dernières semaines du conflit et des doutes peuvent être permis à ce sujet, tant la fatigue était générale. Néanmoins, cet armistice signé alors que l'Allemagne ne fut pas occupée durant la guerre de 14-18 fournit un argument pour un certain Adolf Hitler, qui fut mobilisé sur le front de l'Ouest, pour s'attirer la sympathie des électeurs allemands, remontés contre ce qu'ils appelèrent le "diktat de Versailles", après la signature du traité. Ce n'est donc pas par hasard si en juin 1940, Hitler poussa la France à signer un armistice au même endroit que celui de 1918, actant une occupation de l'Hexagone durant quatre ans. Mais ça, c'est une autre histoire.

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