Sainte Taubira demandée au secours pour éviter (ou amplifier) la catastrophe à gauche

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Epjt Tours

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L'officialisation de la candidature de l'ancienne ministre de la Justice sous le quinquennat de François Hollande s'est faite le 15 janvier, sous la condition de sortir vainqueuse des résultats de la "primaire populaire". Une candidature supplémentaire qui rajoute dans l'étroit corridor dans les candidatures social-démocrates (ou social-libérales), à moins de désistements soudains au nom d'un rassemblement bancal.

Finalement, Christiane Taubira se lance! Samedi 15 janvier, à Lyon, l'ancienne ministre de la Justice (2012-2016) annonce officiellement sa candidature à l'élection présidentielle, en réaffirmant la condition de se soumettre aux résultats de la "primaire populaire", prévue pour se dérouler du 28 au 30 janvier sur le net (cf lien n°1). Et ce, un mois après avoir posté une vidéo sur les réseaux sociaux où elle envisageait sa candidature, clamant des formules creuses sur les souffrances, les difficultés pour la France et les Français(es), notamment dans le contexte sanitaire que nous connaissons.

Smic à 1.400 euros net

En annonçant sa candidature, l'ancienne députée de la Guyane a apporté des esquisses sur un programme présidentiel. En premier lieu, un revenu étudiant à 800 euros par mois durant cinq ans, pour éviter aux étudiants d'avoir à cumuler études et travail salarié (temps partiel) durant ce laps de temps. De quoi tiquer car cela reste en-deça du seuil de pauvreté (1.063 euros), puis est-ce que c'est sans conditions de ressources? Y a-t-il cumul avec les bourses d'études? etc.

Mesure plus marquante, c'est de vouloir faire passer le Smic à 1.400 euros net (cf lien n°2). Ce qui serait une belle hausse vu que le Smic net est de 1269 euros depuis le 1er janvier et permettrait aux personnes se situant à ce niveau d'avoir une meilleure respiration financière. Une proposition qui n'est pas unique à gauche puisque Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France insoumise, la formule également. Et dans les deux candidatures formulant la même proposition, reste à savoir si le taux de cotisations sociales au Smic reste constant ou bien varie à la baisse. Ce qui n'est pas négligeable car le patronat tend à vouloir hurler qu'on l'étrangle avec les "charges sociales" (novlangue libérale pour cotisations sociales), alors que plusieurs économistes hétérodoxes soulignent, à travers des études, combien une augmentation du Smic est bénéfique pour l'ensemble de l'économie, contrairement aux économistes orthodoxes qui jurent sur une baisse, voire une suppression du Smic depuis des décennies et que les baisses de cotisations sociales au niveau du Smic n'ont pas engendré une amélioration économique d'ensemble promise par ces tenants du marché.

Enfin, l'idée d'une absence de Taxe sur la valeur ajoutée (TVA), ou de TVA 0% sur l'agriculture biologique est lancée par Taubira, pour notamment la faire passer au niveau européen, qu'il faudrait faire évoluer vers un espace d'harmonisation fiscale. Ce qui n'est pas un mince chantier.

Candidature de trop?

Cette candidature fait qu'au niveau de la gauche, cela ferait au moins six candidatures - Taubira, Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Arnaud Montebourg, Fabien Roussel, Jean-Luc Mélenchon -, auxquelles on peut ajouter d'autres candidatures, d'extrême-gauche ou de gauche - Philippe Poutou, Anasse Kazib, Nathalie Arthaud, Georges Kuzmanovic -. Autrement dit, beaucoup de monde à gauche pour tenter d'aller à l'Élysée. Et le problème apparent serait un embarras du choix pour l'électorat. Mais en réalité, il s'agit de batailles d'ego ou de petits arrangements tant les différences idéologiques sont assez faibles entre une Taubira, une Hidalgo, un Jadot ou un Montebourg d'un côté, tandis qu'entre un Roussel et un Mélenchon, les différences tendraient à s'accroitre.

En tout cas, la candidature de Taubira est bien mise en avant au niveau médiatique, d'autant plus que celles de Hidalgo et de Montebourg se sont prises les pieds dans le tapis et qu'il serait question que les deux se désistent pour Taubira à l'issue de la primaire populaire. Mais comme le rappelle le site Frustration (cf lien n°3), Taubira a une histoire, pas très reluisante pour la gauche sur les questions électorales, économiques et sociales. Elle fut candidate à l'élection présidentielle de 2002, étant accusée d'ailleurs d'avoir contribué à l'élimination de Lionel Jospin au premier tour de cette élection-là. Et son programme d'alors tenait à une réduction des cotisations sociales, une imposition des plus riches revue à la baisse, un développement de la retraite par capitalisation ou encore une politique européiste visant le fédéralisme communautaire. Et puis, du temps où elle était Garde des Sceaux, elle a fermé sa gueule sur l'orientation sociale-libérale prise à partir de 2014, où sous son ministère des syndicalistes furent condamnés à de la prison ferme suite à une séquestration de patron fermant une usine, ne démissionnant qu'en janvier 2016, par rapport à la question de la déchéance de nationalité. Une couleuvre de trop à avaler, peut-être. Puis, elle a brillé par son absence depuis le début du quinquennat Macron, son ancien collègue gouvernemental du temps où il était ministre de l'Économie, pour revenir comme une fleur pleine de lyrisme, tant son talent oratoire est reconnu.

Toujours est-il que l'unité, tant demandée envers la gauche, mais pas envers la droite dis-donc, devrait aller de soi, même sans avoir un programme capable de convaincre le prolétariat de voter pour cette partie de l'échiquier politique qui se réclame de la défense de cette classe sociale. Et cela, c'est un non-sens car ce qui donne de la force à gauche, c'est un axe programmatique qui unifie un prolétariat hétérogène. Point barre.

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