Recherche de coalition en Allemagne

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/harry_nl

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Les résultats des élections fédérales du 26 septembre, marquées notamment par la chute de l'Union chrétienne-démocrate d'Allemagne, au pouvoir depuis 16 ans avec Angela Merkel et une courte victoire du Parti social-démocrate; même si Olaf Scholz, meneur du parti n'est pas assuré de devenir Chancelier tant les combinaisons de coalition gouvernementale sont multiples, dépendant notamment des libéraux et des verts.

L'ère Merkel sera bientôt terminée! L'actuelle Chancelière, en place depuis 2005, verra quelqu'un lui succéder à cette fonction au sein de la République fédérale allemande vu que les élections fédérales se sont déroulées le 26 septembre et qu'elle avait indiqué qu'elle ne représenterait pas une cinquième fois. Avec une faible abstention - 23,4% -, il est clair que les électeurs allemands ont tenu à renouveler le Bundestag et à solder le compte des années Merkel et de la droite allemande. En effet, l'Union chrétienne-démocrate d'Allemagne (CDU) et son aile bavaroise, l'Union chrétienne-sociale (CSU), ont recueilli 24,1% des voix et 196 sièges. Ce qui est le plus mauvais résultat de l'histoire du principal parti de droite depuis 1945. Une chute de près de neuf points de voix par rapport aux élections de 2017.

Bipartisme CDU vs SPD sanctionné

Une chute dont profite à peine le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD), mené par Olaf Scholz. Par rapport à 2017, les sociaux-démocrates, qui ont participé - une nouvelle fois - à un gouvernement de coalition avec la CDU de Merkel, affichent une progression (25,7% contre 20,5% il y a quatre ans). Mais cela reste dans la même fourchette depuis la fin des années 2000 quand les électeurs sanctionnèrent à la fois la participation du SPD dans la "grosse coalition" avec la CDU de Merkel puis le virage social-libéral désastreux qu'opéra le parti au début des années 2000, quand Gerhard Schröder fut Chancelier. Il est désormais bien loin le temps où le SPD pouvait attirer au moins 30% de l'électorat. D'ailleurs, ces élections montrent que les deux partis dominants - CDU/CSU et SPD - convainquent moins de 50% des suffrages. Ce qui est inédit dans l'histoire de l'Allemagne post-1945! De quoi laisser entendre un signe avant-coureur d'une crise politique latente outre-Rhin.

Autre signe avant-coureur, c'est le maintien du parti Alternative pour l'Allemagne (AfD). En 2017, le parti d'extrême-droite fit son entrée au Bundestag avec 12,6% des voix et 94 députés. Un événement car l'extrême-droite se retrouvait au Parlement fédéral pour la première fois depuis 1945. Quatre ans plus tard, même avec un léger recul (10,3% des voix et 83 sièges), AfD se maintient solidement au sein du Bundestag, pouvant renforcer un rôle plus contestataire qui pendant quelques années était du ressort de Die Linke. Mais le parti de gauche radicale, en perte de vitesse (4,9% des voix), n'est pas totalement assuré d'avoir un groupe parlementaire car normalement, le plancher de 5% des voix doit être atteint.

Multiples coalitions

Ce dernier point, par rapport à Die Linke, a de quoi rendre les calculs de plus en plus sophistiqués pour la mise en place d'une coalition gouvernementale. Ce qui devient de plus en plus nécessaire en Allemagne ces deux dernières décennies car Merkel a pu être en place en raison de gouvernements de coalitions. Et comme c'est le SPD qui est sorti en tête, il est le plus à-même de proposer des gouvernements de coalition. Reste à savoir qui sera le partenaire du SPD, et donc de Scholz comme Chancelier. La situation de Die Linke rend caduque l'idée d'une coalition "rouge-rouge-verte", comprenant donc le SPD, Die Linke et les Verts, étant donné qu'elle ne pourrait pas avoir la majorité au Bundestag.

Reste à voir d'autres scénarios pour le SPD. Soit obtenir une coalition avec le Parti libéral-démocrate d'Allemagne (FDP) plus Die Grünen, mais les libéraux ne sont guère considérés comme pro-européens, contrairement au SPD et aux Verts. Soit mener une coalition "kenyane" avec la CDU et les Verts. Et rien ne dit que les autres partis, y compris les Verts, seraient susceptibles de participer à une coalition menée par le SPD. Au contraire, Armin Laschet, meneur de la CDU pour ces élections fédérales, peut très bien convaincre les autres partis, notamment les Verts et le FDP, de former avec lui un gouvernement de coalition, en dépit du résultat historiquement bas de la droite conservatrice (cf lien n°1).

Fin de l'ère Merkel

Il n'empêche, ces élections marquent bien la fin de l'ère Merkel. Commencée en 2005, elle a durée 16 ans. Soit la majorité de l'existence de l'Allemagne réunifiée jusqu'à présent. Quel bilan en tirer? Elle a su calmer le jeu au niveau de la politique intérieure, notamment au niveau économique et social, afin de ne pas exposer pleinement les inégalités, notamment entre Allemands de l'Ouest et de l'Est, vu qu'elle-même grandit dans l'ex-RDA auparavant. L'instauration d'un salaire minimum, sous la pression du SPD du temps où la CDU et le SPD étaient coalisés, est à son actif. Tout comme un certain développement de services publics comme les crèches, une stratégie environnementale renonçant progressivement au nucléaire pour vouloir développer des énergies renouvelables, ou même la politique migratoire outre-Rhin, bien que sujette à discussions, voire une opposition, source de la montée de AfD ces dernières années.

Par contre, la politique européenne est peu considérée car c'était plus une recherche de statut quo renforçant finalement l'hégémonie allemande sur la scène continentale, avec un euro qui est un choc asymétrique positif pour l'Allemagne, et que toute remise en cause de ce statut quo, au nom de la solidarité européenne, vaudra les foudres du pouvoir allemand. La Grèce l'a bien su durant la décennie 2010, et tout particulièrement en 2015, quand Syriza arriva au pouvoir avec Alexis Tsípras comme Premier ministre. Mais avec la crise sanitaire, du lest a été lâché en matière de coopération financière entre pays membres de la zone euro, Berlin y donnant son accord (cf lien n°2).

À voir ce qu'il adviendra avec le futur Chancelier, au bout de plusieurs jours de négociations, sans doute.

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