Martin Fayulu, candidat commun de l'opposition pour la présidentielle au Congo-Zaïre

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Gwenn Dubourthoumieu

Photo: Flickr/Gwenn Dubourthoumieu

Après plusieurs jours de négociations, l'ensemble de l'opposition congolaise s'est mise d'accord pour une candidature commune à l'élection présidentielle, portée par Martin Fayulu, meneur du parti Engagement pour la citoyenneté et le développement, dimanche 11 novembre. Le tout, dans un moment où la question la faisabilité des élections présidentielles et législatives n'est pas négligeable.

Pendant que le monde commémorait le centenaire de l'armistice du 11 novembre 1918, marquant l'arrêt des combats de la Première guerre mondiale, cette guerre capitaliste, impérialiste, les principaux partis d'opposition au régime de Joseph Kabila, en République démocratique du Congo (RDC), s'est mise d'accord pour s'unir autour d'une candidature commune lors de l'élection présidentielle prévue pour le 23 décembre prochain. Cette coalition politique, appelée Lamuka ("réveille-toi" en lingala), a désigné Martin Fayulu, leader du parti Engagement pour la citoyenneté et le développement (ECiDé), comme candidat commun, au bout de plusieurs jours de tractations du côté de Genève (Suisse), avec des membres de la Fondation Koffi Anan jouant le rôle de négociateurs (cf lien n°1).

Fayulu, candidat social-libéral

Même s'il n'est pas un visage grandement connu de la vie politique congolaise, Fayulu, qui aura 62 ans le 21 novembre prochain, n'est pas un nouveau venu pour autant. Élu député à Kinshasa, la capitale de la RDC, en 2011, il s'était déjà montré sur la vie politique du pays dans les années 1990 en marquant son opposition à la dictature de Joseph-Désiré Mobutu, dit Mobutu Sese Seko, tout en ayant une vie professionnelle importante en étant un cadre du groupe pétrolier ExxonMobil en Afrique (cf lien n°2). Ce qui en fait, quelque part, un candidat soucieux du maintien de l'économie de marché. D'ailleurs, il défend pleinement le social-libéralisme, qui fait partie des principes de son parti, tenant à l'existence d'une "classe moyenne dynamique", avec un État ayant pour rôle de "préserver la concurrence", de "réguler le marché", puis de "corriger les inégalités que le marché concurrentiel peut créer".

Dans le fond, ce genre de discours est similaire à ce que peut tenir un Emmanuel Macron et ses soutiens intellectuels, qui se veulent moderne alors que leur cadre de pensée existe depuis le 18e siècle. Puis s'afficher social-libéral revient, in fine, à se comporter en libéral, en faisant en sorte que l'État soit au service du capital, de la classe dominante (bourgeoisie) et à vouloir faire croire que la lutte des classes n'existe pas. D'où l'importance apportée à la classe moyenne, permettant de fournir la poudre aux yeux de l'ascension sociale. Or, le pouvoir actuel, avec Kabila en place depuis 2001, et dont le dauphin Emmanuel Ramazani Shadary se veut jouer le rôle du successeur, applique peu ou prou ce genre de pensée politique et économique, à la différence près que la corruption, historiquement présente en RDC depuis la dictature de Mobutu, aggrave les choses et que les capitalistes, congolais mais surtout étrangers, s'en donnent à cœur joie. Sans compter le conflit larvé dans la zone du Kivu, frontalière avec le Rwanda, depuis plus de 20 ans; puis les troubles entre milices et forces gouvernementales dans les provinces du Kasaï, tant Occidental que Central ou Oriental, depuis 2016, année où auraient dû se tenir des élections présidentielles et législatives mais que le pouvoir a empêché en loucedé, violant ainsi la Constitution de 2006, vu que Kabila en est à son deuxième et dernier mandat électif.

Double nationalité?

Justement, à propos de la Constitution de 2006, en cas de victoire, Fayulu proposerait une réforme constitutionnelle, soit par vote parlementaire, soit par référendum, notamment autour de l'article 10 de la Constitution. Cet article stipule que "la nationalité congolaise est une et exclusive". C'est-à-dire, interdiction d'être bi-national et que si une personne aurait une autre nationalité que celle du Congo-Zaïre, elle devra choisir entre l'une et autre. Dans un entretien accordé au journal Jeune Afrique (cf lien n°3), le désormais candidat commun de l'opposition indique vouloir réviser cet article de la Constitution de 2006, tout en mettant une exception par rapport aux pays voisins de la RDC; i.e, refuser l'obtention de la nationalité congo-zaïroise auprès de personnes ayant la nationalité rwandaise, burundaise, angolaise, congo-brazzavilloise, centrafricaine, soudanaise, ougandaise, tanzanienne et zambienne. "l’ouverture de la nationalité congolaise que je propose, vise avant tout nos compatriotes qui ont acquis des compétences à l’étranger et qui ont pris d’autres nationalités. Demain ils pourront ainsi revenir au pays et être considérés comme des nationaux, sans perdre leurs avantages dans leur pays d’adoption"explique-t-il, dans cet entretien.

Si jamais cela arrivait, est-ce qu'un(e) descendant(e) de congo-zaïrois(es) pourrait prétendre à obtenir la nationalité congolaise tout en ayant déjà une nationalité étrangère (française, belge, états-unienne, britannique, allemande, etc.)? Théoriquement, ça semblerait être possible. La pratique pourrait, toutefois, être différente. En tout cas, je ne peux pas être insensible à cette discussion, comme pour bon nombre de membres de la diaspora congo-zaïroise dans le monde et leurs descendant(e)s.

Machine à voter: écueil

L'accord trouvé entre les grands partis d'opposition autour de la candidature de Fayulu se veut aussi être marqueur d'une détermination à vouloir des élections présidentielles et législatives, mais pas à n'importe quel prix. En effet, depuis plusieurs semaines, la décision de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) d'installer des machines à voter pour ces élections suscite l'ire de l'opposition, considérant qu'il s'agit de "machines à tricher", favorables au pouvoir actuel, puis rappelant que le constructeur sud-coréen de ces machines n'a pas donné l'aval pour leur utilisation en RDC, sans compter la position la commission électorale sud-coréenne, n'émettant aucun soutien, ni aucune garantie sur la fiabilité de ce système. Néanmoins, le pouvoir exécutif tient mordicus à leur utilisation, estimant que ces 60.000 machines seront "incontournables". La CENI y tient également, au nom des économies que procurent ces machines dans le coût d'organisation des élections, puis le président de l'institution, Corneille Manga, déclare crânement que "sans machines à voter, il n'y aura pas d'élections le 23 décembre".

C'est dire si ce sujet formule un point très clivant dans la société congolaise. Et comme souvent, l'Église catholique se retrouve mêlée, et par la voix de l'archevêque de Kinshasa, Fridolin Ambongo, appelle à un compromis pour voir enfin la tenue de ces élections attendues depuis deux ans (cf lien n°4). Pas dit que le message soit entendu.

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