Quelles vies comptent aux yeux de la police?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Fibonacci Blue

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La mort de George Floyd par des policiers de Minneapolis remet en avant la question du racisme institutionnel aux États-Unis, s'exprimant à travers la police. Une question qui se pose également en France, faisant polémique suite aux propos de Camélia Jordana sur une émission de télévision.

Être non-blanc(he) aux États-Unis ou ailleurs dans les pays développés pousse à raser les murs pour rester en vie. En tout cas, c'est une triste leçon que nous rappelle George Floyd. L'afro-descendant de 46 ans, est mort lundi 25 mai, à Minneapolis, suite à un contrôle de police où l'on voit le défunt interpellé par quatre policiers, dont l'un d'entre eux, un blanc, lui bloquant le cou avec son genou gauche durant sept minutes, alors que Floyd indiquait qu'il n'arrivait plus à respirer. Une mort exactement similaire à celle d'Eric Garner à New-York en juillet 2014, et dont un des policiers, blanc par ailleurs, incriminés a reçu un non-lieu de la part du grand jury en décembre 2014. Pour l'instant, les quatre flics suspectés ont été licenciés de la police de Minneapolis, mais c'est le minimum syndical en attendant un procès, consécutif à une enquête de la police locale et du bureau fédéral d'investigation, plus connu sous son acronyme FBI (cf lien n°1).

#MoiAussiJaiPeurDevantLaPolice

Bien entendu, ce trépas a remis en avant la question pigmentaire outre-Atlantique, avec de multiples manifestations dans le pays et des forces de l'ordre social réprimant à tout va, et tout particulièrement à Minneapolis (cf lien n°2). Et pour les Tartuffes du racisme institutionnel, il faut leur rappeler que la question pigmentaire fait partie de la question sociale. D'autant plus que si les États-Unis sont le pays le plus touché par l'épidémie de Coronavirus, ce sont les plus pauvres qui sont exposés à la pandémie. Et la proportion de non-blanc(he)s, notamment des noir(e)s y est supérieure à celle de la proportion de non-blanc(he)s au sein de la population états-unienne. De là à dire qu'il y a lien de cause à effet, ce serait présomptueux. Néanmoins, la corrélation est très forte et ne peut être balayée d'un revers de la main.

Le décès de Floyd trouve aussi un écho en France. D'autant plus qu'auparavant, une polémique se mit en place suite aux propos de la chanteuse et actrice Camélia Jordana, samedi 23 mai dans l'émission On n'est pas couché, dénonçant les violences policières, symbole du racisme institutionnel made in France, parlant même de massacre de personnes parce qu'elles ne sont "pas blanches" (cf liens n°3, n°4). De quoi scandaliser le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, les syndicats de police, et former presque une union sacrée allant de Marine Le Pen à Manuel Valls pour lancer des attaques personnelles sur Camélia Jordana.

Toujours est-il que ça a poussé bien des personnes, sur les réseaux sociaux, à lancer le mot clé #MoiAussiJaiPeurDevantLaPolice, rappelant ainsi combien la police milice hexagonale suit une trajectoire se rapprochant de son homologue yankee, et que depuis les manifestations contre la loi travail, mais surtout au sujet des Gilets jaunes, la police réprime tous azimuts et que cet "État dans l'État" demeure dans l'impunité quasi totale vu son permis de tuer, car il est un instrument de défense sociale, protégeant la classe dominante et illustrant ainsi un État serviteur du capital. Cela étant, le racisme institutionnel made in France exprimé par la police est vivace depuis des décennies et que nombre de personnes s'en moquèrent, voire considérèrent que c'était justifié sous prétexte de délinquance supposée. Puis toujours est-il que, comme aux États-Unis, ce sont les plus pauvres qui sont exposés à la Covid-19, qu'il est observé que la proportion de non-blanc(he)s pauvres y est supérieure à celle de la proportion de non-blanc(he)s au sein de la population française en raison d'inégalités salariales, d'accès au travail, etc. Ce qui en fait une cible de choix pour une police qui s'est donnée un malin plaisir de contrôler les quartiers populaires durant la période de confinement.

Au moins, ça permet d'ailleurs de rappeler, à toutes fins utiles, que la mort reconnaît la lutte des classes.

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