Get away, Bojo!

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AFP

Photo: AFP

Contraint à la démission, après celles de plusieurs dizaines de membres de son cabinet ministériel, Boris Johnson va laisser une trace contrastée au Royaume-Uni entre sa ligne hard Brexit, en lien avec le référendum de 2016, et une tension économique forte dans le contexte de la spirale inflationniste liée à la crise du Covid et de la guerre en Ukraine. Sans oublier divers scandales qui ont précipité sa chute.

Comme Margareth Thatcher en 1987, Boris Johnson avait une large majorité à l'issue d'élections législatives triomphales pour les conservateurs fin 2019. Comme elle, il finit par démissionner du poste de Premier ministre environ de trois ans après. Le comparatif entre Thatcher et Johnson peut s'étendre encore, mais on y reviendra un peu plus tard. En tout cas, le démissionnaire du 10 Downing Street a annoncé son départ de la tête du Parti conservateur, jeudi 7 juillet, pour qu'au plus tard à l'automne, il y ait un nouveau chef des Tories, qui deviendrait de facto Premier ministre (cf lien n°1).

Scandales à répétition

Mais qu'est-ce qui a poussé Bojo à quitter son poste? Ce qui est essentiellement retenu est la multiplication des scandales au sein du gouvernement, notamment depuis le début de la crise sanitaire, en 2020, avec des soirées très festives dans un contexte de confinement au printemps 2020 ou lors de la période de Noël 2020 par exemple. Mais plus récemment, un partisan de Johnson, Christopher Pincher, a dû démissionner de son poste au gouvernement - tout en restant député - suite à des accusations d'agression sexuelle portées à son encontre, à la suite d'une soirée arrosée dans un club de la haute société londonienne (cf lien n°2). De quoi en prendre de la graine de ce côté-ci de la Manche, soit dit en passant.

Mais comme Pincher reste député, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase et depuis le 4 juillet, des dizaines de membres du gouvernement ont rendu leur démission, obligeant Johnson à réagir et préparer ses bagages. Maintenant, la succession de Bojo à la tête des Tories est ouverte et si trois noms résonnent au niveau médiatique, en l'occurrence, Tom Tugendhat, Ben Wallace et Penny Mordaunt, d'autres pourraient saisir l'occasion d'aller dans la course et ainsi devenir Premier ministre car rien n'oblige à l'instauration d'élections législatives anticipées (cf lien n°3). Après tout, quand Thatcher a démissionné en 1990, il a suffi d'une élection interne chez les Tories pour que John Major devienne Premier ministre, poursuivant ainsi la législature commencée en 1987 jusqu'à son terme, en 1992, puis se faire réélire jusqu'en 1997, année de la victoire du Labour droitisé par Tony Blair. Le Labour, mené par Keir Starmer, a beau réclamer des élections anticipées, celles-ci ne verront probablement pas le jour, surtout que les Tories seraient donnés perdants, à l'heure actuelle et qu'ils feront tout pour estomper l'effet nuisible de l'ère Johnson, électoralement parlant.

Tension économique

Mais quel bilan peut-on en tirer de cette ère Johnson? D'un côté, il a tenu sa ligne de Brexit dur, ce qui est louable vu que les électeurs, notamment en Angleterre, y tiennent et ont pesé de tout leur poids sur le Brexit en juin 2016, et que l'aile droite du Labour a fini par l'accepter, alors que ce fut un sujet de division avec l'aile gauche du temps où Jeremy Corbyn était le leader du parti. Néanmoins, il reste la question de l'Irlande du Nord et des frontières douanières à modeler, sans remettre en cause l'accord du Vendredi saint de 1998, mettant fin à la guerre civile en Irlande du Nord et que du côté de Belfast, le vote pour le remain a été majoritaire, donnant des ailes au Sinn Féin, partisan de la réunification irlandaise sous la bannière de la République d'Irlande.

De l'autre côté, avec la crise sanitaire, gérée sous un angle libéral avec une défense de l'immunité collective qui a échoué vu le nombre de morts du Covid, supérieur à ce qu'on connaît en France, puis la guerre russo-ukrainienne, une spirale inflationniste s'est fortement développée outre-Manche - taux d'inflation de 7,9% en mai selon l'Office for national statistics -, menant à une forte tension économique pour des hausses de salaires, symbolisée par la grève des cheminots britanniques depuis fin juin (cf lien n°4). Une première depuis 1989 - nouvelle comparaison avec Thatcher -!

Au moins, Bojo peut s'en aller en ayant une trace dans l'histoire du Royaume-Uni.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article